5.09.2011

Enfin le (re)doublement !

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Bannir purement et simplement le (re)doublement, Madame Simonet s’y refuse [1]. Se mettre à dos la majorité des enseignants et des parents, non merci ! Mais soyons de bon compte : le discours de la ministre de l’Enseignement obligatoire (à moins que ce ne soit celui de Rudy Demotte ? on ne sait plus qui fait quoi dans ce gouvernement…) et les expériences qu’elle soutient annoncent et amorcent une remise en cause de pratiques profondément ancrées dans les mentalités. Une dénonciation « light », mais un désaveu quand même.

Le plus positif : les expériences mises en route avec des écoles volontaires pour éviter par tous les moyens possibles de faire recommencer une année à des jeunes qui n’ont pas « satisfait ». Cela veut dire que des équipes ont réfléchi et débattu avant de rentrer des projets. Ce sont donc des équipes volontaires qui ont pris la décision de changer de cap et d’adopter de nouvelles pratiques pour que le « non redoublement » ne se traduise pas en laxisme ou baisse de niveau. Promouvoir et soutenir des dynamiques nouvelles. Faire bouger les lignes sans imposer d’en haut des mesures générales nécessairement mal accueillies. OK.

Les grincheux diront que ce sont des raisons économiques qui président à ces décisions. Rappel : le coût annuel du (re)doublement se monte à 360 millions d’euros. Ils ajouteront que les politiques ont mis bien longtemps avant d’entendre le diagnostic catégorique de tous les chercheurs : le (re)doublement ne sert à rien ! Ou plutôt si : à décourager, à mettre en pièces l’estime de soi et la confiance en soi des jeunes concernés. Avec des répercussions négatives tout au long du parcours scolaire et académique. On ajoutera que les citoyens, eux aussi, croient, dans leur majorité, aux vertus de ce procédé. Ils ignorent que des systèmes scolaires bien cotés ont banni cette pratique depuis des lustres.

Il y a donc dans notre petit pays une culture du (re)doublement largement partagée. Et donc un solide travail à réaliser dans nos écoles et dans la formation des enseignants. Mais il y a aussi à convaincre le public – souvent conservateur en matière scolaire – que pas pal d’autres pratiques ancestrales sont à revoir. D’urgence ! Car le (re)doublement est un des symptômes d’un système à bout de souffle. Ennui des élèves, décrochage des élèves… et des jeunes profs, montée des incivilités, relégations en chaîne, échec massif dans l’enseignement supérieur…

Dès lors, ce n’est qu’un début ! Il faudra par exemple s’interroger sur la notion de « classe » : pour passer dans la classe supérieure, il faut, en un an, avoir atteint tel niveau, avoir maîtrisé telle compétences. Pourquoi pas des cycles plus longs, respectant les rythmes des unes et des autres ? Il y aura lieu de s’interroger plus radicalement sur les programmes, les contenus. Ne faut-il pas faire le ménage ? N’y a-t-il pas quelques vieilleries à mettre au placard ? Mais surtout ne faut-il pas faire de la place pour des outils indispensables à des jeunes dont on a mission de faire des « citoyens responsables » ? Des femmes et des hommes capables de comprendre les enjeux sociaux et de s’engager lucidement… Bla-bla ?

Les enjeux ? Que nos démocraties en péril ne se figent pas en oligarchies. Que le sens du bien commun, de l’intérêt général, le goût de « faire société » ne se perde pas totalement dans la poursuite des intérêts particuliers et du « scandaleusement riche ». Que la planète devienne vivable pour tous les humains qui le peuplent. Rien à voir avec l’école ?

Bien sûr que si. L’organisation de la vie commune, le rapport à la Loi, la solidarité, la coopération, le respect de l’autre, le refus de toute forme de violence, c’est à l’école qu’on le vit et qu’on l’apprend (ou pas !) au jour le jour. Le goût de la précision, le sens de la recherche, l’argumentation, la curiosité, c’est encore à l’école qu’on les développe au fil des années.

Mais aujourd’hui cela demanderait une approche beaucoup moins « saucissonnée » (1 heure de morale, 1 heure de sciences…) et de travailler en équipes sur des questions transversales et d’actualité qui mobilisent de jeunes citoyens en herbe. Avec les indispensables apports des sciences humaines qui font toujours cruellement défaut dans la plupart des sections. De la philosophie, du droit, de la psychologie, de l’économie, de la sociologie… pour tous et pas en tranches, mais appliquées et éclairant des situations complexes.

Vive la remise en question du (re)doublement… si elle nous entraîne tous – citoyens, politiques, enseignants et médias – à entamer la révision déchirante et indispensable de nos « classiques » !

[1] Ce texte a paru dans la rubrique "Opinions" de la RTBF.

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  • Enfin le (re)doublement ! Posté par huguette23, le 17 juin 2012
    Très bon article, il faut peut-être voir le redoublement comme un consolidation des acquis avant de passer à la classe supérieur, plus se recentrer sur l’enfant et moins sur le (...)
    Lire la suite

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