21.12.2010

Bienvenue à Tayush

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Flash 1. Dans le très sérieux Journal des Tribunaux de décembre, Marie-Françoise Rigaux, professeur aux Facultés universitaires Saint-Louis, sous le titre Les Assises de l’interculturalité. Quelques réflexions en marge d’un rapport, fustige la manière dont ce rapport a été proprement exécuté dès sa publication. La faute aux médias ? Pas vraiment. « Plus inquiétante est la récupération qui en a été faite par des responsables politiques, des intellectuels, juristes, philosophes ou sociologues qui, plaidant chacun pour sa chapelle, ont fait resurgir des vieux démons (cléricalisme sous-jacent, déni de la laïcité, ignorance du principe de la neutralité de l’État, argumentaire qui ferait le lit des idéologies xénophobes, etc.). Ces prises de position incorrectes, excessives, voire outrancières, risquent de jeter définitivement l’opprobre sur une réflexion sérieuse qui, malgré ses imperfections, est précisément d’une honnêtété intellectuelle irréprochable. »

Flash 2. Et, en effet, il n’avait pas fallu 24 heures pour que le MR dénonce dans les conclusions des Assises « la promotion de la vision communautariste prônée par le CDH. ». Son spécialiste de la question, Daniel Bacquelaine, s’en prenait de façon pavlovienne aux fameux accommodements raisonnables (« C’est tout à fait scandaleux. Cela revient à introduire des inégalités entre les citoyens. ») alors que Le Vif-L’Express, pourtant peu suspect de complaisance en la matière, reconnaissait que le rapport se limitait à recommander la réalisation d’une étude. Et il n’a fallu qu’une semaine pour qu’une pétition soit lancée afin de condamner ce rapport où tout était à jeter de la première à la dernière ligne [1].

Flash 3. Pendant ce temps, la communauté scientifique travaille, notamment sur les questions posées par la diversité religieuse dans le champ de l’emploi. Une étude intitulée « La diversité culturelle sur les lieux de travail. Pratiques d’aménagements raisonnables », réalisée par une équipe issue des deux universités bruxelloises laïques (ULB et VUB), vient d’être publiée par le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme. Dans le même fil, un jeune sociologue issu de l’Université de Liège, Stéphane Jonlet, vient également de publier une étude à l’approche particulièrement originale intitulée Pratiques islamiques et monde du travail à partir d’une enquête dans la région liégeoise. Enfin, on annonce pour le 13 janvier un colloque au programme alléchant qui se tiendra à la KULeuven (en anglais) sur la diversité religieuse au travail dans l’espace européen. Participation conseillée à toutes les personnes affligées d’œillères pour qui seules les expériences françaises méritent d’être connues.

Flash 4. Et c’est dans ce contexte qu’un nouveau groupe souhaitant travailler sur les questions d’interculturalité publie son faire-part de naissance : Tayush [2]. Il l’a fait à travers la publication discrète (sur le site Internet du quotidien Le Soir) d’un texte important intitulé « Interculturalité : vers l’apaisement ? ». Je suis un des quatre signataires de ce texte, mais il aurait pu s’agir de quatre autres personnes. Ce qui est significatif dans ce quatuor est sa composition : deux hommes, deux femmes, deux personnes issues de l’immigration et deux réputées « blanches » [3]. Tayush, « groupe de réflexion pour un pluralisme actif », n’a pas pour vocation de constituer la brigade de choc du multiculturalisme-pronant-les-accommodements-raisonnables-et- le-différentialisme-culturel (pour en rajouter dans la caricature à laquelle je m’attends). D’ailleurs, les membres de Tayush sont loin d’être d’accord sur tout. Certaines recommandations des Assises font débat parmi nous. Rien que sur la question du foulard, on y retrouve des personnes plutôt favorables (dont certaines qui le portent), d’autres plutôt indifférentes (c’est mon cas) et d’autres plutôt hostiles, mais qui toutes se rejoignent dans une position d’empathie et de solidarité à l’égard d’autres personnes victimes de discriminations massives au nom de leurs convictions religieuses.

Tayush est un contre-feu nécessaire. Sur le front de l’interculturalité, la société hésite. La moindre initiative, comme par exemple les Assises, qui ne serait pas conforme à la nouvelle vulgate républicaine-française se fait immédiatement mitrailler au bazooka. Manifestement, le vent ne souffle pas dans le sens de l’ouverture. Une nouvelle extrême droite cherche à en profiter pour retrouver de la légitimité, tandis que d’incontestables démocrates n’hésitent pas à pêcher dans cette eau trouble en s’alimentant aux pires clichés. Les temps sont durs pour les musulmans européens qui sont aujourd’hui en première ligne dans le collimateur de la nouvelle parano. La plupart font le gros dos en attendant que ça passe. Mais ça ne passera pas forcément. Voilà pourquoi il est tellement nécessaire de créer des lieux où musulmans, personnes issues des diverses immigrations et Belges plus ou moins « de souche » et de toutes convictions philosophiques puissent élaborer ensemble leur cadre de vie commun, bien arrimés à la boussole de l’égalité des droits. Tayush peut être utile dans ce sens.

Pour tout contact : groupe.tayush@gmail.com

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Bonnes fêtes à tous les lecteurs de ce blog.

Et merci pour vos encouragements et votre participation.

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[1] Lire à ce propos le commentaire nettement plus nuancé de Caroline Sägesser, qui est pourtant une laïque indiscutable, sur son propre blog. Lire aussi mon échange avec elle, et particulièrement ceux qui m’« accusent » de mettre le handicap et la conviction religieuses sur le même pied.

[2] Le mot vient de l’arabe classique Ta’ayush qui signifie « coexistence » ou « vivre ensemble ». C’est aussi le nom choisi par une courageuse organisation judéo-arabe en Israël-Palestine

[3] Quoique ma propre blanchitude soit sujette à caution étant donné mes origines assumées.

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