12.11.2013

Amazon, non merci !

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Livres ? Montres, bijoux, jouets, chaussures, high tech, vêtements, bricolage, sport, beauté, hygiène, santé, … livres ! Ah les pages irrésistibles « beauté et soins du corps bio ». Oui, oui, tout y est certifié « éco-responsable ». Nul n’oserait en douter. Vous l’avez reconnue ? J’ai découvert les charmes d’Amazon.

« Il faut vivre avec ton temps, mon vieux ! », « Tu ne vas pas te mettre à critiquer ces services gratuits, rapides, efficaces, … ». Eh bien, si. Je préfère être traité de vieux dinosaure ringard que d’être complice de cette course frénétique qui massacre au passage des valeurs et des personnes qui contribuent à un vivre ensemble où on se parle encore, où on partage des émotions, des plaisirs, des passions. Avec des libraires entre autres.

Pourquoi ce modeste coup de gueule ? Parce que je rencontre de plus en plus de progressistes qui me vantent les mérites d’Amazon. L’un d’eux m’a même affirmé sans rire : « Ca, c’est le vrai circuit court ! ». Oui, des gens cultivés et très pressés qui ne résistent pas à cet emballement contagieux.

Livres ? Un petit détour par l’histoire de la fulgurante ascension de ce prédateur ne trompe pas. Dans les années 90, aux Etats-Unis, Amazon écrase les éditeurs, distributeurs et libraires indépendants qui disparaissent par centaines. Puis il tente de faire croire que ses tablettes numériques (il espère le monopole) feront disparaître le livre papier. Aujourd’hui, bonne nouvelle : les librairies locales réapparaissent un peu partout, soutenues par la vague du « buy local » (relocalisation). Réveil citoyen ?

Et chez nous ? C’est sur Amazon.fr que mes amis télécommandent. Savent-ils que les méthodes d’Amazon-France sont très dures ? Dans d’immenses installations (5 fois la superficie d’un terrain de foot), les travailleurs, souvent des intérimaires, parcourent une vingtaine de kilomètres par jour ou par nuit. Ils sont harcelés par des petits boitiers très sophistiqués qui enregistrent chacun de leurs mouvements et surtout leur rythme de travail. La délation est bien vue, les syndicats muselés. L’abrutissement des femmes et des hommes garanti. Le témoignage récent d’un « infiltré en Amazonie » ne devrait pas laisser indifférent [1].

Livres ? Les bénéfices du secteur ne suffisent plus pour satisfaire les actionnaires ? Pas grave : il y a tant d’autres produits qu’on peut vendre par internet. Rien ne les arrête, ces marchands ! Dans la foulée, des montages financiers d’une opacité rare leur servent à éviter de payer l’impôt des sociétés. Avec bien sûr un siège social au Luxembourg, quand ce n’est pas aux iles Vierges. « Tout faire pour satisfaire le client ». Beau slogan qui ne dit rien des actionnaires.

Livres ? Le sommet est atteint quand des enseignants conseillent à leurs élèves et/ou parents d’élèves de passer par Amazon pour obtenir les livres de lecture recommandés par l’école. Quel modèle de société leur propose-t-on à ces jeunes ? Une société d’anonymes, une société de consommation déshumanisée : « En choisissant d’acheter ses livres chez Amazon, le lecteur fait le choix, conscient ou inconscient, de tirer un trait sur le rôle précieux que joue la librairie comme lieu de convivialité, de partage, de découverte, de mixité et de rencontre. Mais aussi sur les emplois de libraires qualifiés que génère cette activité de proximité » [2].

Dans le cas des livres, ce sont des petits libraires indépendants qui passent à la trappe. Ailleurs, dans d’autres secteurs, ce sont des petits producteurs, de petites épiceries qui disparaissent. Et avec eux, le plaisir de la rencontre, de l’échange, des solidarités de voisinage. Heureusement, il y a des signes encourageants. La disparition de Virgin, les difficultés de la FNAC, des auteurs (trop rares) qui s’insurgent et refusent les « services » d’Amazon. Ainsi, Gunter Walraff : « cette firme menace notre diversité culturelle…. et représente un danger existentiel pour les librairies de proximité » [3].

Livres ? Il dépend de nous que les livres et les idées ne deviennent pas de vulgaires marchandises. Que des petits libraires passionnés et indépendants continuent à nous faire découvrir autre chose que les livres faciles. Que vivent et prospèrent ces lieux qui privilégient des lectures qui font rêver, vivre, s’engager, aimer, … Que nos élèves, enfants et petits-enfants les découvrent et y puisent du plaisir et de la force !

[1] J-B. Malet, En Amazonie – Infiltré dans le « meilleur des mondes », Fayard, 2013.

[2] Ibid.

[3] Books, octobre 2013. Où on peut lire : « Une enquête menée à l’université de Toulouse montre que les étudiants qui réussissent le mieux sont ceux qui lisent le plus de livres ».

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  • Amazon, non merci ! Posté par Singulierpluriel, le 8 décembre 2013
    Mais e-commerce oui merci ? Ou comment modérer le propos pour tirer le meilleur parti de la diversité ? Depuis quarante ans, on a vu disparaître progressivement les librairies (...)
    Lire la suite

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