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3.04.2017

1965-2017 Histoires de Présidentielles (2. 1969 Blanc bonnet et bonnet blanc)

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Le 28 avril 1969, à 0h11, un communiqué laconique signé Charles de Gaulle tombe sur les téléscripteurs : « Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à Midi. » En deux phrases, de Gaulle annonce sa démission et son retrait de la vie politique. Une page de l’histoire de France est tournée. La veille, 52,41 % des Français ont dit « non » au referendum sur la régionalisation et la modification du Sénat voulu par de Gaulle. La campagne pour la deuxième élection présidentielle au suffrage universel est ouverte.

Aujourd’hui nombre de commentateurs aiment à comparer cette campagne à celle de 2017 car elle s’achèvera sur la déroute du candidat socialiste absent du second tour. Ce qui sera sans doute un point commun avec le scrutin actuel ne permet pas toutes les comparaisons. La crise et la division de la gauche, comme le contexte politique, étaient, alors, d’une toute autre nature.

La fin annoncée du gaullisme

A vrai dire, la démission de de Gaulle n’est pas une surprise. En mai 68, la révolte étudiante suivie d’un mouvement social sans précédent depuis 1936 avait déjà sonné le glas du gaullisme. Après avoir semblé abandonner le pouvoir, de Gaulle, par un « geste de la parole » [1] dont lui seul avait le secret, avait rétabli son pouvoir. La majorité silencieuse était sortie de sa sidération. La France se retrouvait avec une Chambre bleu horizon. La gauche était décimée. La bourgeoisie française avait eu très peur et, comme toujours dans l’hexagone, à un moment révolutionnaire avait succédé une période de restauration. Mais de Gaulle ne se contentait pas de cette victoire qui était d’ailleurs au moins autant celle de son premier ministre Georges Pompidou qui avait tenu la barre en mai. Il voulait son referendum, à ses yeux, seule véritable onction du peuple qui aurait permis de relégitimer son pouvoir. Des questions obscures sur des sujets différents (sénat et régionalisation) dont l’enjeu ne sautait pas aux yeux des Français, annonçaient la défaite. Et, comme toujours, le processus référendaire quand il ne se transforme pas en plébiscite pour son initiateur, permet la coalition de tous les contraires. La bourgeoisie française avait déjà choisi les successeurs de de Gaulle dans les personnes de Georges Pompidou et plus lointainement de Valéry Giscard d’Estaing. L’heure est plus à la libéralisation économique qu’à « l’ardente obligation » du plan chère à de Gaulle.

Etrange campagne que celle de 1969 – c’est en cela qu’elle résonne avec celle de 2017- qui se résumera en une bataille du centre droite et de la droite. Dans un premier temps, Alain Poher qui en tant que président du Sénat assume l’intérim à l’Elysée apparait comme le successeur évident (à défaut d’en être l’héritier) du Général. Les sondages encore- ou déjà- rudimentaires le donnent largement victorieux. Mais Poher, notable centriste plus proche de la IVe que de la Ve république, tergiverse et expose ses propres limites. Au contraire de Georges Pompidou qui n’est plus premier ministre depuis juillet 68 et se considère depuis lors en « réserve de la république. Ce à quoi de Gaulle lui-même l’avait invité. [2] En janvier 69, en voyage à Rome, Pompidou déclare « qu’il aura peut-être, si Dieu le veut, un destin national » car, ajoute-t-il, il y aura un jour « une élection à la présidence de la République ».

Au grand dam des gaullistes historiques, la succession est désormais ouverte. En avril, Pompidou est donc naturellement candidat à la fois adoubé par l’UDR, le parti gaulliste, par Giscard en dépit de ses tergiversations [3] et une partie des centristes. Dès lors les jeux sont faits. D’autant que la gauche sortie considérablement affaiblie des élections de 68 est incapable de se doter d’un candidat crédible.

Une gauche divisée, des socialistes laminés

Mitterrand jugé largement responsable de cette défaite par les socialistes ne peut pas et ne veut pas être candidat. La gauche est divisée. Les socialistes rejettent immédiatement la proposition communiste d’une candidature unique comme en 1965. Or, François Mitterrand qui ne veut pas insulter l’avenir entend précisément préserver cette image. « Nous étions alliés, dans l’affirmation de mes propres convictions », dira plus tard Mitterrand [4] La SFIO se déchire.

Ce sera finalement Gaston Defferre qui fait équipe avec Pierre Mendès France. Cet étrange attelage aux allures de fantômes de la IVe République est battu d’avance. Le PCF, lui, peut désormais prétendre élargir ses frontières électorales. D’autant qu’il s’est choisi un candidat aussi efficace que truculent. Avec son accent rocailleux, Jacques Duclos est un orateur hors pair et proche des préoccupations populaires.

L’ancien apprenti pâtissier, responsable rompu aux arcanes du parti et du mouvement communiste international va mener une campagne redoutable. . [5] Mais cette présidentielle de 1969 verra aussi l’entrée en lice des « petits candidats » de l’extrême gauche. Michel Rocard, encore au PSU, entend porter les revendications « qualitatives » de Mai 68. Tandis que le trotskyste Alain Krivine en incarnera l’âme révolutionnaire. Dirigeant de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire, interdite par le pouvoir gaulliste, Krivine était passé directement de la prison à la caserne pour y effectuer ses obligations militaires. C’est de là que ses camarades le feront sortir pour mener campagne au grand dam de la hiérarchie militaire. Ces candidatures témoignent d’une époque mais resteront évidemment marginales.

La droite sans combattre

A droite, les jeux sont faits. Pompidou obtient 44 % des voix dès le premier tour. Le légitimisme plus libéral que gaulliste marque une nouvelle étape de la vie politique française. Poher ne fait que 23 % des suffrages mais sera l’adversaire du second tour, d’emblée condamné à la figuration. Defferre s’écroule avec 5, 1 % des voix. Pas de socialiste au second tour. Duclos, par contre, dépasse les promesses des sondages avec 21 %. Plus jamais, un candidat communiste à la présidentielle ne réalisera un tel score. De plus, il marquera la campagne du second tour en s’abstenant et ne voulant pas choisir entre Pompidou et Poher, entre le « Blanc bonnet et bonnet blanc ». L’expression continuera, pour l’histoire, à résumer cette présidentielle. Au second tour, l’abstention atteint les 31 %. Pompidou l’emporte haut la main avec 58 % des suffrages exprimés. Mais c’est une période de transition qui s’ouvre avec un Président qui sera emporté par la maladie cinq ans plus tard et une gauche qui ne tardera pas à entamer sa reconstruction pour la prochaine bataille. Le chemin sera encore long.

Prochain épisode : 1974, Gauche/Droite I

Pour mieux comprendre l’histoire, le contexte et l’actualité de la campagne présidentielle, il faut lire le numéro spécial France de Politique : http://politique.eu.org/skeleton/nu...

[1] Une intervention à la radio ( comme en 1940) où il annonçait non seulement « qu’il ne se retirerait pas » mais qu’il organisait de nouvelles élections législatives après avoir décidé la dissolution de l’Assemblée nationale

[2] Jean Lacouture, De Gaulle, Le souverain, Seuil, 1986, p742

[3] Pour Giscard le départ de de Gaulle est arrivé un peu trop tôt…Voir Olivier Todd, « La Marelle de Giscard, 1926-1974, Robert Laffont, 1977, p369 sqq

[4] Entretien avec l’auteur, 02/10 /1990

[5] Stéphane Courtois et Marc Lazar, « Histoire du Parti Communiste français, puf, 1995, pp 341-342

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  • 1965-2017 Histoires de Présidentielles (2. 1969 Blanc bonnet et bonnet blanc) Posté par Marcel Leurin, le 4 avril 2017
    « Cette république que nous avons tant aimée… » est sorti juste au bon moment et a permis à ceux qui, comme moi, n’accordent qu’un intérêt second à la politique française de mieux (...)
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