1.03.2013

Delenda Carthago !

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Rome est au centre des préoccupations. Alors, retour au latin ? Caton, un vieux sénateur, entamait tous ses discours par le même rappel : « Il faut détruire Carthage ! ». Moins guerrier, je répète depuis bientôt 30 ans et je continuerai inlassablement à le revendiquer : « Il faut réformer en profondeur ce système scolaire qui massacre des milliers d’enfants et d’adolescents, ce système qui reproduit (et parfois renforce) les inégalités ».

Nouvelle pièce au dossier : une enquête de l’Unicef-Belgique qui donne la parole à des jeunes flamands et francophones, victimes d’échecs répétés, de décrochages, en souffrance. Des paroles d’enfants qui vivent des pauvretés matérielles et culturelles que le système scolaire ne prend pas (assez) en compte. Ce sont des paroles fortes et trop peu entendues. Bien plus fortes que tous les résultats qui se répètent enquête après enquête, qui confirment le massacre des plus « vulnérables »… mais ne remettent pas fondamentalement en cause les fondements du système.

« Egalité des chances à l’école ? Voilà ce qu’ils en pensent » [1]. Tel est le titre de ce beau document de l’Unicef que tous les citoyens devraient lire. Même si le choix du vocabulaire des rédacteurs est très « soft » et contraste avec la verdeur des propos des élèves. Ecoutons quelques paroles de jeunes : « Dans mon école, les enseignants avaient déjà suffisamment à faire pour tenir la classe en main. Les élèves étaient de vrais cochons qui criaient, écrivaient sur les murs, balançaient des chevilles et des vis …. Mais les profs n’avaient jamais le temps d’expliquer quelque chose plus en détail parce qu’ils avaient les mains pleines » « Beaucoup de jeunes allochtones se retrouvent dans le professionnel à cause de leurs problèmes de comportement qui sont le reflet des problèmes qu’ils rencontrent à la maison ou dans la rue… Les profs ne comprennent pas ça » « Etant donné que les classes sont trop grandes, les enseignants ont moins de temps et ne peuvent pas offrir une aide adaptée aux élèves qui ont des problèmes personnels. C’est un grave problème et on n’en tient pas compte » « S’il y a quelque chose à changer, c’est prioritairement les conditions de travail des professeurs qui vont permettre d’améliorer le reste ».

Rien d’étonnant : les jeunes pensent que « la clé se trouve chez les enseignants ». Un groupe de jeunes a même élaboré un règlement scolaire … pour les enseignants (p.28) dont l’article final est court et péremptoire : « Egalité ! ». A lire et à travailler dans toutes les institutions de formation des enseignants. Mais gare à une approche qui culpabilise les maîtres et ne change rien au système !

C’est le point faible du document de l’Unicef qui se retrouve dans les recommandations. Non qu’elles proposent de fausses pistes. En effet, qui peut être contre : (re)connaître la pauvreté, conserver ce qui fonctionne bien, commencer par le commencement (maternel et petite enfance), renforcer l’enseignant, miser sur les trajets d’apprentissage positifs.

Mais tout cela ne touche pas (ou très peu) au système. Et c’est le système, bien plus que les individus, qui doit être transformé. Et en profondeur ! Oui, bien sûr, il faut « commencer par le commencement ». Et donc, dès l’école maternelle, pas plus de 15 élèves par classe dans les écoles (de) pauvres. Avec des instits volontaires et spécialement formés pour travailler avec ces enfants et leurs familles. Epaulés par des logopèdes, des travailleurs sociaux, des médiateurs, …

On lit aussi « éliminer les mécanismes créateurs d’inégalités ». Bravo ! Mais est-ce suffisant de « s’interroger sur les devoirs à domicile » ou de « rendre les réorientations positives » ? Il faut le faire, mais il faut surtout instaurer un tronc commun jusque 15 ou 16 ans. Sans orientations (par l’échec), sans redoublements, sans renvoyer des apprentissages hors de l’ école, …

Merci à l’Unicef de rappeler des réalités révoltantes et de donner la parole aux victimes du désordre scolaire. Merci aussi de souligner que la Flandre est loin d’être un paradis pour les pauvres ! Merci d’appeler à aborder ces questions à partir de la situation des plus faibles.

Mais gare à l’angélisme. S’il est exact que « tous les acteurs doivent s’impliquer ». Il est incontestable qu’il y a des acteurs qui ont plus de pouvoirs que d’autres. Entre autres des politiques qui devraient avoir le courage de prendre des mesures qui ne plairont pas à tous. La plus évidente serait de prendre vraiment en considération les conditions de travail de celles et de ceux qui enseignent dans les écoles pauvres. De revoir fondamentalement ces conditions : présence aux élèves, rencontres avec les familles, nombre d’élèves dans les classes, temps de travail en équipe et de formation, partenariat avec des logopèdes, travailleurs sociaux, écoles de devoirs…

Voilà qui ne fait pas partie des recommandations de l’Unicef. Mais on ne trouve pas non plus ces accents forts dans les revendications syndicales. Pourquoi ? On ne les trouve pas (plus) dans les programmes des partis politiques de gauche. Pourquoi ?

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