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20.04.2017

1965-2017 Histoires de Présidentielles (8. 2007 : Droitisation et renouvellement)

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L’onde de choc qu’avait provoquée la présence de Jean Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 n’avait pas fini de produire ses effets. Le duel Sarkozy/Royal de 2007 en est un des signes. Il en résulte une droitisation très nette des discours des deux candidats. Principalement chez Nicolas Sarkozy qui choisit délibérément – et avec succès- de chasser sur les terres du Front National. Mais les deux finalistes de 2007 incarnent aussi le renouvellement générationnel de la politique française.

Ségolène Royal, en particulier, avec son discours sur la démocratie participative, tire les conclusions du discrédit de la parole et du personnel politique. Mais avant d’en arriver là, Jacques Chirac entamait son second septennat.

Raffarin, Sarkozy et de Villepin

Au lendemain de sa victoire présidentielle écrasante obtenue grâce à la discipline républicaine de la gauche pour barrer la route à Le Pen, Chirac remporte les législatives et dispose d’une majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Il ne tente pas une ouverture que le déroulement de la présidentielle aurait pu inspirer. S’il confie la direction du gouvernement au centriste Jean Pierre Raffarin, c’est bien l’UMP qui détient les principaux leviers de commande. Nicolas Sarkozy, de retour en grâce après sa trahison balladurienne, s’installe au Ministère de l’Intérieur pour y mener tambours battants la politique sécuritaire qui sera son image de marque. Le premier ministre, lui, conduit une politique économique et sociale proche de la rigueur libérale classique et qui ne tarde pas à faire monter le mécontentement populaire.

La situation internationale marque fortement le second septennat Chirac. Avec des accents gaulliens que l’on pensait oubliés, il s’oppose à l’intervention unilatérale des États-Unis en Irak et défend un « monde multipolaire ». Le 14 février 2003, le discours du ministre des Affaires Étrangères devant le Conseil de sécurité des Nations-Unies constitue un moment clef de la Présidence Chirac. [1] Dans une intervention épique et brillante Dominique de Villepin réfute l’usage de la force et dit qu’il y a une alternative à la guerre. Fait exceptionnel dans cette enceinte, le ministre français sera applaudi. Mais la situation intérieure rencontre moins d’approbations. En 2004, la gauche remporte largement les élections cantonales et régionales. Nicolas Sarkozy qui ne cache plus ses ambitions présidentielles quitte le gouvernement pour présider l’UMP.

Le 29 mai 2005, le résultat du referendum sur la Constitution européenne éclate comme un nouveau coup de tonnerre : contre l’ensemble des partis de gouvernement, gauche et droite confondue, et malgré une campagne unilatérale des médias en faveur du « oui », les Français rejettent massivement la constitution (54,87 % de non avec une forte participation à 69,74 %). Cette fois encore, une nouvelle donne politique se met en place dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.

Un gouvernement Villepin-Sarkozy

Le lendemain du referendum, Jean Pierre Raffarin démissionne, Dominique de Villepin devient le nouveau premier ministre flanqué d’un Nicolas Sarkozy promu Ministre d’Etat et de retour à l’Intérieur. Très vite la guerre de succession se déclare, d’autant que Jacques Chirac est au plus bas dans les sondages. La rivalité entre les deux hommes tourne à l’affrontement haineux. Fin 2005 éclatent les « émeutes des banlieues » après que deux jeunes, poursuivis par la police aient trouvé la mort à Clichy-sous-Bois, électrocutés en se réfugiant dans un transformateur EDF. Sarkozy qui, quelques jours auparavant, avait promis de se débarrasser de « la racaille » et « de nettoyer les cités au karcher » trouve l’occasion de faire de la musculation répressive et sécuritaire…et de couper l’herbe sous le pied du Front National. Début 2006, De Villepin, lui, doit affronter une forte mobilisation syndicale et étudiante contre le Contrat de Première Embauche (CPE) qui sera finalement enterré. La seconde présidence de Jacques Chirac s’achève dans la confusion. Le 11 mars 2017, le président confirme qu’il ne se représentera pas et apporte, quelques jours plus tard, son soutien à Nicolas Sarkozy qui avait soigneusement cadenassé l’UMP pour imposer sa candidature. La droite a son candidat incontesté.

Les « éléphants » contre Ségolène

A gauche, sous la férule de François Hollande, le PS se remet avec difficultés de l’échec de 2002. La ligne sociale libérale est contestée par deux pôles de gauche : le Nouveau Parti Socialiste (Hamon, Montebourg, Peillon) et le nouveau monde (Emmanuelli, Mélenchon) mais les « éléphants » gardent le contrôle du parti. Six d’entre eux sont, un temps, candidats à la candidature présidentielle : Hollande, Jospin, Lang, Strauss Kahn, Fabius et Royal. Finalement seuls les trois derniers participeront à la primaire qui désigne Ségolène Royal le 16 novembre 2006.

Pour la première fois, une femme candidate est en position de devenir présidente. La relation entre la candidate et le parti sera difficile et ambigüe. Par déception et parfois par machisme, ses rivaux la soutiennent du bout des lèvres mais elle-même contourne le parti, préférant ses propres réseaux « Désirs d’Avenir » et sa stratégie sur internet (qui joue pour la première fois un rôle important dans la présidentielle). Consciente du discrédit des partis, Ségolène Royal privilégie le contact direct avec les électeurs et la « démocratie représentative » qui cède rapidement à la logique d’opinion. Les sondages priment le programme. Et la candidate dont les discours prennent l’allure de prédications privilégie des thèmes comme la famille ou la sécurité. La droitisation est également passée par là. Ségolène Royale fait illusion un temps. Mais très vite, sa popularité s’effrite. Sa campagne est parsemée de bourdes et de maladresses et face à Sarkozy elle tient difficilement la route sur les questions régaliennes.

Sarkozy, à droite toute

Le candidat de l’UMP, lui, a mis le cap à droite toute. Ordre, sécurité, autorité, immigration, identité nationale sont les mots d’ordre qui n’ont rien à envier à ceux du Front National dont il compte bien « siphonner » une partie de l’électorat. Le tout emballé dans « un discours fort » qui exalte le « faire » (proche en cela de Berlusconi). La stratégie de Sarkozy est payante : il arrive en tête du premier tour avec 31,18 % des voix et a réduit Le Pen à 10,44, Ségolène Royal est deuxième avec 25,87 % tandis qu’au centre François Bayrou réalise un bon résultat avec 18, 57 %. Parmi les petits candidats, Marie Georges Buffet réduit encore l’étiage du PCF avec moins de 2 % ( !) tandis que pour les Verts, Dominique Voynet dépasse à peine 1,5 %.

Les jeux sont faits dès ce premier tour. Ségolène Royal tentera bien d’attirer François Bayrou avec qui elle débat entre les deux tours, en plus du débat traditionnel entre les deux finalistes qui ne changera pas à la donne. Bayrou annonce qu’il ne votera pas Sarkozy mais sans pour autant soutenir Royal. En fait, il le dira plus tard, il a voté blanc. Les autres reports de voix à gauche et à droite ne modifieront plus le rapport de force. Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy est élu avec 53,06 des voix contre 46,94 à Ségolène Royale. C’est le président le mieux élu de la Ve République après le Général de Gaulle. A peine les résultats connus, Ségolène Royal se précipite au siège du PS, rue de Solferino. Et grillant la politesse aux caciques du PS présents sur les plateaux de télévision, elle tient devant ses militants un discours de quasi gagnante… Pendant ce temps, avenue des Champs Elysées, Nicolas Sarkozy s’engouffre au Fouquet’s où il rejoint les Bolloré, Arnault et autres Dassault. Le symbole lui collera à la peau. Le quinquennat bling-bling peut commencer…

Suite et fin : 9. 2012 « Moi, Président… »

Pour mieux comprendre l’histoire, le contexte et l’actualité de la campagne présidentielle, il faut lire le numéro spécial France de Politique : http://politique.eu.org/skeleton/nu...

[1] avec le discours du Vel d’Hiv en 1995 et l’hommage qu’il rendit à son prédécesseur, François Mitterrand, le jour de sa disparition le 8 janvier 1996 Voir 1965-2017 Histoires de Présidentielles (7. 2002 Le fracas et la sidération)

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