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12.09.2010

Construire des écoles à Bruxelles !?

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Le PPP a du plomb dans l’aile. Pardon ? Le PPP : Partenariat Public-Privé. Une belle invention, pourtant, qui avait réussi à faire s’accoupler la carpe des partisans du secteur public (la gauche, pour faire court) et le lapin des partisans du secteur privé (les libéraux, pour faire schématique) pour accoucher d’un hybride paré de toutes les vertus, dont celle, bien entendu, d’être un système win-win. Vous voulez un exemple de PPP ? Eh bien c’est quand l’État vend ses bâtiments au privé pour les lui louer ensuite. [1] Il paraît que c’est win-win, nous expliqua alors Didier Reynders en tant que ministre de tutelle de la régie des bâtiments. Il se trompait ? C’est bien ce que je vous disais : le PPP a du plomb dans l’aile.

C’est Jean-Marc Nollet, ministre Écolo de la Communauté française responsable des bâtiments scolaires, qui l’a dit. Car la majorité communautaire précédente PS-CDH avait monté un PPP pour construire et rénover 48 écoles. Selon lui, ce PPP n’est pas du tout win-win et la Communauté française aurait tout intérêt à le dénoncer au profit d’un financement purement public.

Et c’est ainsi qu’on a pu découvrir, abasourdis, que sur les 48 écoles, il n’y en avait que 4 sur le territoire bruxellois (contre 14 au Luxembourg). Alors que, personne ne le conteste, c’est là que les besoins sont les plus criants en vertu du dynamisme démographique de la capitale, seule des trois régions dont la population croît et rajeunit. Justement, ajoute le ministre Nollet : en bazardant le PPP, on récupérera des sous qui seront prioritairement investis à Bruxelles. Tout sera réglé ?

Pas du tout ! Si performant que soit le nouveau système de financement, il ne concernera que les écoles publiques qui relèvent de la compétence de la Communauté française. Quant aux écoles libres qui scolarisent la moitié des enfants francophones, elles se débrouilleront comme d’habitude, avec leurs moyens propres. Et comme on est à Bruxelles, cette situation se dédouble par l’existence d’un enseignement néerlandophone, public et libre, qui s’adresse à tous les enfants bruxellois. Bref, là où, dans les deux autres régions, le marché scolaire oppose principalement deux réseaux, à Bruxelles il en oppose quatre. Cette double concurrence croisée qui interdit toute planification, voire toute concertation, n’est pas pour rien dans le délabrement et, surtout, dans la dualisation de l’enseignement à Bruxelles. Raison pour laquelle certains plaident, avec des arguments solides, pour un transfert aux régions des compétences d’enseignement actuellement dévolues aux communautés.

Mais sans aller jusque-là et sans même toucher aux compétences d’enseignement et à l’autonomie des réseaux, il serait possible de mettre un peu d’ordre dans l’imbroglio bruxellois à l’occasion du chantier des constructions scolaires. Car, à Bruxelles, il ne s’agit pas d’une petite affaire. Selon les projections démographiques, il n’y aurait pas moins de 30 écoles secondaires à construire, et des écoles primaires et maternelles en proportion. Il n’y a aucun chantier d’utilité publique d’une importance comparable sur le territoire de la Région. Plutôt que de rêver de projets mégalomanes sur le plateau du Heysel ou juste à côté, dont l’utilité finale est par ailleurs loin d’être établie, il faut aborder la question des constructions scolaires comme une question de développement urbain global : des travaux indispensables, qui seraient susceptibles de mettre au travail un main d’œuvre locale et d’améliorer l’efficacité urbaine en matière d’économie d’énergie et de mobilité sur base d’un bonne planification.

Voici donc la proposition : mettre sur pied un PPP nouvelle formule, soit un Partenariat Public-Public. En s’inspirant du système Reynders en vertu duquel les usagers des bâtiments publics ne doivent pas forcément en être propriétaires. Ce serait la Région bruxelloise qui serait la maîtresse d’œuvre des nouvelles constructions. Elle les planifierait en concertation avec les différents réseaux concernés, en rationalisant les divers sites qui ne devraient pas être forcément aussi nombreux que les unités administratives d’enseignement. Ce qui permettrait, par exemple, qu’un même site héberge une école flamande et une école francophone, une école secondaire et une école primaire, ainsi que des équipements de quartier ouvrant le site à la population en soirée et pendant les congés. Elle pourrait mieux faire respecter d’éventuelles clauses sociales et environnementales à insérer dans les cahiers des charges. Ces bâtiments seraient loués aux pouvoirs organisateurs et leur construction serait financée par un emprunt régional qui, à mon avis, n’aura aucune difficulté à mobiliser l’épargne de la population.

N’est-ce pas une idée à creuser ? Qu’en pensez-vous, M. Nollet ? Et surtout : qu’en pensez-vous, M. Picqué ? [2]

•••

[1] Pas sûr que cet exemple soit techniquement correct. Mais le rapprochement était trop tentant pour résister…

[2] Cette question – ainsi que beaucoup d’autres – sera débattue à l’Université citoyenne de Bruxelles qui se tiendra à la VUB du vendredi 1er au dimanche 3 octobre. La question des constructions scolaires sera au menu du samedi matin.

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  • Le PPPrivé, le mauvais choix Posté par Angela Lestizza, le 15 septembre 2010
    C’est une excellente idée. D’ailleurs il faut tordre le coût à ces partenariats public-privé. Si le public n’a pas de sous qu’il empruntent. Aujourd’hui pour construire une habitation (...)
    Lire la suite
  • Construire des écoles à Bruxelles !? Posté par Erdem Resne, le 13 septembre 2010
    Tout d’abord quelques réflexions générales sur les PPP. 1) Le système particratique belge fait en sorte que ces partenariats sont tournés sur des intérêts à court terme ; rentrées (...)
    Lire la suite

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