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Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


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15.02.2012

Chômeurs, fumeurs, obèses... A qui le tour ?

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Après « les chômeurs profiteurs », voici que Le Soir fait écho au « débat » sur ces « fumeurs qui assèchent la sécu » [1]. Sans être devin, je vous annonce le « débat » de la semaine prochaine : « Pourquoi payer les allocations familiales des parents défaillants ? ». Nous poursuivrons ensuite avec le grand problème de notre société ultra-calorivore : « Qui doit payer les soins des obèses qui ne veulent maigrir ». Et sans forcer le trait, le grand débat du mois prochain : « La sécurité sociale prise en otage par des parents qui enfantent malgré le risque connu de transmission de maladie grave »…

Le plan suit toujours la même logique, même si la chronologie des étapes n’est pas toujours identique. Etape 1 : isoler un groupe de la majorité. Etape 2 : le stigmatiser. Etape 3 : prendre des mesures de préventions et de "traitement". Etape 4 : informer sur le coût pour la collectivité de la prise en charge des problèmes posés par ce « groupe ». Etape 5 : poser le « débat » de cette prise en charge sur base du principe de « responsabilité » et de soutenabilité de la solidarité. Etape 6 : isoler un autre groupe de la majorité…

Les acteurs de ce processus sont multiples et, pour une bonne part, souvent de bonne foi. Mais tous agissent vers un même résultat, fort éloigné des bonnes intentions de départ : une solidarité réduite à sa portion congrue.

Avec notre propension à contrôler tous les risques, la possibilité de renvoyer la responsabilité du risque vers l’individu imprévoyant est infinie. Plus encore dans un cadre politique qui voit toute dépense de protection sociale comme contraire aux principes de bonne gestion... Reprennons l’exemple des obèses. Le problème est croissant et fait partie des problèmes majeurs de santé publique. Il y aura bien une association et un parti pour imposer, pour raison de santé bien entendu, un suivi des "obèses" auprès des diététiciens. Les coalitions d’intérêts seront très larges. Pas d’obligation de résultat, mais de moyens. Tôt ou tard, nous constaterons que certains ne parviennent à suivre les "traitements" conseillés. Tôt ou tard, le coût de ces mesures fera débat. Et nous serons peu nombreux à soutenir ces inconscients qui volent notre pain...

Notre systèmes de sécurité sociale mélange deux grands principes. Le principe d’universalité qui suppose que tous, par le biais de l’impôt, participent en fonction de leurs revenus à la mutualisation des ressources, et en bénéficient en retour sous forme de protection sociale, sans distinction. Mais le modèle belge repose davantage sur le principe de la mutualisation, par le biais de cotisations payées par chacun, à un moment ou un autre de sa vie. Plus la mutualisation est grande, plus l’assurance est efficace, moins le système est couteux. De ce fait, les droits s’appliquent à tous, sur base des mêmes règles appliquables à tous, sans disctinction.

Mais un droit suppose des conditions. Il faut être réellement malade, chômeur, parent, pour bénéficier d’allocation d’invalidité, de chômage, ou familiale. En corrolaire, la responsabilité est un autre grand principe qui fonde notre sécurité sociale. Mais responsabilité d’une part, et universalité et assurance d’autre part, agissent en sens contraire, selon les rapports de force qui opèrent à un moment donné. Le moins que l’on puisse dire est que le principe de responsabilité prends une nette avance sur les deux autres.

Nous sommes tous concernés. Le plus souvent dans le camp des majoritaires, mais tôt ou tard, tous dans le camp des minoritaires. Et à ce moment-là, il n’y aura plus personne pour nous aider à préserver nos droits à la solidarité mise en oeuvre par notre sécurité sociale.

Rappelons-nous qu’il n’existe que deux substituts à notre sécurité sociale : l’assistance publique, par nature conditionnelle et très restrictive, ou la solidarité interpersonnelle. L’air de rien, le débat sur ces "fumeurs qui coutent cher à la sécu" est donc un vrai débat, mais dont la portée réelle n’occupe que trop peu le devant de la scène médiatique actuelle. Et en attendant, les chomeurs trinquent...

[1] Edition de ce 14 février

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