Accueil du site >Blog  >Le blog de Jean-Paul Gailly  >Bernard Hengchen - les chemins de la liberté
Le blog de Jean-Paul Gailly

Chronique toute personnelle selon ce qui captivera mon attention dans l’actualité (politique ou non) pour susciter le débat.

Mon approche est celle d’un libre examen. Comme l’écrivait Rosa Luxembourg, « la liberté c’est toujours celle de celui qui pense autrement ».


pub
11.02.2016

Bernard Hengchen - les chemins de la liberté

imprimer
envoyer
commenter

Comme le souligne à juste titre le Comité de Vigilance en Travail Social , Bernard Hengchen, qui nous a quittés il y a un an, incarnait à la fois le « penser concret et utile » et « l’agir intelligent et réflexif ». Agir mais en s’appuyant sur une analyse toujours renouvelée et approfondie des mécanismes à l’œuvre tant « au-dessus » que sur le terrain, voire en sous-terrain.

Cette réflexion s’est ancrée dans un contexte urbain, plus précisément celui des quartiers populaires de Bruxelles, où les mouvements sociaux urbains se sont développés dans la période 1970-1980. Impliqué dans le travail social de terrai à Schaerbeek et Saint-Josse-ten-Noode, en y créant un Collectif Social et Culturel rue Josaphat et actif au sein de l’Agence Schaerbeekoise d’Information, il s’interroge avec d’autres (1) sur l’irruption des « luttes urbaines » et suit de près les travaux de Manuel Castells (2) et Dominique Mehl (3) au sein de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris.

« Prenons la ville » disions-nous, à l’image des mouvements sociaux Italiens qui pratiquaient l’auto-réduction des factures de gaz et d’électricité (4).

Bernard Hengchen s’interroge dans la foulée sur la notion de paupérisation (5) dans une de ses nombreuses contributions à la revue Contradictions, sous le titre « Assister pour marginaliser ».

« Est-ce à dire qu’il n‘y a d’assistance qu’aliénante et régulatrice ? La réponse est plus nuancée…Les solutions ne sont pas évidentes pour dépasser cette sorte d’autogestion de la misère qui caractérise encore bon nombre d’expériences qui se voulaient plus radicales et les milieux concrets de l’émergence (et de l’analyse) de nouvelles pratiques ont au moins le mérite d’exister. Inventer un travail social qui soit réellement alternatif ne signifie pas pour autant qu’on se désintéresse des effets politiques produits. »

Dans un article intitulé « Crise urbaine et moyens collectifs de consommation » (6), il souligne combien la plupart des revendications portant sur des thèmes liés aux services collectifs, à leur organisation et à leur distribution (aide sociale, consommation collective, services urbains) ont été ignorées par le mouvement urbain bruxellois. Par contre elles furent exprimées par les appareils syndicaux sans être soutenues ni relayées sur le plan local par des mobilisations de masse.

Fidèle à lui-même, à sa recherche du sens, Bernard jette un regard critique sur une page qui se tournait pour lui dans son engagement au sein des mouvements sociaux urbains(7). « Certes le plan de secteur…est enfin devenu réalité grâce aux pressions constantes des comités d’habitants, les projets autoroutiers de pénétration sont abandonnés du mois provisoirement, la promotion immobilière semble en perte de vitesse depuis quelques années. Par contre les défaites ne sont pas on plus insignifiantes. Le quartier Nord a été détruit, entraînant l’expulsion de près de 12.000 habitants… la crise urbaine s’installe et s’amplifie. … » « Mon intention au départ de cet article n’est donc pas polémique au ses où il s’agit pour moi de comprendre- sans concessions d’aucune sorte l’ensemble du mouvement et d’en tirer un bilan aussi lucide que possible. »

Comme le savent bien les lecteurs de Travailler le social, dont le numéro 46-47 vient de sortir, cette rigueur de pensée, cette interaction permanente entre la pensée et l’action (8), continuent de caractériser les chemins parcourus par Bernard Hengchen tout au long de sa vie, comme aussi sa critique joyeuse et musclée de la pensée unique et de l’Etat « social actif ».

En ce sens, il rejoint parfaitement cette maxime de Vincent de Gaulejac : ‘ Les chemins de la liberté passent nécessairement par le refus de la soumission, la remise en cause de l’ordre établi, et la critique du pouvoir’.

Jean-Paul Gailly

1. « Luttes urbaines dans l’agglomération bruxelloise », Christian Melis et Alain de Wasseige, Bruxelles, Contradictions, n°5, 1974 2. « La question urbaine », Manuel Castells, Paris, Maspero, 1972 3. « Monographie sur les luttes urbaines en Belgique »,Paris, Centre d’Etude des Mouvements Sociaux, EHESS,1975 4. « Lotta Continua : Prenons la ville », pp.483 et 485, Temps Modernes, n°303, 1971 5. « Assister pour marginaliser », Bernard Hengchen, Christian Melis, et Marcel Xhaufflaire, Bruxelles,Contradictions, n°19-20 6. Introduction au dossier « La ville en crise », Bruxelles, Contradictions, n°26 7. « Dix ans de luttes urbaines à Bruxelles », Bernard Hengchen, idem 8. « Pensée et action » était le titre de la revue fondée par Hem Day, libraire libertaire et premier objecteur de conscience belge avec Léo Campion ; est-ce un hasard ?

imprimer
envoyer
commenter

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ?