Une chose me frappe quand on examine la « crise belge » en comparaison avec le paysage politique des pays environnants. Dans ces pays, c’est la droite conservatrice qui est seule au pouvoir. En France et en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, elle impulse des politiques d’austérité qui donnent le ton au discours européen dominant. Mais on sent déjà le vent tourner. Dans tous ces pays, la social-démocratie – dont la responsabilité est pourtant solidement engagée dans la dérive néolibérale du continent européen – se prépare à revenir au pouvoir avec un projet différent. En France en 2012, en Allemagne et en Italie en 2013, le retour de la gauche en alliance avec les écologistes pourrait ouvrir une période de « relance keynésienne verte » tournant le dos à la récession que nous promettent les recettes éculées des intégristes du marché.
Mais en Belgique, on ne peut envisager un tel scénario. Pour des raisons qu’on peut qualifier de « systémiques », l’alternance y est impossible. La gauche social-démocrate est condamnée à gouverner avec la droite, et réciproquement. C’est un des effets de la coupure politique entre un monde politique flamand qui penche à droite et un monde politique francophone dominé sans discontinuer par la social-démocratie, dans une configuration institutionnelle qui impose la double majorité [1]. Résultat : le gouvernement belge, dont le Premier ministre sera issu d’un parti socialiste réputé des plus à gauche, est condamné à conduire une politique d’austérité conforme au mainstream européen. Maigre consolation : ce ne sera sans doute pas la pire possible…
Certains même s’en réjouiront puisque, du coup, nous échappons au risque d’un règne sans partage des clones belges de la triplette Cameron-Sarkozy-Merkel. Mais, dans ce moment de crise financière sans précédent que nous traversons, on a le droit de rêver d’autre chose. L’obligation d’avoir quoi qu’il arrive un gouvernement de coalition droite-gauche n’est pas pour rien dans le développement de la variante belge du désenchantement démocratique. À partir d’un certain seuil de fractionnement politique – seuil largement franchi en Belgique – la diversité apparente de l’offre débouche immanquablement sur une continuité désespérante du pouvoir.
C’est pourquoi, maintenant qu’une nouvelle réforme de l’État est sur les rails, il est temps de reconstituer en Belgique des partis fédéraux, à l’instar de ce qu’ont réalisé les verts du nord et du sud, de ce qui existe dans tous les États fédéraux – y compris dans des États multilingues comme la Suisse ou le Canada – et de ce qui se pratique au Parlement européen où, pour ce qui relève des compétences européennes, les grands courants s’expriment dans des groupes communs où les égoÏsmes nationaux sont transcendés, ce qui limite l’offre politique à quelques grandes orientations alternatives (ou complémentaires) et rend le débat politique plus lisible. Attention : cette proposition n’a rien à voir avec une nostalgie de la Belgique unitaire. Je reste un partisan convaincu de l’autonomie régionale, aux seules conditions qu’elle s’engage dans des coopérations renforcées et dans la construction d’une solidarité interpersonnelle sur une base aussi large que possible. Les partis ne se reconstitueraient qu’au seul échelon fédéral [2] et conserveraient des formes distinctes au niveau régional. On ne voit pas pourquoi ce qui est jugé juste, vertueux, progressiste… à Bruxelles-capitale de l’Europe serait jugé ringard à Bruxelles-capitale fédérale de la Belgique. Il existe un Parti socialiste européen. Pourquoi pas un Parti socialiste fédéral belge ?
En tout cas, si cette Belgique même résiduelle n’est pas investie d’un nouveau « nous » englobant indifféremment Wallons, Flamands et Bruxellois rasemblés autour de projets collectifs, cette nouvelle réforme de l’État ne tiendra pas les dix ans qu’on lui promet.
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Invitation
Faut-il revoir l’indexation des salaires ? On le sait, cette question sera discutée par les négociateurs gouvernementaux. L’Europe nous y invite lourdement. Certains plaident pour modifier un système qu’ils jugent inéquitable car il s’applique de manière indifférenciée aux bas salaires comme aux salaires élevés. C’est notamment le point de vue d’Etienne de Callataÿ. Pour d’autres, comme le sociologue Mateo Alaluf, il y a d’autres manières d’améliorer l’équité fiscale.
Tous deux en débattront le 9 novembre à l’initiative de la revue POLITIQUE. (Cliquer sur l’affichette pour l’agrandir.)
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