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L’Atelier

Analyser les petits et les grands faits, sans compromis. Avec une boussole : le libre examen, le meilleur catalyseur de l’indignation et de la colère. Par Philippe Buchez.


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3.12.2015

Denis Ducarme ou les tentations autoritaires du MR

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C’est une interview classique. Le graal du responsable politique lambda. La page 4 du Soir. Ce jeudi 3 décembre, c’est Denis Ducarme qui s’y colle. Le décodage de l’interview permet de mieux comprendre l’état d’esprit d’une frange du MR (et donc de la N-VA).

En première page, le ton est donné : « Nous allons imposer le débat sur les valeurs ». On frise l’oxymore. Comment vouloir imposer un débat dans un espace démocratique ? Quelle cécité (volontaire ?) également. Le débat sur les valeurs est là depuis les attentats de Charlie Hebdo. Il pourrit complètement la difficile analyse des causes réelles du djihadisme. Affadissement de la laïcité, halal dans les cantines, complaisance à l’égard du port du voile, une série d’intellectuels français et belges, repris par une part non négligeable de la classe politique, accusent déjà les « accommodements raisonnables » d’être à la source de la « violence islamique ». Toute autre analyse relève de la complaisance à l’égard des islamo-fascistes.

Le coupable est déjà trouvé. La gauche. A qui Denis Ducarme demande de faire son devoir d’inventaire. Les sous-entendus sont lourds de sens. Pour pouvoir revenir dans l’espace politique, et participer à ce « débat », la gauche doit passer par la case pilori. Assumer sa part de responsabilité. La dialectique tourne en boucle depuis les attentats de Paris. En voulant favoriser le dialogue avec l’Islam, la gauche (lire essentiellement le PS) a fait le lit de l’intégrisme, draguer les électeurs aux sorties des mosquées, fermer les yeux sur le développement du salafisme. Le PS a fait le lit du communautarisme qui a, lui-même, provoqué le terrorisme islamiste.

Faire le bilan objectif de la gestion du fait culturel et religieux à Bruxelles est peut-être une étape nécessaire. Faut-il pour autant réduire le seul angle de vue de cette analyse aux communes gérées (presque toujours en coalition) par le PS ? Faire de l’équation grossière et fausse « communautarisme = djihadisme » la seule grille de lecture possible ? Faire reposer sur les bourgmestres l’entière responsabilité d’un phénomène excessivement complexe qui trouve autant, si pas plus, sa source dans la politique extérieure que nous menons dans l’espace géographique turc et arabo-musulman depuis des décennies que dans des politiques menées au niveau communal ?

Quand l’opposition lézarde l’intérêt de la nation...

Denis Ducarme revient, dans cette interview, sur les failles de l’opposition. Laurette Onkelinx et Zakia Khattabi auraient trahi le consensus national en demandant des explications au Gouvernement sur sa politique sécuritaire. En remettant en cause, de manière fort modérée constatons-le, certaines décisions prises par l’exécutif. L’évocation de l’unité nationale est une manière assez commode d’anesthésier le débat démocratique. Même en période de conflit, une démocratie doit pouvoir fonctionner "normalement" et l’opposition remplir sa mission de chien de garde. Sommes-nous, par ailleurs, en période de conflit en Belgique ? Nous avons certes mené un bout de guerre en Irak jusqu’il y a quelques mois mais faut-il rappeler que le dernier attentat à avoir eu lieu sur notre territoire est la tuerie du Musée juif en mai 2014 ? Est-ce que le fait d’avoir, probablement, déjoué l’un ou l’autre attentat fait de la Belgique en pays en guerre où la critique du pouvoir doit s’effacer devant un intérêt national dont l’agenda est dicté par un Gouvernement qui, rappelons-le, ne représente qu’un quart des électeurs d’une des deux grosses communautés ?

Denis Ducarme enchaine, ensuite, sur les procès staliniens que le PS et Ecolo auraient instrumentés à l’égard du MR. Sa réponse est à la mesure de l’accusation. Il évoque des « listes » de personnes qui ont traité à l’époque de fachos et d’islamophobes, certains membres de son parti (rappelons que même s’il peut paraître un peu excessif sur le plan sémantique, cet argument n’est pas complètement dénué de sens pour un parti qui a accueilli Roger Nols sur ses listes et où Alain Destexhe officie toujours). Des listes de personnalités qui auraient par le passé « sali » le parti au pouvoir. Un peu dans le style des régimes autoritaires où la revanche a souvent servi de prétexte pour museler l’opposition…

Ducarme garde le meilleur pour la fin. C’est le CDH qui est coupable de la plus grande félonie pour avoir gravement perturbé notre société en envoyant une députée voilée au Parlement bruxellois.

La coupe est pleine. L’opposition fédérale n’est pas qualifiée pour participer au débat sur les valeurs, en raison de ses errements passés. Laissons faire le MR.

La rhétorique autoritaire de Ducarme serait passé inaperçue en temps normal. L’homme n’est pas réputé pour sa finesse. Dans le contexte actuel, il est interpellant de voir le chef de groupe du seul parti francophone participant au gouvernement fédéral tenir un discours pareil. Il reste assez de garde-fous dans ce pays pour lui éviter de sombrer dans une dérive autoritaire mais les tentations du MR, qui ne sont jamais que le reflet du conscient et de l’inconscient de ceux qui tiennent les commandes du 16 rue de la Loi, méritent une analyse plus poussée. Plus poussée, peut-être, que celle de Véronique Lamquin, qui a mené l’interview, et pour qui "le raisonnement se tient". (Le Soir, 3 décembre 2015, page 4).

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