Accueil du site >Blog  >Le blog d’Henri Goldman  >Des listes bilingues à Bruxelles ?
20.07.2011

Des listes bilingues à Bruxelles ?

imprimer
envoyer
13454
13456
13902
13455
13457
commenter (5)

La note Di Rupo les proposait, le CD&V cale. Normal et prévisible. Une vieille blessure qui date de… 1971 n’est toujours pas cicatrisée. À revoir, donc, si on veut véritablement en sortir. Il existe pourtant des solutions techniques qui permettent simultanément d’abolir l’apartheid linguistique à Bruxelles sans réduire les droits de représentation de la minorité flamande.

Dans un texte intitulé « Améliorer le modèle bruxellois » et publié le 31 janvier 2000 dans le quotidien Le Matin (disparu depuis), j’esquissais une telle solution. Je l’extrais de l’article en question à l’intention des négociateurs qui, je n’en doute pas un seul instant, sont des lecteurs assidus de ce blog.

•••

Faudra-t-il en revenir à la possibilité de listes bilingues, comme au temps de feu le conseil d’agglomération élu en 1971 ? Écolo et le PS le proposent. Mais le souvenir est amer pour les Flamands : le PRL-FDF de l’époque (sous le drapeau du Rassemblement bruxellois) en avait profité pour faire élire conseillers quelques Flamands incontestables selon l’état civil mais jugés suffisamment dociles pour le parti amarante et ses alliés. On avait oublié un principe démocratique élémentaire : les représentants de la minorité… ne doivent pas être choisis par les électeurs de la majorité. C’est là une difficulté intrinsèque de l’idée des listes bilingues dans le cadre d’un rapport 85%-15% entre francophones et Flamands. Or, l’existence d’une représentation politique qui soit reconnue comme son expression par la minorité flamande de Bruxelles n’est pas d’abord une exigence démocratique interne. (Les Bruxellois flamands – comme les autres Bruxellois – se déclarent de plus en plus indifférents à l’appartenance linguistique de leurs mandataires.) C’est surtout une condition de l’acceptation par les Flamands de Flandre de l’existence d’une Région bruxelloise « à part entière » qu’ils ont toujours du mal à digérer.

Peut-on faire reculer l’apartheid à Bruxelles (c’est-à-dire favoriser la constitution d’une conscience urbaine et d’une opinion publique qui transgresse les clivages linguistiques) sans diminuer la qualité de la représentation flamande, laquelle passe par la possibilité pour les Flamands qui le souhaitent d’élire leurs propres représentants ? Les classiques de l’architecture institutionnelle proposent dans ce cas-là le recours au bi-caméralisme : une chambre pour assurer le principe majoritaire, un sénat pour protéger les groupes minoritaires. Mais on n’imagine pas la petite Région bruxelloise, qui comporte déjà autant de députés qu’une Wallonie trois fois plus peuplée, se doter d’une telle armada d’excellences.

ll existe pourtant une solution originale beaucoup plus simple : la fusion des listes après l’élection et avant la répartition des sièges. On voterait donc toujours pour des listes unilingues. Mais les listes auraient la possibilité – à condition de l’avoir annoncé au moment de leur dépôt – de « fusionner » dès la clôture du scrutin. Les voix seraient additionnées et les candidats seraient « emboîtés » en fonction des résultats.

Les avantages de cette proposition sont nombreux.

TIFF - 19.6 ko

1. Il sera à nouveau possible de mener des campagnes électorales « bilingues ». Les listes qui auront annoncé leur « fusion » auront tout intérêt à mener campagne de concert puisque, en fin de compte, les voix seront quand même additionnées.

TIFF - 19.6 ko

2. Comme les grands partis sont favorisés par l’arithmétique électorale, il y aura une prime aux listes qui fusionnent. Les petites formations flamandes ne seront plus obligées de bricoler des cartels entre elles pour avoir des élus. Chaque parti aura donc avantage à s’entendre avec un partenaire de l’autre rôle linguistique, ce qui le poussera à éviter la surenchère communautaire.

TIFF - 19.6 ko

3. Les électeurs flamands ou « bilingues », peu soucieux d’un vote ethnique et qui ont de plus en plus tendance à se reporter sur les listes francophones qui offrent plus de « surface », pourraient, s’ils le souhaitent, voter pour des candidats flamands sans que cette option n’affaiblisse leur choix idéologique.

TIFF - 19.6 ko

4. À travers ce mécanisme, on pourra voir se recomposer, si pas des nouveaux « partis unitaires » (quoique, dans une « région unitaire », ce ne serait pas un scandale) mais au moins des fédérations de partis-frères agissant de concert dans un espace politique commun, selon le modèle de ce qui existe déjà entre Écolo et Agalev. Ainsi pourrait peut-être se résorber cette anomalie qui fait de la Belgique le seul État fédéral qui ne compte plus aucun parti fédéral de taille significative.

•••

imprimer
envoyer
13454
13456
13902
13455
13457
commenter (5)
  • Des listes bilingues à Bruxelles ? Posté par rudolphostewart, le 11 octobre 2012
    film streamingou les tentations de l’esprit divin qui est en lui. Dernierement. habitue a ces accidents-la. Remporter des victoires ; elles avaient des chagrins. webnode.fr (...)
    Lire la suite
  • Comment emboîter les listes après le vote ? Posté par Stéphane Filleul, le 26 juillet 2011
    Bonjour Henri, Merci pour cette intéressante analyse. Peux-tu préciser comment tu envisages la fusion des listes NL et FR après les opérations de vote ? Tu la résumes comme suit (...)
    Lire la suite
    • Comment emboîter les listes après le vote ? Posté par Henri Goldman, le 27 juillet 2011
  • Des listes bilingues à Bruxelles ? Posté par Luca Ciccia, le 20 juillet 2011
    Merci Henri. On ne peut qu’être globalement d’accord avec cette proposition. J’ai néanmoins un souci avec l’idée des listes blingues en région bruxelloise(ou du regroupement après (...)
    Lire la suite
    • Des listes bilingues à Bruxelles ? Posté par Henri Goldman, le 20 juillet 2011

Avertissement

Les commentaires sont modérés a priori. Les intervenants sont priés de communiquer leur véritable identité : on débat ici à visière découverte. Bien que la polémique, même dure, soit admise et même encouragée, l’administrateur du site ne validera pas les messages dans trois cas de figure :

1. En cas de défaut manifeste de courtoisie et de recours à l’injure en lieu et place d’argument.

2. Quand le message sort trop manifestement du cadre du sujet traité.

3. Quand l’intervenant intervient de façon répétitive en utilisant ce blog comme une tribune et non comme un lieu d’échange.


Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ?