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9.03.2016

Comment je me suis planté en mai 2012

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Le 6 mai 2012, François Hollande est élu président de la République. Quelques jours plus tard, une classe de journalisme m’invite à participer à un faux journal télévisé. On me demande de commenter l’élection et on me pose la question suivante : « Pensez-vous que François Hollande respectera sa promesse d’octroyer le droit de vote aux étrangers ». Ma réponse : « Absolument. Je n’ai aucun doute à ce sujet. » J’affirme que cette réforme est beaucoup moins risquée que l’abolition de la peine de mort à laquelle François Mitterrand avait procédé dès son élection pour honorer sa promesse, contre l’avis majoritaire de l’opinion publique de l’époque. En outre, une majorité de Français semble pour le moment favorable au droit de vote des étrangers non européens aux élections communales, laquelle est depuis longtemps en vigueur dans de nombreux pays voisins aussi peu révolutionnaires que la Belgique, sans avoir rien changé à la carte politique de ces pays. Donc, je confirme : Hollande mettra rapidement cette plume à son chapeau, et tout le monde l’aura oublié cinq plus tard tant cette petite réforme symbolique aura finalement paru anodine.

Pour le coup, je me suis planté et bien planté. Hollande a donc reculé, pour autant qu’il voulait vraiment avancer. Prétexte facile : il n’aurait pas eu de majorité au Congrès [1]. Ou alors c’est l’opinion publique qui aurait changé. Mais, dans ce cas, la moindre des choses eût été de faire campagne et d’essayer de convaincre, au lieu de renoncer piteusement sans même combattre. Le discours était toujours : « Ce n’est pas le moment ». Puis, quand son compère Valls l’a rejoint, c’est devenu : « Il ne faut pas courir derrière des totems ».

Cette lâcheté (voyez-vous un autre mot ?) est à mettre en parallèle avec l’obstination du président Hollande à faire voter la déchéance de nationalité pour les binationaux, quoi qu’il en coûte. Ici, tout est parti d’un « engagement solennel » pris devant le Congrès au lendemain des attentats de novembre à Paris, un engagement tellement solennel qu’on ne saurait revenir dessus, même aux prix de difficultés bien pires que celles qui auraient été occasionnés par le droit de vote des étrangers. De ces épisodes, on aura tiré la leçon suivante : l’engagement d’un président, c’est sacré, tandis que les promesses d’un candidat n’engagent que les gogos qui y croient, comme disait feu Charles Pasqua qui s’y connaissait en matière de cynisme.

On a beau faire de gros efforts pour repérer les forces sociales qui instrumentalisent les individus à leur insu, difficile de faire abstraction du facteur personnel. Et là, le diagnostic ne peut être que féroce. Qu’un tel personnage ait pu être sélectionné par un appareil au terme d’un processus formellement démocratique en dit long sur la décrépitude d’un système.

•••

[1] Députés + sénateurs, dont la majorité est nécessaire pour réformer la constitution.

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  • Comment je me suis planté en mai 2012 Posté par Claude DEBRULLE., le 10 mars 2016
    Maigre consolation Henri : tu n’es pas le seul ! Quelle désolation dévastatrice que ce trio de tête : Hollande/Vals/Macron ! Pire encore : quel avenir réserve-t-il à notre (...)
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  • Comment je me suis planté en mai 2012 Posté par D. Vanhove, le 10 mars 2016
    S’il n’y avait que sur cette question que Normal 1er se soit renié... on pourrait passer dessus, même si ce n’est pas à son honneur... mais, à ce stade, en a-t-il encore un...? Tout (...)
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    • Comment je me suis planté en mai 2012 Posté par Guy Leboutte, le 10 mars 2016
  • Comment je me suis planté en mai 2012 Posté par Pierre Georis, le 10 mars 2016
    Je pense que c’est Henri Queuille qui est l’auteur premier de la maxime "Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent". Radical, deux fois Président du Conseil (=premier (...)
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  • Lâcheté ? ...Et impuissance ! Posté par Guy Leboutte, le 9 mars 2016
    Bonjour, Ce mot de "lâcheté" suppose une renonciation à un authentique souhait. Je crois qu’il faut être plus clinique et cesser de prendre au mot les politiciens de la (...)
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    • Les vertus de la réforme Posté par Michel T, le 11 mars 2016

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