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2.07.2015

Cinq questions pour coincer les « anti publicité RTBF » !

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Les ministres ou les patrons de la RTBF commencent toujours leurs harangues démagogiques par de fausses larmes de crocos : « Vous savez, nous sommes les premiers à vouloir la RTBF sans pub, mais c’est la crise ». Ensuite, ils énoncent toujours les mêmes réflexions-questions bateaux.

Comme c’est à eux surtout que les médias donnent la parole, le public, même progressiste, reprend, hélas, souvent, et sans s’en rendre compte, ces mêmes questions à son compte.

Qui sait aujourd’hui que pendant de nombreuses années des associations comme Inter-Environnement, Univers Santé, le Conseil de la Jeunesse, Respire ou les Equipes Populaires ont proposé des alternatives de financement afin qu’un vrai service public de l’audiovisuel puisse se passer de rentrées publicitaires ?

Ces questions restent souvent sans réponse car les médias se contentent de les relayer en ouvrant des boulevards de com aux « pro pub » mais ne font quasiment jamais réagir ces diverses associations à cette thématique. Voici donc ces questions gorgées de préjugés et mes pistes de réponses.

1. Certains aiment la publicité, ne fut-ce que pour aller vider le frigo ! Les autres peuvent zapper. Liberté pour tous ?

Pour une société pluraliste ? Vive la diversité ? Alors, il faut des chaînes privées avec pub (cela existe !) et de grandes chaînes de la RTBF sans pub (pas une chaîne de niche comme La Trois vue par 10 à 20 fois moins de public que La Une). Ceux qui ne veulent pas de pub ont droit à regarder seuls ou avec leurs enfants la télé en Belgique, non ?

Et peut-on zapper ? De moins en moins, car les buts des annonceurs sont de rapprocher et de mêler si possible pub et émissions ainsi que de nous empêcher de zapper. Il n’y a pas si longtemps, en radio, il n’y avait de la pub qu’une fois par heure, avant le journal parlé ! L’envahissement est en marche.

Insérer, avant le JT, dans la diffusion même de la pub un décompte des secondes qui nous séparent du début du 19H30 est une façon ne nous pousser à ne pas zapper pour ne pas rater le début des infos.

Dernière nouveauté : le « placement de produits » ne nous permet plus de zapper. Celui-ci a été interdit à la RTBF à la demande de la société civile (le Conseil de la Jeunesse notamment) et grâce à l’obstination du ministre Jean-Marc Nollet.

Mais, dès qu’ECOLO ne fut plus au gouvernement, le PS et le CDH ont rétabli le placement de produits, sous prétexte de crise économique (ils auraient pu faire d’autres économies : par exemple, supprimer des programmes chers qui ne concrétisent pas des missions prioritaires de service public).

2. Vous voulez la faillite financière de la RTBF. Pire que les libéraux (qui veulent petit à petit supprimer le service public)...

En réponse à ce procès d’intention, voici un extrait de la carte blanche « RTBF sans pub : viable et vivifiant » publiée dans LE SOIR du 15 juillet 2009 par Jean Cornil (alors député fédéral PS), Claire Scohier (Inter-Environnement), Jacques Liesenborghs (ex vice-président de la RTBF) et moi-même : « La pub coûte à la RTBF : sa recherche et sa mise à l’antenne ne sont pas gratuites ! (...) La RTBF devra également redéfinir ses missions, ses programmes et ses publics prioritaires. Il faudra donc estimer l’économie réalisée par la suppression d’émissions souvent coûteuses qui n’ont rien de « service public » (...) Pourquoi ne pas se demander également si la RTBF devra continuer de participer au financement du CIM dont l’objectif est de recueillir des données audimatiques souvent controversées afin de fixer la tarification publicitaire ? (...) Il conviendrait aussi de proposer au niveau fédéral, une refiscalisation des investissements publicitaires au bénéfice de notre audiovisuel public, ce qui plairait assurément à la Communauté flamande qui manque de moyens pour la VRT. On ne voit pas très bien pour quels motifs démocratiques les investissements publicitaires qui avoisinent les 3% du PIB ne sont pas soumis à l’impôt (...) ».

Le plus ignoble : la ministre de l’audiovisuel Fadila Laanan (grâce à Dominique Vosters, son chef de cabinet adjoint... qui sera nommé par la suite président du Conseil supérieur de l’audiovisuel !) a réussi à ce que la fiabilité de ces pistes concrètes ne soit pas analysée dans une enquête sur les financements alternatifs de la RTBF réalisée à grand frais par la société Deloitte en 2011.

Et donc les résultats de cette enquête manipulée laissèrent croire au public et au monde politique qu’il est impossible de se passer des annonceurs à la RTBF.

3. Sans pub (et donc sans audimat), vous allez imposer la culture au prime time. Quasi plus personne ne regardera la RTBF. Vous n’êtes que des « bobos » (mot employé par la ministre Laanan) qui ne veulent la télé que pour eux.

En fait, ce qui manque surtout au premier rideau, ce sont des émissions sociales au sens large (dont des programmes pour les consommateurs comme feu « Cartes sur table » ou « Autant savoir ») qui, elles, sont toujours été plébiscitées par le public, et particulièrement en temps de crise.

La suppression de la pub peut même devenir un accélérateur d’audience car une majorité du public a de plus en plus horreur de la réclame à la TV. Il existe un seul exemple concret, mais jamais rappelé dans les débats. « L’Hebdo » (l’ancêtre de « Questions à la Une ») était diffusé à la fin du tunnel de pub qui suit le 19H30 mais, pendant 2 saisons, il prit place dans le corps même du JT, sans pub donc. Cela se marqua par une augmentation moyenne de 100.000 téléspectateurs, chaque semaine.

L’évolution des programmes est rapide et flagrante au prime time de « La Une ».

La semaine de l’arrivée de Jean-Paul Philippot à la direction de la RTBF : cinq soirées avec des programmes plutôt sociaux/économiques, et deux soirées de divertissement. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui nous est imposé : deux (« Questions à la Une » et « le Jardin Extraordinaire ») et cinq (séries, films, humour, « The Voice »).

4. Supprimer la publicité ne changera rien ! Comme le prouve l’exemple de France Télévisions où elle est interdite après 20H depuis 2009...

Le 8 janvier 2008, le jour même où Sarko Président annonçait cette réforme, Marc Moulin m’indiquait par courriel qu’il ne croyait pas à son succès car pas mal de responsables de France Télévisions étaient « génétiquement modifiés » et allaient se demander quoi faire d’autre que « de l’audience et de devenir connu ». Il y aurait dû avoir décontamination d’une partie du personnel et elle n’a pas eu lieu.

De nombreux décideurs « accros » ont tout fait pour tenter que la pub revienne et n’ont pas proposé d’autres programmes. L’erreur (ou la faute ?) de Sarko, c’est qu’il n’a pas aussi supprimé le « sponsoring » après 20H. Celui-ci est encore plus pernicieux que la pub. Il pousse les chaînes à multiplier les « mini programmes » dont les thématiques et le contenu seront choisis pour pêcher de juteux « mécènes ». Ils se sont multipliés.

Sans pub,ni sponsoring, France Télévisions aurait pu ne plus s’adresser au public le plus massifiant. Se différencier des diffuseurs privés revient, notamment, aux heures de forte audience, à soutenir, de manière critique bien entendu, les intérêts d’importantes « minorités » : les téléspectateurs qui veulent de vraies émissions sociales ou politiques, les amateurs de cultures, les sourds et malentendants, les enfants et les adolescents, le public « carte vermeille », etc. On aurait vu la différence ! Et moins d’émotionnel pour abreuver l’audimat.

5. Si la RTBF n’est plus financée que par l’état, alors elle dépendra totalement du politique et cela va devenir télé PS !

Pourquoi alors pensez-vous tant de bien de la BBC qui n’est pas financée par la publicité ? Le « politique » tente toujours d’intervenir dans le contenu des programmes. Avec ou sans publicité, cela restera une constante. Le contrat de gestion l’en empêche dans la majorité des cas.

Par contre, le nouvel ennemi de la liberté de programmer, ce sont les publicitaires, bien plus insidieux que les partis ! Pourquoi « The Voice » à la RTBF ? Surtout pour séduire une mini minorité, le public jeune. Ce qui est utile à la pub, ce sont des jeunes de préférence aisés qui changent rapidement leurs habitudes de consommation (car il y a beaucoup de pubs pour de nouveaux produits), à l’inverse du plantureux public âgé, souvent plus riche mais qui évolue lentement dans ses comportements. Et dont les programmes spécifiques sont relégués en fin de soirée. Voilà concrètement au quotidien un type d’influence de la pub et pourquoi elle doit disparaître de la RTBF si celle-ci veut être au service de tous ses publics.

Bernard Hennebert, auteur de quatre livres sur la RTBF dont « RTBF, le désamour » (Éditions Couleur Livres).

Ce texte a été publié dans le numéro 2 (été 2015) de la revue Même pas peur, née en Belgique suite au carnage à la rédaction de Charlie Hebdo.

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  • Cinq questions pour coincer les « anti publicité RTBF » ! Posté par Philippe D. Grosjean, le 4 juillet 2015
    Merci pour cet article. J’approuve. Mais il y a une autre question qui importe. Comment se fait-il que le créateur d’une émission (ex. Jardin extraordinaire, On n’est pas des (...)
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    • Cinq questions pour coincer les « anti publicité RTBF » ! Posté par enduro, le 5 août 2015

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