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22.04.2017

1965-2017 Histoires de Présidentielles (9. « Moi, Président de la République…)

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On attendait DSK, ce fut Hollande. Chaque élection présidentielle a réservé son lot de coups de théâtre. Depuis 1965, aucune n’a échappé à cette loi. Cette épreuve électorale unique présente une constante liée à l’extrême personnalisation du scrutin. De Gaulle la voulait ainsi, comme une relation privilégiée entre le candidat et les Français. Depuis lors, aucun des prétendants plausibles n’y a vraiment échappé. Sauf peut-être aujourd’hui dans cette élection de 2017, un homme comme Benoit Hamon dont le refus de « l’homme providentiel » semble être constitutif de sa candidature et, d’autre part, les « petits candidats », du moins ceux qui s’expriment plus par le « nous » que par le « je ». Mais tous les autres, sans exception, en dépit de leur opposition à la Ve République ou de leur plaidoyer pour la VIe ont cédé peu ou prou à la personnalisation. Bien entendu, les rapports de force politique, le contexte socio-économique, les conditions géo politiques sont déterminantes mais la personnalité du candidat telle qu’elle se révèle durant la campagne joue un rôle important. Un parcours de candidat, toujours éprouvant, met en évidence la force et les faiblesses d’un homme/d’une femme qui peut aussi se révéler à lui/elle-même. Parfois durant une période très courte, le candidat est en phase avec les électeurs. Il se passe alors quelque chose d’indéfinissable mais qui peut décider de l‘issue finale. Ou tout au contraire le candidat peut « décrocher » et perdre toutes ses chances. Il ne s’agit pas de faire ici de la pseudo psychologie de comportement politique mais de noter qu’au-delà des « conditions objectives » qui déterminent l’issue d’un scrutin présidentiel, pour vaincre ou tout simplement pour exister dans une campagne, le candidat doit à la fois « habiter » son rôle et entrer dans cette alchimie très particulière. Tous ceux qui ont un jour suivi une campagne ont ressenti la force de cet état d’esprit. Ceux qui ont parcouru les neuf épisodes de ces « Histoires de Présidentielles » pourront peut-être en convenir.

Pour le coup, en mai 2011, alors qu’il n’était encore que candidat à la candidature mais déjà héros des sondages et des médias, Dominique Strauss Kahn (DSK) dévoile avec brutalité une face de sa personnalité qui lui interdit tout parcours présidentiel. Arrêté, menotté et emprisonné à New York, accusé de violence sexuelle à l’encontre d’une femme de ménage de son hôtel, le directeur général du FMI s’est désormais exclu de la vie publique. L’événement était tellement énorme – seul Jack Lang crut pouvoir dire « qu’il n’y avait tout de même pas mort d’homme – qu’il apparaissait comme un acte manqué ou un suicide politique. Toujours est-il que, dès lors, François Hollande qui avait 20 points de retard dans les sondages de la primaire socialiste en devenait un des favoris. Etant donné ce nouveau coup de tonnerre, on comprend peut-être mieux pourquoi le Maire de Tulle tenait à se présenter comme un futur « président normal »….

Sarkozy, un président hyperactif et sans surmoi

Installé à l’Élysée le 17 mai 2007, Nicolas Sarkozy nomme François Fillon à Matignon. Il remporte les législatives avec une majorité absolue à l’Assemblée. Dans le gouvernement qui s’en suit, on ne trouve plus Alain Juppé qui a été battu dans sa circonscription de Bordeaux mais par contre figurent trois « prises » à la gauche dont Bernard Kouchner, ministre des Affaires Étrangères, toujours candidat au pouvoir, Jean Pierre Jouyet ( secrétaire d’état aux affaires européennes), ami personnel de François Hollande ( qui lui pardonnera sa trahison en en faisant son secrétaire général à L’Élysée en 2014) et l’élu socialiste Eric Besson ( évaluation des politiques publiques) qui avait effectué son transfert au soir du premier tour pour animer dans l’équipe du candidat Sarkozy un « pôle de gauche »… Il sera en 2009 le titulaire du très contesté Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement.

Sarkozy, président omniprésent (qui définit son premier ministre comme un « collaborateur ») va mener une politique socioéconomique de droite classique tout en continuant de chasser sur les terres du FN et en instrumentalisant en permanence les thèmes de l’immigration, de l’identité nationale et de l’insécurité. Dans le premier domaine, la loi TEPA (Travail-Emploi-Pouvoir d’achat) défiscalise les heures supplémentaires et supprime les droits de succession. Le gouvernement instaure le service minimum dans le transport et en matière de retraite, l’âge minimum légal passe de 60 à 62 ans (et de 65 à 67 pour les salariés n’ayant pas une durée de cotisation suffisante). Par ailleurs, dans le domaine judiciaire, le pouvoir sarkozien décide de peines planchers, durcit considérablement les conditions d’admission des sans-papiers, multiplie les expulsions et rend plus difficile l’acquisition de la nationalité française. Il doit naturellement faire face à la crise de 2007-2008 et mettre sur pied, comme ailleurs, un plan de sauvegarde des banques. Mais le bilan de Sarkozy est lourd : augmentation sans précédent de la dette et des impôts (les prélèvements obligatoires atteignent les 45 %), un million de chômeurs supplémentaires. Le niveau de vie de 10 % de la population a augmenté tandis que celui des 30 % des plus modestes a baissé. Le slogan « Travailler plus pour gagner plus » se traduit par une montée des inégalités. La popularité du président dégringole : 70 % d’opinions négatives dès 2010.

L’absence absolue de surmoi chez Nicolas Sarkozy qui étale sa vie privée, ne cache pas son goût du luxe et de l’argent et ne peut se contenir face à ceux qui le critiquent achève de le déconsidérer y compris aux yeux d’une droite qui n’apprécie pas de le voir abaisser la fonction présidentielle. En politique étrangère, son discours de Dakar de juillet 2007 où il déclare que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » et sa volteface à l’égard de Kadhafi d’abord traité en ami [1] avant d’être renversé et tué avec l’aide de l’intervention militaire française n’ont guère redoré son blason de chef d’état.

Une campagne sous contrôle

Malgré des sondages très défavorables, Sarkozy déclare sa candidature le 15 février 2012 et reçoit le soutien de son camp malgré certaines réticences. Sous la houlette de son conseiller maurassien Patrick Buisson dont le rôle est essentiel, [2] Sarkozy poursuit et accentue encore son discours emprunté au FN.

Mais cette fois, cela ne marche pas ou moins bien. La droite détient la présidence depuis 17 ans, l’UMP la majorité depuis 10 ans : les Français aspirent au changement. Face à des mauvais sondages, Sarkozy multiplie les meetings à grand spectacle et fait exploser son budget de campagne au-delà des limites constitutionnelles. Ce qui provoquera l’affaire Bygmalion, du nom de la société qui organise la campagne et qui pour tenter de cacher les dépassements budgétaires émet de fausses factures. [3] Mais rien n’y fait, la machine Sarkozy est enrayée.

Hollande : la synthèse et les convictions

Après l’affaire DSK, François Hollande était donc devenu le candidat de la gauche suite à une primaire « ouverte » où il avait triomphé de Martine Aubry. Le PS sortait d’une nouvelle période de turbulences. En 2008, le congrès de Reims, dominé par les divisions internes, avait donné lieu à un affrontement d’une très grande violence entre Ségolène Royal et Martine Aubry. La Maire de Lille devient première secrétaire du parti pour quelques voix de différence. C’est après ce congrès que Jean Luc Mélenchon, « refusant l’orientation sociale libérale » quitte le PS et fonde le Parti de Gauche. En 2009, les socialistes enregistrent un score catastrophique aux Européennes : 16,48 % contre 16,28 à Europe Ecologie-Les Verts qui ne fera jamais mieux de son histoire. Par contre à partir de 2010, les scrutins intermédiaires sont favorables à la gauche qui gagne 20 régions sur 22. Et, en 2011, pour la première fois dans l’histoire de la Ve, elle devient majoritaire au sénat. Le contexte était donc favorable pour le candidat socialiste même si le rejet de Sarkozy était plus déterminant que l’adhésion à l’opposition.

Le candidat Hollande qui n’a jamais occupé de fonction ministérielle, a été conseiller à l’Élysée sous la présidence de François Mitterrand. Mais il a surtout été le premier secrétaire du PS durant 11 années (1997-2008). Spécialiste de la « synthèse socialiste » Procédure spécifiquement socialiste qui consiste en fin de congrès à fusionner différentes motions, y compris les plus contradictoires, afin d’aboutir à une majorité tout en gérant le parti selon l’importance respective des courants, il en connaît toutes les subtilités.

S’il se voulait donc l’homme de la synthèse – depuis Jaurès le mot est sacré dans la famille socialiste- les convictions profondes de François Hollande sont connues de longue date. Proche de Jacques Delors, il avait créé dans les années 80 un groupe « Transcourant » au sein du PS avec, notamment…. Jean Yves le Drian et Jean Pierre Jouyet. Le premier est aujourd’hui un des principaux soutiens d’Emmanuel Macron, le second sera son premier protecteur à l’Élysée. En 1985 un ouvrage collectif, « La Gauche bouge » dont Hollande tient la plume sous le pseudo de Jean François Trans, prône la constitution d’un grand parti démocrate à l’américaine et une stratégie au-delà du clivage gauche/droite. Les choses étaient dites.

« Mon adversaire n’a pas de visage… »

La campagne de Hollande est naturellement une campagne de « synthèse » où il s’engage à la fois en faveur de la réduction du déficit public à 3 % en 2017 et pour la renégociation des traités européens. Mais il y imprimera deux marqueurs de gauche qui entraineront l’adhésion de soutiens jusque-là réticents : son programme fiscal concocté par Thomas Piketty qui se situe clairement dans une volonté égalitaire et son discours du Bourget. Ce jour-là, le 22 janvier 2012, devant 25.000 personnes galvanisées, Hollande va donner l’élan décisif à sa campagne. "Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance" : cette harangue qui soulève la salle résonne alors comme la promesse d’une victoire… Promesse non tenue, trahie même, mais ceci est une autre histoire.

La campagne de 2012 est aussi celle de Jean Luc Mélenchon dont on dit déjà, alors, qu’elle est la meilleure de tous les candidats en présence. Mélenchon est encore dans le registre de la gauche radicale. Ses talents de tribun et ses propositions de rupture rassemblent des foules immenses à Paris, Marseille ou Toulouse. Le Front de Gauche comprend aussi le PCF dont l’apport militant sera essentiel à la campagne. Mais les résultats ne seront pas à la hauteur des attentes et surtout Mélenchon sera ensuite incapable de gérer ce capital politique non négligeable. En attendant, Hollande avance vers la victoire. Au premier tour, il arrive en tête avec 28,63 contre 27,18 à Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen est en 3eme position avec une progression à 17,90. Elle devance Jean Luc Mélenchon à 11,10. François Bayrou fait moins bien qu’en 2007 avec seulement 9,13 % mais annonce qu’il votera Hollande au second tour. Du côté des « petits candidats », Eva Joly est un « accident électoral » pour Europe Ecologie Les Verts (2,31), Nicolas Dupont Aignan fait sa première apparition pour Debout La France (1,79), Philippe Poutou (1,15) et Nathalie Arthaud (0,56) témoignent pour les deux habituelles familles trotskystes. Sans oublier, déjà, Jacques Cheminade (0,25).

A moins d’un renversement de tendance peu probable, les rapports de force ne peuvent plus changer. Le débat de l’entre-deux tours sera l’autre évènement de la campagne avec la désormais célèbre « anaphore » de François Hollande. Face à un Sarkozy, incrédule et sans réaction, Hollande répétera quinze fois la formule « Moi, président de la République…. » suivi d’une promesse de bon fonctionnement de la charge. Promesses largement non respectées et formule jugée grotesque par ses adversaires mais qui ont définitivement assis l’ascendant du candidat Hollande sur son rival. Et même si les écarts se sont réduits durant les derniers jours de campagne, il n’y aura pas de surprise. Le 6 mai 2012, François Hollande est élu Président de la République avec 51,64 des suffrages contre 48,63 à Nicolas Sarkozy. La gauche en France n’ a jamais détenu autant de leviers de pouvoir : la présidence, l’assemblée, le sénat, les régions, la majorité des grandes municipalités. Et pourtant…

Commence alors un quinquennat qui sera celui de la déception et des promesses non tenues et surtout celui de l’inscription de la gauche socialiste dans le social libéralisme. Tout cela a été suivi et raconté dans de nombreux Blog-Notes (toujours accessibles sur ce site) depuis 2012, de même d’ailleurs que la campagne 2017.

Ici prennent, donc, provisoirement fin ces « Histoires Présidentielles » : la page suivante s’écrit ce dimanche dans l’isoloir. Elle suscite espérances, doutes et angoisses. Rendez-vous lundi.

Pour mieux comprendre l’histoire, le contexte et l’actualité de la campagne présidentielle, il faut lire le numéro spécial France de Politique : http://politique.eu.org/skeleton/nu...

[1] On soupçonne que la campagne présidentielle de Sarkozy en 2002 a été financée par le Guide de la révolution libyenne

[2] Patrick Buisson conseiller influent de Nicolas Sarkozy est issu de l’extrême droite a été, en autres, directeur de Minute et de Valeurs Actuelles avant de diriger la Chaine Histoire (Bouygues). Buisson défend le principe du rassemblement de toute la droite où il inclut le Front National. Il poussera en permanence Sarkozy à durcir son discours en se situant sur les thématiques du FN. La rupture entre les deux hommes intervient après les révélations sur les enregistrements de réunions élyséennes réalisées clandestinement par Buisson.

[3] En 2017, Sarkozy sera, par ailleurs, renvoyé en procès pour financement illégal de sa campagne.

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