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30.01.2016

Comme au bout d’un long tunnel

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Depuis le week-end dernier, on sait que certains tunnels bruxellois craquent. Et les nerfs des automobilistes avec eux. Mais les dégradations sont plus importantes qu’il n’y paraît. C’est en effet un peu de ce qu’il reste de confiance dans les pouvoirs publics qui s’est dégradé à cette occasion. Dans le cadre d’une saine gestion des infrastructures collectives, les mandataires auraient dû entretenir correctement ces tronçons routiers souterrains qu’empruntent chaque jour des milliers d’automobilistes.

Cette carence de gestion, hélas, révèle l’incurie, justement soulignée par les médias, de nos hommes politiques. Si « gouverner, c’est prévoir », comme le veut l’adage, qu’ont donc fait durant tant d’années ceux-là même qui, régulièrement, sollicitent la confiance des citoyens pour poursuivre leur carrière dédiée à la chose publique ? Au lieu de sans cesse venir, tels des bateleurs, annoncer des politiques nouvelles et faire oublier celles initiées précédemment, sans doute auraient-ils dû veiller d’abord à préserver le patrimoine qui leur a été confié.

N’apercevoir que cela, c’est toutefois aborder le problème par le petit bout du tunnel. Car derrière ces pans de béton qui s’effritent et ces paons politiques qui s’ébrouent, il y a aussi un décor qui se fissure. Une illusion qui s’érode. Durant plusieurs décennies, les élus de tous bords ou presque n’ont cessé d’ânonner la doxa libérale du moins d’Etat et du moins d’impôts, tout en favorisant le recours à la voiture pour les déplacements professionnels. Ce faisant, ils ont à la fois vidé les caisses de l’Etat tout en surchargeant les infrastructures routières. Une fois la gestion de l’urgence passée, il conviendra de s’en souvenir. Et le dépeçage régionaliste de ce pays, qui a conduit à multiplier les administrations tout en morcelant les compétences jusqu’à la déresponsabilisation, n’a pas arrangé la situation.

Car cette sortie progressive du tunnel idéologique dans lequel s’étaient enfoncés les dirigeants politiques doit devenir une opportunité. Celle d’inventer une politique de mobilité moderne, tenant compte des enjeux écologiques, démographiques et économiques d’une Bruxelles métropolitaine. Quelque chose qui aille au-delà du « coup » médiatique, consistant à décréter un piétonnier plutôt que d’envisager la problématique de la mobilité comme un système complexe et global. Une manière d’aborder la gestion publique en profondeur plutôt qu’en surface.

Ce retour à la réalité doit aussi rappeler une évidence : un état, une collectivité, ce sont des outils partagés par tous. Les construire et les entretenir nécessitent des moyens et une vision à long terme de l’intérêt commun. Certes, annoncer la rénovation des trémies, c’est jouer tout seul une mélodie en sous-sol, quand tous dansent au-dessus de notre tête. Mais cela évite aux élus de se trémousser nus, au sortir du tunnel de certitudes et d’aveuglement où ils se terraient depuis trop longtemps.

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