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17.11.2014

Des lendemains aphones ?

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Voici douze jours, 120.000 personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles. Une marée humaine porteuse d’un unique message à l’attention du gouvernement de Charles Michel et de sa coalition des droites : non à l’austérité. Depuis, la réponse des politiques est connue.

Dans la foulée de la manifestation nationale, Charles Michel a bien entr’ouvert la porte de la concertation. Aussitôt refermée par Bart De Wever, leader de la NV-A et véritable "patron" de cette coalition. Et au CD&V ceux qui, naïvement, pensaient qu’il suffirait de troquer un impôt sur les plus-values boursières contre le consentement de la masse, en sont pour leur frais. Les appareils syndicaux comme les militants mobilisés dans leur sillage, ne veulent plus d’une mise à contribution renforcée du monde du travail quand les entreprises obtiennent des réductions de charges et que la finance et l’ingénierie fiscale s’en tirent à bon compte.

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Deux blocs s’affrontent. Et celui du gouvernement Michel, surtout dans le chef de sa composante nationaliste, semble de granit. Comme le soulignait le journaliste Pierre Bouillon, dans Le Soir du 8 novembre : pour faire bouger cette majorité, les manifestants devront revenir plus d’une fois à Bruxelles. Bref, tenir dans la durée, à une époque où le conflit social de longue haleine n’entre plus trop dans les mœurs.

Est-on face à un sursaut épidermique de la population ou à un mouvement social d’ampleur en devenir ? C’est là la question essentielle de cet automne rouge. La majorité des marcheurs de novembre est-elle prête à des "accommodements raisonnables" avec la coalition fédérale ou rejette-t-elle en bloc ce qui s’apparente de plus en plus à un modèle de société où la précarité s’étend chaque jour un peu plus ? Seule cette seconde option permettra de venir à bout, dans la durée, de ce programme gouvernemental aux allures de régression généralisée. En se donnant les moyens d’y parvenir, quitte à recourir aux grève générales telles qu’orchestrées dans les années 60.

Un échec de la mobilisation sociale pourrait avoir le même impact que la fermeté thatchérienne à l’égard des mineurs

Le mouvement syndical joue gros : il y va de son crédit à l’égard de sa base. Mobiliser sans rien obtenir, c’est courir le risque de décevoir. Pire, de démobiliser. Mais les syndicats ont-ils encore les reins financiers assez solides pour envisager un conflit de longue durée ? Il faut craindre que non. Et la double attitude - intransigeance à l’encontre du fédéral, clémence à l’égard des régions et communauté (où gouvernent leurs familles politiques) – mine le crédit des appareils, alors même que cette stratégie « à la carte » repose sur des motifs fondés. Hélas ! Chacun le sait : quand la tension monte, les raisonnements deviennent manichéens et les modes de pensée, binaires.

La lutte contre la soupe impopulaire de l’amer Michel nécessitera pédagogie et détermination. Sans l’obstination qui fonde les refus de principe, la foule s’amenuisera dès l‘hiver venu. Et le gouvernement fédéral, soudé par une homogénéité idéologique, l’emportera à l’usure.

Avec des conséquences plus graves qu’on ne l’imagine pour les représentants du monde du travail. Car dans l’arsenal des mesures programmées par la majorité "suédoise", plusieurs visent clairement les "piliers" de la Belgique et de son modèle de concertation sociale que sont mutuelles et syndicats. Et parce qu’un échec de la mobilisation sociale à faire plier le gouvernement néolibéral, pourrait avoir le même impact sur celle-ci que la fermeté thatchérienne à l’égard des mineurs, au début des années 80. Au risque de décourager pour longtemps les velléités de combat que seule permet la solidarité. Le mouvement syndical, dont la voix est portée par chaque militant mobilisé, pourrait alors se retrouver aphone pour de longues années.

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