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3.04.2012

Changer de chaudière : un acte civique ?

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Dans La Quinzaine de mars [1], on trouve un petit article stimulant sur l’« obsolescence programmée » des produits d’équipement [2]. Point de départ : une émission d’Arte qui se penchait sur le cas d’une imprimante. Celle-ci contenait une puce qui la bloquait après 18.000 impressions, obligeant à son remplacement. Scandale écologique absolu, évidemment. Mais limite caricature. D’habitude, c’est beaucoup plus pernicieux : on se limite à fabriquer des objets pas très solides dont une pièce indispensable finira bien par lâcher. Et quand vous voudrez réparer, on vous expliquera qu’il est bien plus commode, moins aléatoire et moins coûteux d’acquérir un nouvel appareil, par ailleurs tellement plus performant. Ne vous plaignez pas : ce cercle vicieux serait en fait vertueux. N’est-ce pas l’innovation technologique qui fait tourner la machine économique et qui préserve l’emploi et, par ricochet, le pouvoir d’achat, lequel fait tourner la machine économique… ? Sans « obsolescence programmée », n’est-ce pas le déclin assuré ? On ne devrait plus être dupe de ce raisonnement qui se mord la queue.

Mais il y a des situations particulièrement perverses : quand on vous incite à remplacer un appareil par un autre au prétexte qu’il serait plus économe en énergie. On sollicite ainsi votre conscience écologique. Un tel acte ne serait plus alors du gaspillage, mais un acte civique, qui sera fiscalement encouragé par les pouvoirs publics comme il sied à tous les comportements vertueux. Ainsi, la Région wallonne vous accordera une prime de 450€ si vous remplacez votre « vieille » chaudière par une nouvelle à haut rendement, qui vous promet « jusqu’à 40% de consommation en moins ». À Bruxelles, la prime peut grimper jusqu’à 550€, prime plafonnée à 30% de la facture.

J’habite une petite maison, genre maison ouvrière, où le chauffage central au gaz a été installé il y a plus de trente ans. La chaudière fonctionne très bien mais, il y a trois ans, une pièce a lâché. On pourrait très facilement la remplacer, mais pas possible : elle n’est plus fabriquée et il n’en reste plus en stock. Depuis trois ans, le chauffagiste qui assure l’entretien bricole un raccord qui semble tenir le coup. Ça doit être un signe du destin : il est temps que j’agisse civiquement et que j’envisage de remplacer ma « vieille » chaudière par une moderne qui consommera moins, ce pour quoi je serai récompensé financièrement.

J’ai fait mes comptes. Même en déduisant la prime, cette nouvelle chaudière, je devrai bien la payer de ma poche (de 2000 à 3000€, plus 1000€ pour l’installation, moins la prime). Je devrai aussi payer le démontage et l’évacuation de l’ancienne, le tubage de la cheminée (750€) ainsi que l’adaptation du local, car évidemment cette nouvelle chaudière ne prendra pas exactement la place de l’ancienne. Disons 5000€ en tout. À supposer qu’elle me fasse économiser entre 20 et 40% de combustible (je ne suis pas dupe de la formule attrape-nigauds « jusqu’ à 40% » qui n’engage à rien du tout), j’économiserais entre 250 et 500€ par an. En 2012, il n’y aura plus de déduction fiscale fédérale possible pour ce type d’investissement [3]. Mon investissement sera donc amorti en 10 ou 20 ans.

Mais mon chauffagiste me prévient : les nouvelles chaudières ne sont pas aussi solides que les anciennes. Ce serait inutile d’ailleurs qu’elles le soient puisqu’au rythme où la technologie évolue, elles seraient trop vite dépassées. Comptez, me dit-il, sur une durée de vie de 10 à 15 ans, après quoi il faudra la remplacer par une autre, bien entendu tellement plus performante, étant donné qu’« on n’arrête pas le progrès ». Au bout du compte, si je calcule bien, j’y perds.

Mais peut-être que la planète y gagne grâce aux économies d’énergie réalisées, ce pour quoi je serais disposé à quelques sacrifices. Pas sûr : il faudrait aussi comptabiliser le coût énergétique de la fabrication de cette nouvelle chaudière tellement performante, le coût énergétique de son transport et de son installation ainsi que le coût énergétique de la destruction ou du recyclage de l’ancienne. Quelqu’un a-t-il fait ce calcul ?

Tout bien pesé, j’ai décidé de conserver ma « vieille » chaudière tant qu’elle peut tenir. C’est ce que me conseille d’ailleurs mon chauffagiste. Avec le budget économisé, je vais plutôt investir dans l’isolation. Tiens, aviez-vous remarqué que toutes ces primes écologiques qui poussent à la consommation (pour des chaudières plus performantes ou des panneaux photovoltaïques) peuvent être accordées pour des logements qui sont des passoires énergétiques, sans aucune vérification préalable ? Cherchez l’erreur…

•••

[1] Contrairement à ce que son nom suggère, La Quinzaine est le « mensuel d’Ecolo à destination de ses membres et sympathisants ».

[2] Lire ici, sur le site d’Etopia, une étude plus détaillée d’Hadelin de Beer.

[3] Je ne m’en plains pas forcément : certaines primes fédérales étaient scandaleuses. Voir ici un ancien billet sur ce blog.

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