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29.04.2017

Contre Le Pen et contre le « front républicain »

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Si j’étais français, je voterais le 7 mai contre Le Pen. C’est-à-dire en mettant un bulletin Macron dans l’urne.

Mais ce geste n’a rien à voir avec un soi-disant « front républicain », concept bizarre plus journalistique que théorique. De Macron, on n’attend rien. On ne lui demande rien, et notamment pas de nous donner des raisons de voter pour lui. On ne se place pas derrière lui pour « sauver la République ». Le vote d’adhésion qu’il demande, il ne faut pas le lui donner.

Dans une élection à deux tours, la règle est qu’au premier tour, on choisit, tandis qu’au deuxième, on élimine. Nous y sommes. Et c’est Le Pen qu’il faut éliminer.

Je sais que, dans l’électorat de Jean-Luc Mélenchon, beaucoup ne voient pas pourquoi Le Pen serait pire que Macron. Au fond, le programme de Le Pen n’est que virtuel. Qui peut dire ce qu’elle fera vraiment au pouvoir ? Tandis que Macron, on l’a vu à l’œuvre. Toutes les luttes sociales de ces dernières années ont été dirigées contre la politique qu’il incarne et perpétue. Ce n’est pas un hasard si tant de figures démonétisées du passé le soutiennent, d’Alain Minc à Laurence Parisot du Medef en passant par Attali, BHL et Cohn-Bendit. Pour le vent de fraîcheur, on repassera.

Il y a donc d’excellentes raisons pour renvoyer les deux concurrents dos à dos. Mais pour quelques millions de personnes, Le Pen ou Macron, ce n’est pas du tout pareil. Car « le peuple », cette belle abstraction auquel Mélenchon donne vie par son lyrisme, ce n’est pas une masse indifférenciée qui serait reliée par la mystique du drapeau bleu-blanc-rouge et l’évocation de Robespierre et de Victor Hugo. Il y a, au sein de ce peuple, quelques millions de personnes dont le panthéon est peuplé d’autres figures tirées de leur propre histoire et pour qui le drapeau français évoque surtout les épisodes douloureux de la colonisation. Ces quelques millions sont les plus vulnérables. Dans les meetings de Le Pen, le seul mot d’ordre scandé par la foule dont le succès ne se dément pas, c’est « On est chez nous ». Suivez mon regard…

Si Le Pen passe, les violences racistes redoubleront. Les policiers déviants se sentiront libres d’agir à leur guise, couverts par une hiérarchie aux ordres du nouveau pouvoir. Les contrôles au faciès se multiplieront, tandis que les associations de défense des droits humains seront mises au pas. Encouragés par ce succès, les skinheads feront la loi dans les quartiers populaires. Les discriminations se multiplieront. Au nom d’une conception délirante de la laïcité dont une certaine gauche se sera faite le marchepied, le port du foulard sera interdit dans la rue et, en attendant, on laissera libre cours aux violences physiques dont sont victimes les femmes voilées qui oseront encore sortir de chez elles. Quant aux Français qui ne sont pas « saucisson-pinard », ils n’auront qu’à bien se tenir. Au nom de la préférence nationale, les étrangers en séjour légal se verront privés d’un accès au logement social ou au RMI. Quant aux étrangers en séjour illégal, y compris ceux qui ont un travail légal (oui, en France, c’est fréquent), ils seront expulsés du pays sans délai, leur enfants sortis des écoles et leurs malades des hôpitaux.

Sans doute pour ne pas diviser le peuple qu’il essayait de constituer par sa rhétorique, l’universalisme colorblind de Mélenchon n’a pas accordé une grande attention à l’égard de ces Français issus de l’immigration qui, en plus de la violence sociale, doivent subir le mépris, les humiliations et les violences racistes. Mais face au risque d’installer le racisme au sommet de l’État (car c’est bien le racisme qui est au cœur de l’adhésion à Le Pen), il faut parer au plus pressé. C’est pourquoi il ne faut pas seulement qu’elle soit battue. Il faut qu’elle le soit à plate couture. Le Pen à 40%, ce serait pour elle un énorme encouragement. Quant à Macron, il ne perdra rien pour attendre.

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