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Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


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1.12.2011

Au commencement, il y a l’action directe !

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Qui n’a jamais été séduit par les exploits de Robin des bois ? L’histoire finissait bien. Du moins, c’est ce que l’on nous laissait croire. Devenu adulte je me pose cette question. Et si l’histoire ne s’était pas achevée avec la prise de pouvoir par le bon Roi Richard ? En exclusivité, je vous livre la réponse à cette insoutenable question. Voici donc mon interprétation de « Robin des bois », sa suite contemporaine, et future…

D’abord, il y a le prince Jean ! Cet horrible personnage représente l’Etat. Il accapare les maigres richesses de ses sujets qui, croulant sous les dettes, ont de plus en plus de difficultés à payer leurs impôts. Mais il s’avère que le prince n’est pas le chef légitime de l’Etat. Le chef légitime est Richard Cœur de Lion. Ou était le roi ? Parti en croisade … [1] Bref, le prince Jean est un usurpateur. La police et les services de l’Etat y voient leurs intérêts et collaborent au vol des citoyens. Les Eglises font de même.

C’est là qu’intervient Robin des bois. Robin vit parmi les voleurs qui sévissent à l’ombre des forêts où seuls vivent les exclus du village. Plutôt que d’attendre les bonnes œuvres de la providence ou le retour du Roi légitime, après s’être fait la main en volant les riches pour nourrir les pauvres, il s’attaque directement au prince lui-même. Il dérobe l’Etat ! Vous connaissez la suite. Il opère une grande opération de redistribution après avoir pillé le trésor royal.

Une fois le boulot accompli par Robin, le roi Richard revient pour récupérer son trône. Les sujets l’acclament car, bien entendu, il ne pratiquera pas la même rapine que son cousin. L’Etat se fait donc « redistributeur », mais pour de vrai : du haut vers le bas, des riches vers les pauvres. Tout est bien qui finit bien.

Sauf que l’histoire ne s’est pas arrêtée là ! Le prince Jean est parti se refaire une santé dans un royaume d’outre-mer. Il préparait sa revanche. Discrètement, il réussit à convaincre son cousin de l’impérieuse nécessité de prélever davantage l’impôt car le royaume voisin faisait de même. Pire encore d’après le prince, ce royaume faisait travailler ses sujets avec acharnement. Le roi, terrifié à l’idée de perdre son trône au profit des étrangers, se rangea à l’idée du prince Jean. Petit à petit, il réduisit la redistribution initiée par le coup d’éclat de Robin. Ces sujets se souvenaient du bon roi Richard, la confiance était encore importante.

Mais voilà que ce tour de passe passe fit des ravages. L’endettement des sujets redevenait important. C’est finalement tout le système financier du royaume qui fut ébranlé. Pour apaiser ses sujets et les amis de la famille royale, riches banquiers et investisseurs, Richard sauva les banques du royaume et garanti l’épargne de tous ses sujets, jusqu’à 100.000 euros. Il savait bien que la grande majorité n’avait pas le dixième de cette somme mais ceux-ci avaient confiance au Roi, et en leurs banques. Impossible qu’elles s’écroulent. Le roi faisait simplement preuve de grande générosité que tous acceptèrent.

Puis vint le jour où il fallut payer cette générosité à l’égard des vilains garnements. Plutôt que de demander à ses riches amis de nourrir ses sujets, Richard demanda à ses sujets d’engraisser plus encore ses amis. Pour sauver le pays, disait-il… C’est alors que les sujets commencèrent à douter de leur roi. Richard avait enterré Robin !

Les sujets du royaume comprirent alors que, par manipulation, flatterie et intérêt, le prince avait su transformer Richard ! Il ne représentait plus ses sujets. Il avait oublié que si son arrivée avait été si bien accueillie, c’est parce qu’elle permettait de donner suite à l’action de Robin. Il est vrai qu’on ne le voyait plus trop déambuler dans les forets de Sherwood.

Les amis de Robin décidèrent alors de se regrouper. Cette fois, ils récupèreraient leurs biens auprès des riches, des banques et des caisses du Roi qui n’était plus que l’ombre de lui-même.

Face à la contestation et au souvenir de Robin, Richard s’effaça et porta son fils au pouvoir. Il engraissa ses sujets à la contestation trop dangereuse, le temps de tenir l’hiver. Confiant, tous les sujets s’en remirent à nouveau à la famille de Richard. Son fils ainé promit qu’il avait compris et qu’il s’engagerait à toujours défendre tous ses sujets. Nul ne sait combien de temps il fallu pour que le fils du prince Jean parvienne à corrompre son cousin. Mais ceci arriva plus vite qu’on ne le crû alors. Certains disent que le fils de Richard et du prince Jean étaient même de très bons amis, ayant étudié ensemble dans leur école d’outre-mer…

La morale de l’histoire ? Quand votre Etat rompt le contrat social qui le lie à ses sujets, ceux-ci ont l’obligation de se rappeler l’origine de tout. Au commencement, il y a l’action directe !

[1] Je dois ici prévenir le lecteur : par manque de place, je ne développe pas cet aspect moins sympathique de l’histoire. Y procéder m’obligerait à exposer une critique des rapports de domination « nord-sud » et la relative acceptation générale de tous les sujets du Roi sur cet état de fait-. Ce court billet ne le permet pas. Et ne suis-je pas l’un de ses sujets…

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