4.05.2014

Crises

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Tremblez, citoyens ! Un succès électoral de la N-VA et la crise de régime sera à vos portes. Voilà désormais l’épouvantail agité par certains partis politiques traditionnels dans cette campagne électorale 2014. Traduction : un blocage des négociations gouvernementales en raison de l’incompatibilité des programmes et l’impossibilité de faire fonctionner les institutions fédérales au-delà des affaires courantes.

L’inquiétude ne résiste pourtant pas à la critique. En préambule, on rappellera que c’est grâce à l’absence de gouvernement, en 2010, que la Belgique a si bien résister à la crise économique. Tandis que les autres pays s’engouffraient tête baissée dans la voie de l’austérité, accentuant ainsi la récession, la Belgique se contentait de prolonger les mesures anti-crises sans toucher au pouvoir d’achat des ménages. Elle avait ainsi, à son insu, préservé ce large pan de son économie alimentée par la demande intérieure.

Un succès de la N-VA n’engendrerait plus forcément un blocage politique. Comme le démontrent les récents sondages du Soir/RTL et de La Libre/RTBF, une coalition de centre-droit disposerait, si l’électeur confirme les intentions du sondé, d’une majorité à la Chambre. Avec sans doute, un automne social assez chaud. Car la FGTB, les mains libérées par un PS renvoyé dans l’opposition, n’aurait plus aucune raison de retenir une base échaudée par les restructurations en cascade et la rigueur budgétaire accentuée. Mais cela, ce n’est pas une crise de régime.

Choix cornélien pour le MR

Une coalition de centre-droit ? L’hypothèse semble écartée puisque, tour à tour, CDH (par la voix de Claude Rolin) et MR (via Didier Reynders) ont exclu d’aller au pouvoir avec les nationalistes flamands. Ce faisant, ils confortent la N-VA dans sa théorie de la persécution de la Flandre par une minorité francophone qui, le cas échéant, s’autorise à faire fi du choix des électeurs du nord du pays.

Mais est-ce bien sérieux ? Si la N-VA venait à remiser ses revendications institutionnelles pour concrétiser l’objectif d’un gouvernement socio-économique sans le PS, ces deux partis francophones pourraient-ils refuser d’embarquer dans une coalition de centre-droit. Sûrement pas le CDH, trop heureux d’être aspiré dans une majorité gouvernementale par son grand frère du CD&V.

Quant au MR, il se trouverait devant un choix cornélien : refuser de négocier avec la N-VA au risque de frustrer son aile droite, laquelle piaffe d’impatience à l’idée de renvoyer le PS dans l’opposition ; effaroucher ses rangs centristes en s’accommodant d’un partenaire nationaliste aux choix ultra-libéraux. Dans la pratique, on doute fort que le MR refuse l’opportunité que Didier Reynders n’avait pu saisir à l’occasion de l’Orange bleue, en 2007.

En maniant l’exclusive comme un enfant, des allumettes, Didier Reynders a donc pris un engagement que son parti risque fort de devoir trahir, après le 25 mai. Et le risque d’accentuer cette autre crise, qui mine désormais le lien de confiance entre politiques et citoyens.

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