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25.03.2014

Des langues tirées comme des épées

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"Le centralisme démocratique croissant de l’appareil, la paranoïa autour de la défense de la personne du Premier ministre, sont des chancres dont le Parti devra se débarrasser". Véronique De Keyser (PS) n’a pas manqué sa sortie. Le commentaire posté sur la page Facebook de la députée européenne non reconduite par son parti (on lui proposait une place non-éligible), vise clairement son président "empêché". Comme une langue tirée à l’autorité.

Elio Di Rupo n’est pas visé par hasard. A la place de l’eurodéputée chevronnée, le PS a choisi Marie Arena. Une « protégée » d’Elio Di Rupo. Et le premier suppléant sur cette même liste se nomme Franco Seminara, parlementaire fédéral sortant, originaire de la région de Mons-Borinage. Vous suivez ? Ces deux « proches d’Elio » se retrouvent ainsi associés dans un scénario que beaucoup jugent crédible : Arena, sur une circonscription large comme la Communauté française, réalise un bon score le 25 mai et devient ministrable puis ministre (Di Rupo sera alors à la manœuvre), envoyant ainsi le fidèle Franco Seminara à Strasbourg pour cinq ans. La première est remise en selle ; le second se voit offrir une fin de carrière assortie d’une rémunération plus qu’intéressante (le Parlement européen nourrit bien son élu).

Ce soupçon de favoritisme vient alourdir le dossier constitué en secret à charge de Di Rupo. Parce qu’il ne s’agit pas d’une première. Et parce que cela s’ajoute à une communication personnelle qui commence sérieusement à faire grincer les dents de nombreux camarades. Depuis son entrée au 16, rue de la Loi, l’intéressé n’a eu de cesse de gommer son appartenance socialiste. Asexué politique, passe encore. Mais tandis qu’il faisait avaler des couleuvres sociales à la gauche syndicale et à sa base, EDR menait une stratégie de communication évanescente, apparaissant uniquement dans les événements à connotation positive et se posant en régent du Royaume ou en père de la Nation. Un choix judicieux à titre personnel : la popularité du Premier ministre n’a quasiment jamais eu à souffrir des décisions impopulaires et douloureuses aux faibles adoptées par sa majorité.

Trajectoires déconnectées

Mais tandis que la cote du Montois s’emplit d’hélium, le PS pique vers son plancher électoral dans les sondages. L’hypothèse d’une éviction du pouvoir plane à nouveau, comme en 2009 quand, miné par les scandales, le Parti vivait sous la menace d’une cure d’opposition. Dans un parti où les ambitieux, attirés par trois décennies de pouvoir, pullulent, l’idée d’une cure d’opposition, ça crispe.

Et ça mobilise ! La machine électorale socialiste pourrait très bien déjouer ces sombres augures. Et sortir galvanisée des urnes, au terme d’un affrontement avec la droite décomplexée (MR, N-VA). Tout profit pour son inoxydable président.

Mais si l’inverse venait à advenir, les langues pourraient se délier, au sein de l’appareil, pour demander des comptes à l’éternel président. Et se tendre vers lui telles des épées, sorties de leurs fourreaux. La roche tarpéienne n’est jamais loin du Capitole.

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