Nous vivons des temps difficiles. Beaucoup d’entre nous ne savent plus de quel côté se tourner. Nous avons un gouvernement avec un Premier ministre qui mérite le respect, l’Europe nous protège, les éditorialistes nous disent de rester zen, les experts nous expliquent tout à tour de rôle dans les médias et pourtant l’angoisse du lendemain n’a jamais été aussi forte. À qui la faute ? Car bien sûr, s’il était possible d’identifier des coupables, la situation serait déjà beaucoup moins désespérante.
De telles circonstances sont du pain bénit pour les démagogues. Parmi ceux-là, une catégorie est particulièrement méprisable : les racistes à pas feutrés, les « je ne suis pas raciste mais », les qui répètent à visage découvert ce qui se dit sous pseudonyme dans les dégueuloirs des forums en ligne, les qui n’en ratent pas une pour suggérer le lynchage au faciès. Attention, hein : suggérer seulement. Car ils manient avec dextérité l’art du borderline. Ce n’est pas demain que ces obsédés du « politiquement correct » du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (sic) pourront les coincer. D’ailleurs, ce Centre qui donne des leçons à tout le monde est sujet lui-même à des dérapages. Il est temps que ses directeurs démissionnent. C’est précisément ce que demande, en tandem avec sa collègue Viviane Teitelbaum dans un communiqué de presse bourré de fautes d’orthographe, le champion toutes catégories de la démagogie nauséabonde : le député libéral hyperkinétique Alain Destexhe.
Il y a quelques mois, celui-ci a senti le vent du boulet : quand l’avocat d’affaires Mischaël Modrikamen lança son Parti populaire en s’installant dans le même créneau que lui. Mais le PP s’est ramassé. Et comme, dans la Fédération wallobruxelloise, le Front national ne rassemble plus qu’une demi-équipe de bras cassés, Destexhe n’a plus de concurrence. Sur sa droite, il y a un boulevard qui ne demande qu’à être bien ratissé.
Aubaine : la tuerie de Liège. Le patronyme du criminel ne pouvait pas le laisser indifférent. Sur son blog, il s’est empressé de poser courageusement « des questions qui dérangent » que tout le monde se pose et que le fameux « politiquement correct » éluderait : « Cet individu était-il né en Belgique ? À défaut, quand était-il arrivé chez nous ? Était-il Belge ? » Car « le public a le droit de connaître la biographie complète de l’assassin. Il apparaît qu’il a été naturalisé belge en 2000. (Erreur, c’était en 1990. Mais qu’est-ce que ça change ?) Condamné pour viol en 2003, il aurait dû (…) être déchu de la nationalité belge et renvoyé dans son pays d’origine. »
Mais « que les choses soient claires » : « il n’est nullement question ici de stygmatiser (sic) une communauté dans son ensemble pour le crime horrible commis par l’un de ses membres ». De quelle communauté parlez-vous, M. Destexhe ? Ce criminel qui vous inspire est né à Ixelles. Il est devenu belge à l’âge de onze ans. Si ça se trouve, il n’a jamais mis les pieds dans ce « pays d’origine » où vous voulez le renvoyer. Il ne parle pas l’arabe. Il ne fréquente aucune mosquée (?) et d’ailleurs il n’est pas musulman. La seule communauté dont il fait à l’évidence partie pour les besoins du raisonnement est celle dans laquelle vous l’enfermez pour l’unique raison qu’il s’appelle Nordine Amrani et pas Gonzague de la Mothe.
Non, vous ne « stygmatisez » pas. Vous inoculez à petites doses ce poison subliminal dont on fait des Anders Breivik. J’espère que les Ixellois, au suffrage desquels vous envisagez de vous présenter en octobre 2012 sur la liste d’un grand parti démocratique, sauveront leur honneur en vous renvoyant dans le caniveau d’où vous sortez vos « argumentaires ».
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Post-scriptum
10 mai 2012
Plus de quatre mois après la publication de ce billet, je reçois une lettre recommandée du conseil d’Alain Destexhe estimant que « le texte de [mon] article ainsi que les photographies qui l’accompagnent portent gravement atteinte à l’honneur et à la réputation de [son] client ». J’ai tenu partiellement compte de ses remarques.
Ci-jointes :
1. La lettre en question. (Cliquer sur le carré rouge)
2. Ma réponse. (Cliquer sur le carré vert)
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