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30.04.2013

Enrico Letta ou la Nouvelle Démocratie Chrétienne

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« E fatto… » Et sans doute, était-il le seul à pouvoir le faire… Il fallait un homme de « matrice » démocrate chrétienne pour former un gouvernement rassemblant les ennemis de 20 ans. Enrico Letta appartient à une tradition politique qui remonte aux pères les plus glorieux de la DC : De Gasperi pour les lettres de noblesse nationales et européennes, Andreotti pour la finesse tacticienne qui se confond avec le cynisme (et la durée en politique… ce qui, pour Letta reste à prouver) et Aldo Moro pour l’humanisme progressiste. Une tradition évidemment modernisée, débarrassée de ses scories clientélistes et lavée de sa corruption fatale. Mais une tradition qui maintient un de ses fondements vitaux : la transversalité idéologique, voire le « transformisme politique » qui caractérise un des piliers de l’histoire politique italienne et permet l’alliance des contraires dans l’oubli de leurs programmes respectifs.

Letta/Alfano : la Nouvelle Démocratie Chrétienne

Rassembler en 48 heures, dans la même équipe gouvernementale et sur un programme « commun » ceux pour qui l’antiberlusconisme tenait lieu de programme et ceux qui voyaient dans les adversaires du Cavaliere les derniers suppôts du communisme, tient de l’exploit dont seuls les plus habiles – et/ou les plus retors – dirigeants de la DC, dans leur âge d’or, pouvaient faire preuve.

Enrico Letta, le plus jeune président du conseil (il aura 47 ans en août prochain) de l’histoire italienne, est né politiquement dans la DC dont il a été responsable de la jeunesse européenne, membre du Parti Popolare Italiano (PPI, un des héritiers de la DC) puis de la Margherita, la composante chrétienne du centre gauche (PD). Plusieurs fois (très jeune) ministre dans les gouvernements de centre gauche (D’Alema, Amato et Prodi), Letta devient ensuite vice-secrétaire national du PD. Le numéro 2 du parti, jusqu’au jour au Pier Luigi Bersani sera envoyé au tir aux pipes…

"Union Nationale", hier à Montecitorio...

Aujourd’hui, donc, l’identité politique du PD est incarnée par son aile DC (la composition du gouvernement le confirme) et le lointain héritage du PCI, et plus largement de la gauche historique, est rangée au magasin des accessoires. Car si Enrico Letta est politiquement démocrate-chrétien, il est du point de vue social, économique et idéologique libéral progressiste. Son appartenance au comité européen de la « Trilatérale », sa participation au groupe Bildergerg et surtout son rôle de fondateur du « Thing Net » Vedro [1] qui rassemble le gratin des élites italiennes décidées « à analyser les thèmes et les phénomènes sans barrière idéologique et sans thèse préconstituée » sont autant d’éléments qui aident à éclaircir le profil du nouveau président du Conseil.

Enrico Letta a certes rajeuni et féminisé son gouvernement. Il a présenté hier un embryon de programme qui aborde sans doute des questions urgentes qui se posent à l’Italie en crise (économique, sociale, politique et morale), en indiquant les priorités et en répondant à certaines exigences immédiates de ses partenaires, mais sans véritablement tracer des choix sociaux, économiques et fiscaux qui indiqueraient un cap politique identifiable. La nouvelle démocratie chrétienne est en place…

[1] où l’on retrouve notamment Angelo Alfano, bras droit de Berlusconi au PDL et aujourd’hui numéro 2 du gouvernement

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