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10.10.2016

Asphyxie des musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz

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Deux fautes de gestion tétanisent la fréquentation de ces musées ixellois : les horaires déplorables et une absence incompréhensible de promotion. Une carte blanche explique comment et une pétition revendique une évolution non coûteuse.

Depuis une dizaine d’années, les musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz appartenant au fédéral survivent péniblement. Le combat pour dénoncer cette situation a commencé en 2008. Voici ces prémices : http://www.consoloisirs.be/articles...

Aujourd’hui, rien n’a changé. Même pas cet avis proposant informations techniques utiles aux passants pour savoir quand ils peuvent visiter !

Cette plaque est censée accueillir sur la rue de l’Abbaye (au N° 59) les visiteurs. Son contenu n’est plus valable depuis de nombreuses années. En effet, le musée n’est pas fermé uniquement le lundi comme indiqué, mais également tous les samedis et dimanches. Cette photo a été prise le 7 octobre 2016. Ironie, fausse illusion ou mépris pour les visiteurs, ce texte : « Faute de personnel, nous sommes contraints de fermer le musée ce week-end » !

À Paris, on fait la file pour découvrir des ateliers d’artistes et les maisons où ils ont vécu. À Bruxelles, on les cache. Faudra-t-il se résoudre pour découvrir le talent de Constantin Meunier à parcourir le monde, du Musée d’Orsay à Paris au Musée des Beaux-Arts de Montréal ?

Il faudrait peu de moyens financiers mais une volonté politique pour faire évoluer cette situation catastrophique. Or, les moyens ne manquent pas quand on voit le nombre de musées qui naissent à Bruxelles ou sont en projet.

Pourquoi ne pas envisager une collaboration du fédéral, du tourisme, des institutions bruxelloises et pourquoi pas européennes, puisque ces dernières vont sans doute occuper pour un euro symbolique une partie des bâtiments et le jardin du Wiertz ? Elles gèrent déjà à merveille le Parlamentarium, voisin (à 400 pas, et pas de géant) mais pourtant si étranger actuellement au musée le plus flamboyant de notre Royaume (j’ai enquêté à l’accueil du Parlamentarium en demandant à trois membres du personnel s’ils pouvaient m’indiquer le chemin du Wiertz… J’ai reçu une seule réponse, unanime : « C’est quoi ? ») .

Rarement les visiteurs ont la possibilité de s’unir pour revendiquer une évolution muséale. Aujourd’hui, c’est possible grâce à ce dossier.

Ci-dessous : la pétition ainsi que la carte blanche parue dans La Libre du 10 octobre 2016 (pages 44 et 45).

Pétition

Non à l’asphyxie des musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz

Le Musée Magritte, le Musée d’Art Ancien et le Musée Fin de Siècle appartiennent à une entité fédérale (Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique ou MRBAB) qui comporte également deux autres plus petites institutions qui sont actuellement en souffrance, les maisons où ont habité deux célèbres peintres-sculpteurs à Ixelles : le Musée Antoine Wiertz et le Musée Constantin Meunier.

Deux obstacles majeurs tétanisent la fréquentation de ces musées malgré leur entrée gratuite en semaine : les horaires inadéquats et une absence incompréhensible de promotion.

Ces horaires décidés par les MRBAB rendent inaccessibles ces deux musées à plus de la moitié de la population (les personnes qui travaillent ou étudient)… sauf si on demande à son employeur une demi journée de congé : tous deux sont fermés chaque week-end ; ouverts de 10H00 à 17H00 du mardi au vendredi mais fermés pendant les temps de midi ; fermés enfin les jours de congé légaux.

Depuis près de dix ans, la direction des MRBAB et les ministres fédéraux successifs n’ont pas pris pas l’initiative de faire évoluer ces horaires malgré leurs effets néfastes sur la fréquentation : plus ou moins une dizaine de visiteurs en moyenne par semaine et par musée.

Or, il existe une solution indolore financièrement déjà proposée à plusieurs reprises. Nous demandons qu’elle soit enfin mise en place et régulièrement médiatisée. Puisque le gardiennage coûte le double en week-end, nous proposons d’ouvrir au public ces deux musées chaque samedi et dimanche avec entrée gratuite et, d’autre part, de pratiquer du mardi au vendredi uniquement des visites guidées payantes pour groupes avec réservation.

D’autre part, nous voulons que pour leur médiatisation auprès du public ces deux musées disposent enfin de moyens analogues et de la même imagination que ceux déployés pour populariser les activités de leurs trois grands frères.

Signez ici cette pétition : www.change.org

Carte blanche publiée dans dans La Libre (10/10/2016)

Pourquoi asphyxier le Wiertz et le Meunier ?

La location pour 1 euro symbolique par le Parlement européen d’une partie des bâtiments et du jardin du Musée Antoine Wiertz (au 62, rue Vautier) ne changera sans doute rien concrètement pour les visiteurs puisque les collections continueront d’appartenir à notre état fédéral et risquent donc bien d’être toujours - aussi mal - gérées auprès du public.

Avec le Musée Constantin Meunier, il constitue un cas à part dans le brochette des institutions fédérales composant les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB), aux côtés du Musée Magritte, du Musée Fin de Siècle et du Musée d’Art Ancien. Trois particularités les distinguent : tous deux sont situés à Ixelles, ils sont établis dans les maisons où vécurent les deux peintres-sculpteurs qu’ils célèbrent et ils pratiquent l’entrée gratuite quotidienne.

Deux fautes de gestion tétanisent la fréquentation de ces musées : les horaires déplorables et une absence incompréhensible de promotion.

Interpellée par la sénatrice Zakia Khattabi en décembre 2010, le ministre fédérale Sabine Laruelle affirma aux parlementaires que le public n’avait « jamais massivement fréquenté » ces deux musées. C’est réécrire l’histoire ! On relève qu’en 1927 (près de 60 ans après la mort de l’artiste) le Wiertz fut visité 46.632 fois. Actuellement, il y en a environ 150 fois moins de public (selon L’Avenir : 6 visiteurs par semaine).

Les résultats pour le Musée Meunier ne sont sans doute guère plus réjouissants. Il y a un peu moins de dix ans, j’ai visité cette institution (rue de l’Abbaye, 59), un vendredi de fin d’hiver, une heure avant sa fermeture. Il faut sonner. Un premier gardien ouvre la porte et me précède, allumant au fur et à mesure l’éclairage des différentes pièces. Son collègue les éteint après mon passage. Ils m’apprendront que je suis le premier et le seul visiteur de cette journée.

Horaires calamiteux

Autrefois, les deux musées étaient accessibles gratuitement tous les jours sauf le lundi. Puis, le manque de personnel transforma l’offre du samedi et du dimanche : chaque musée ouvrit en alternance un week-end sur deux. Depuis que Michel Draguet a pris la direction des MRBAB, on est revenu à une ouverture tous les week-ends, mais de manière quasi dissuasive : il faut prendre rendez-vous pour les visites. Puis, petit à petit, cette offre s’est limitée aux groupes. Aujourd’hui, l’entrée continue de manière plutôt pharisienne d’être gratuite en week-end car lors du contact nécessaire pour la réservation, on vous apprend qu’il est plus que souhaitable de souscrire à une visite guidée (80 euros pour 20 participants au maximum). Les horaires rendent inaccessibles ces musées à plus de la moitié de la population (les personnes qui travaillent et étudient) : pas de visite individuelle en week-end donc ; ouverts de 10H00 à 17H00 du mardi au vendredi mais fermés pendant le temps de midi ; fermés enfin les jours de congé. Il nous a même été dit sans ironie : si on veut vraiment visiter, il suffit de prendre une demi journée de congé.

Rien ne change pour le gardiennage

Depuis près de dix ans, Michel Draguet et les ministres successifs refusent de faire évoluer cet horaire malgré ses effets effrayants en terme de fréquentation. Puisque le gardiennage coûte le double en week-end, il leur a été proposé en vain d’ouvrir au public les deux musées chaque week-end et de reporter les visites guidées payantes pour groupes en semaine, ce qui permet une opération blanche financièrement parlant. En décembre 2010, la ministre Laruelle se positionna par rapport à cette proposition en affirmant qu’il convenait de trouver un équilibre et qu’elle transmettait cette proposition pour examen à l’Administration de la politique scientifique. Depuis, plus rien n’a bougé sinon que l’une des plus belles peintures de Constantin Meunier Meunier (le très grand triptyque de la mine) a été transférée de son musée au Fin de Siècle, et aucune autre peinture des riches réserves n’a été accrochée en remplacement. L’argument entendu ici et là selon lequel il y aurait pénurie de gardiens pendant le week-end est-il sérieux ? Quand il a fallu développer le gardiennage au Magritte, il n’a pas fallu patienter dix ans (1).

Promotion inexistante

En 2008, pour l’exposition « Meunier à Séville : l’ouverture Andalouse » dans les locaux de la rue de la Régence, Michel Draguet exulte dans le catalogue : « Meunier reprend place aux MRRAB ». Mais, en même temps, aucune information dans ce catalogue et aucun avis à la sortie de l’exposition n’indiquent aux visiteurs conquis l’existence et la localisation du Musée Meunier. Une belle occasion manquée de faire sans aucun frais un coup de promo auprès d’une cible idéale. Rebelote pour, dans le même lieu, la grande retrospective Meunier, fin 2014. Indiquer aux visiteurs l’existence du musée, son adresse et ses heures d’ouverture aurait-il été indécent ?

Il en est quasi de même, également à deux reprises, pour le Wiertz. Fin 2009, après une fermeture durant deux ans pour travaux lourds, aucune conférence de presse n’est organisée pour faire découvrir son imposante verrière magistralement réhabilitée. Le 18 juin 2015, on aurait dû célébrer les 150 ans de la mort de l’artiste. Rien n’est initié par les MRBAB. Pour stigmatiser cet « oubli », s’organisa alors une visite-manifestation d’habitants de Dinant, la ville où il naquit.

Dans le hall d’entrée des MRBAB, des petits cartons qui présentent chacune de ses institutions sont mis à la disposition du public. Apparemment, tous ont été régulièrement réimprimés, sauf ceux concernant les deux petits musées. Ceux-ci n’ont pas non plus la chance d’avoir droit à de grandes affiches, à l’inverse des autres plus grands musées.

Mais peut-être que le Wiertz et le Meunier sont des fardeaux. Si le public est absent, ce ne serait pas parce que ce patrimoine est obsolète ? Il n’en est rien.

Le premier fera la couverture d’un numéro de « Géo ». Cette revue le considèrera comme l’un des musées « culte » de la capitale de l’Europe.

Quant au second, il sera ainsi présenté par Jean Cornil, alors sénateur, dans une lettre adressée le 23 novembre 2008 à la ministre Laruelle, en vue de revendiquer -en vain jusqu’à présent - un changement de ses heures d’ouverture au public : « (…) Constantin Meunier est une des figures majeures de la scène culturelle belge et un artiste internationalement reconnu. Ses œuvres sur la vie ouvrière du 19ème siècle sont un témoignage extraordinaire de notre histoire sociale ».

(1) Le musée Meunier sera accessible à tous le jeudi 8 décembre de 17H00 à 20H00 dans le cadre des Nocturnes des Musées (entrée gratuite mais réservation obligatoire).

L’illustration de la carte blanche dans La Libre est… un bon résumé de la situation : http://www.lalibre.be/debats/opinions/pourquoi-asphyxier-le-wiertz-et-le-meunier-57fa4d1dcd7004c05d07f774

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  • Asphyxie des musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz Posté par Joannah Pinxteren, le 24 octobre 2016
    Je me demande si l’État belge considère encore ses citoyens, d’abord, ensuite les jeunes et personnes de tout âges et cultures désirant connaître ce petit pays si riche en artistes. (...)
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  • Musée Wiertz Posté par marco schmitt, le 16 octobre 2016
    Bonjour M. Hennebert, Je suis membre de l’Association du Quartier Léopold et nous sommes en train de nous organiser pour contrer ce qui est en train de se passer au Musée (...)
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