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17.02.2014

Delvaux, la scène et les coulisses

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C’est sans doute son plus beau rôle ! Celui de la parlementaire européenne déchue, pour n’avoir pas voulu jouer aux attrapes électorales et s’être refusée à la logique particratique. Qui veut notamment qu’une élection se gagne comme une partie d’échecs. Des états d’âme du pion comme de la reine, la main ne se soucie guère. La candeur révoltée d’Anne Delvaux et sa dénonciation de "l’appareil du CDH" étaient dès lors touchantes.

Elle a sans doute ravi ceux qui, écœurés par le jeu cynique des partis, applaudissent chaque fois qu’une voix s’élève pour en dénoncer ce fonctionnement, alors présenté comme un excès. Le scénario servi par la députée européenne a pourtant la qualité d’une série d’AB Production, du genre d’"Hélène et les garçons", ou, pour les plus anciens, d’une mauvaise pièce de théâtre de boulevard. Car pour avoir été débauchée du journalisme vers la politique, l’ex-présentatrice du JT connaissait pleinement les règles du jeu dans lequel elle avait plongé voici plusieurs années. Ne manquent que les réactions préenregistrées ou suscitées du public.

La réalité est tout autre. Mais pour l’apercevoir, il faut cesser de regarder la politique avec ces verres teintés de rose, qui la font apparaître comme le lieu de la confrontation d’idées et de projets menée par des individus désintéressés cherchant par leur investissement personnel l’accomplissement d’un projet collectif. En fait, il s’agit d’êtres humains, avec leurs besoins matériels, leurs ambitions, leurs rêves d’ascension sociale et leur égo à satisfaire. Bref, des personnes de chair et de sang, de peurs et de désirs. "L’intérêt parle toutes sortes de langues, et joue toutes sortes de personnages, même celui de désintéressé", écrivait La Rochefoucauld. Et il avait vu juste.

La politique se présente telle une scène, où les rôles semblent comptés. Et cela d’autant plus que certains n’hésitent pas à les cumuler. Des gens viennent sous les projecteurs médiatiques, y restent le temps d’une scène, d’un acte ou d’une pièce. Ils ont droit à une réplique, une tirade, un échange ou plus, selon la volonté d’un metteur en scène : le président de parti. Et cela, Anne Delvaux a feint de l’oublier. Car si le jeu tolère certaines improvisations, quelques solos non concertés, il n’en reste pas moins sous la direction de ces démiurges dramaturges. Ils décident de la distribution des rôles et du destin de chacun des acteurs de leur troupe.

Dans la salle, le public apprécie selon ses humeurs, siffle ou applaudit, s’indigne ou s’émeut. Mais il n’a que rarement prise sur le déroulement de la pièce. Un spectacle dont chacun des acteurs veut être partie prenante. Sur la scène, chacun déclame son texte dans ce théâtre d’impro très codifié : bleus, côté cour ; et rouges, côté jardin. En coulisses par contre, cela s’agite, se bouscule et se démène. Il n’y a pas place pour tou(te)s. Alors, tous les coups semblent permis, pour peu que cela ne se sache pas dans la salle. Et tant pis s’il faut pousser un tel ou une telle hors des murs du théâtre.

L’épisode Delvaux, à ce titre, est révélateur de l’ambivalence de la politique, de sa nature à la fois policée et sauvage. Sous les projecteurs, on déclame en termes châtiés. On fait dans la dentelle. En coulisses, les couteaux sont tirés, les lames affûtées et les scrupules remisés. Cela n’empêche pas les convictions, bien sûr. Mais derrière tout ce jeu de scène subtil se cache une autre réalité : la politique offre une trajectoire sociale à laquelle peu d’élus pourraient prétendre s’ils s’étaient investis dans un autre domaine de la vie professionnelle. Tel juriste n’aurait peut-être été qu’un avocat moyen ; tel universitaire n’aurait jamais atteint les faîtes de sa discipline. Ils ont trouvé dans la politique un domaine où exploiter au mieux certaines de leurs qualités : la séduction, l’art de la parole et du paraître, l’opportunisme. Et d’ainsi monétiser cette prédisposition quasi naturelle à être sélectionnés. Ils ont, pour paraphraser Pierre Bourdieu, "le sens du jeu".

Et une autre de leurs "qualités" se révèle avec le temps : ils sont prêts à beaucoup de sacrifices, y compris celui de leurs rivaux, pour y arriver. En cela se révèle la nature profonde de cet art dans lequel ils excellent : avant tout, la politique est prédation.

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  • Delvaux, la scène et les coulisses Posté par legueux, le 13 mars 2014
    En France, il y a eu l’ancien régime, celui des rois et des empereurs, puis il y a eu la République... et les partis. Ceux-ci se sont investis dans les mêmes privilèges en les (...)
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