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31.10.2013

Bruxelles et la N-VA : balayer devant sa porte

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Au risque d’en rajouter, le volet bruxellois du programme institutionnel de la N-VA est particulièrement imbuvable. Mais balayons devant notre porte : ceux qui s’en offusquent aujourd’hui n’ont-ils pas entrouvert le vantail par où la N-VA vient de s’engouffrer ? N’ont-ils pas posé les jalons de cette sous-nationalité que voudraient instituer les nationalistes flamands quand ils ont organisé le développement séparé des Bruxellois francophones et des Bruxellois flamands et, accessoirement, en obligeant donc les très nombreux « allophones » de s’inscrire dans un des deux régimes ?*

Pointons quelques domaines.

• L’enseignement. C’est évidemment le principal. Tous les partis francophones ont accepté le cadre « communauté française » pour organiser l’enseignement de la majorité des enfants bruxellois. Il a été considéré comme primordial qu’un enfant francophone d’Anderlecht soit traité de la même façon qu’un enfant francophone d’Arlon, et tout à fait accessoire qu’il soit mis sur le même pied qu’un enfant flamand d’Anderlecht qui est peut-être son voisin direct. (Voir notamment sur ce blog ici).

• La culture. Par volonté politique, le monde culturel est obligatoirement « splitsé » à Bruxelles. Les projets bicommunautaires doivent ruser pour subsister. Si cette séparation peut éventuellement avoir un sens pour la littérature, le cinéma ou le théâtre, elle n’en a aucun pour les arts plastiques, l’architecture, la musique et la danse, et pour tout ce qui se fait dans une langue tierce.

• Les médias. L’idée d’un média public multilingue, creuset d’une opinion publique bruxelloise indépendante des diverses langues parlées, est obstinément refusée par le monde politique.

• L’accueil de la petite enfance. C’est important, le régime linguistique imposé à un bébé de six mois ?

• L’accueil des nouveaux migrants. Un Turc ou une Brésilienne qui souhaite s’installer à Bruxelles doit décider s’il-elle s’inscrit dans une filière flamande ou francophone, alors qu’il-elle ne parle au départ aucune des deux langues. (Voir notamment sur ce blog ici et .)

Heureusement, la société civile bruxelloise a depuis longtemps tenté par tous les moyens de contourner ces blocages institutionnels, en usant de multiples contorsions. Par exemple, les comités d’habitants, fédérés dans des structures unilingues pour des raisons de subventionnement, travaillent ensemble, quoique ce serait infiniment plus simple et plus logique qu’ils se retrouvent dans une seule fédération. Idem pour le monde culturel qui s’est doté d’une coupole bilingue. Le Théâtre « national » collabore de plus en plus avec le KVS voisin. Et, sur le terrain, la plupart des institutions bruxelloises financées par la communauté flamande font preuve d’une très large ouverture en accueillant la grande majorité des Bruxellois mal à l’aise avec le néerlandais.

Mais sur le plan politique, on a une guerre de retard. Évidemment, les institutions bruxelloises, qui sont le fruit d’anciens compromis, poussent à la séparation. La N-VA démontre aujourd’hui par l’absurde où conduit cette pente. Peut-on encore espérer qu’au-delà des cris d’orfraie qui n’engagent à rien, les partis politiques bruxellois se décident à inverser la tendance, par exemple en reconstituant des partis bruxellois pour ce qui concerne la gestion de la ville-région et en faisant campagne dans les trois langues (en ajoutant donc l’anglais par courtoisie vis-à-vis de nombreux nouveaux Bruxellois) ? (Voir notamment sur ce blog ici.) Et en s’engageant à négocier la nouvelle majorité directement et simultanément en français et en néerlandais, comme cela n’a pas été fait la dernière fois ? (Voir notamment ici.) Un peu de courage et un peu de vision, ça ferait du bien.

•••

* Il est tout aussi imbuvable pour la Wallonie, d’ailleurs, à qui De Wever fait un cadeau empoisonné en lui proposant la co-tutelle de Bruxelles. Seul l’horizon d’une Belgique à quatre régions peut structurer l’opposition à la logique infernale de la N-VA. Voir notamment l’édito dans Politique, n°79, mars-avril 2013.

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