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6.09.2010

Enseignement de l’été : proximité douteuse entre l’Église et la Justice

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Chacun aura suivi avec intérêt, amusement ou indignation, les péripéties de l’autre feuilleton belge de l’été, outre les négociations de préformation d’un gouvernement, à savoir l’opération Calice et ses suites. Ainsi que l’archevêque Léonard a été le premier à le souligner, l’affaire a d’emblée pris un tour qui rappelait le Da Vinci Code, avec, le 24 juin dernier, des perquisitions non seulement à l’archevêché, au domicile de l’ancien archevêque Danneels, et aux Archives générales du royaume (où la prédécessrice du professeur Adriaenssens avait mis en sûreté des dossiers) mais également dans les tombes des anciens archevêques à Saint Rombaut.

L’ampleur et la soudaineté des perquisitions menées par le juge d’instruction Wim De Troy ont surpris, et rapidement déclenché une avalanche de réactions où on retrouvait le vieux clivage cathos/anticléricaux. Les uns accusaient De Troy d’avoir agi sur ordre de la Loge, les autres suspectaient Danneels des pires turpitudes ; les journaux ne s’emparèrent-ils pas avec gourmandise de l’info selon laquelle une photo d’enfant nue avait été trouvée sur le PC du cardinal ? On ne vit pas d’excuses apparaître lorsqu’il fut établi que la photo d’art s’était retrouvée automatiquement dans le disque dur du PC après une visite sur le site de la VRT. Les chiens semblaient lâchés, la curée pouvait commencer, et on se demandait si la Justice allait pouvoir continuer à travailler dans la sérénité, quand l’arrêt de la Chambre des mises en accusation du 13 août vint casser les reins de l’enquête de De Troy et lui intimer de restituer les dossiers saisis (Il ne semble pas que cela ait déjà été fait. Est-il malvenu d’imaginer qu’entre temps les photocopieuses tournent à plein régime ?).

Cette affaire rocambolesque est dramatique pour l’Église (mais on peut estimer qu’après tant d’années de silence sur les crimes commis par ses clercs, elle ne l’a pas volé) mais elle l’est également pour la Justice. Car de deux choses l’une : ou bien le juge De Troy a commis de graves fautes lors de la saisie ou ne disposait pas d’éléments suffisants pour l’ordonner, et il faut mette en doute son impartialité en tant que juge d’instruction, ou bien c’est le procureur général, Marc de le Court (qui présidait la chambre de la Cour d’appel qui avait blanchi Danneels de l’accusation d’avoir couvert des faits de pédophilie en 1998), qui a fait preuve de partialité en réclamant la nullité des perquisitions devant la chambre des mises en accusation, une procédure rarissime semble-t-il.

Mais, au-delà de ces soupçons de partialité qui peuvent entacher la réputation de l’un ou l’autre magistrat, ce dossier a révélé en outre un grave problème de proximité entre l’Église et la Justice. Que l’Église mette en place en son sein une commission pour examiner les affaires de pédophilie de son clergé, c’est bien et sans doute nécessaire. La commission peut examiner les sanctions à prendre vis-à-vis des coupables, sur un plan canonique, offrir aux victimes, à défaut de réparation, un dédommagement, et démontrer à tous que l’époque de l’omerta en cette matière est terminée. Et pourquoi en effet ne pas en confier la direction à un pédopsychiatre renommé extérieur à l’institution ? Mais cette commission ne peut en aucun cas se substituer à la Justice, à qui les dossiers concernant des faits non prescrits doivent être transmis. C’est avec stupéfaction qu’on a appris qu’un accord avait été signé entre le ministre de la Justice, les procureurs généraux et la commission Adriaenssens dont le contenu n’a pas été divulgué, mais aux termes duquel deux magistrats auraient été adjoints à la dite commission. Adjoints ? On s’interroge sur le rôle dévolu aux deux magistrats, semble-t-il réduits à observer le déroulement des travaux de la commission. Dans la foulée des perquisitions, la commission Adriaenssens a démissionné. Aujourd’hui que les dossiers saisis doivent être restitués, on ne sait pas très bien à qui. Sans doute l’Église ferait-elle bien de mettre sur pied une nouvelle commission, mais on reste pantois devant l’appel que lui a lancé dans ce sens le ministre de la Justice, il y a quelques jours, déclarant même qu’il serait souhaitable que Peter Andriaenssens la préside à nouveau ! Le ministre compte-t-il à nouveau y dépêcher des magistrats au balcon ?

Il est incompréhensible qu’aujourd’hui de tels chevauchements entre enquête interne à l’Église et enquête judiciaire se soient produits. Il faut d’urgence rétablir l’indépendance des prérogatives de chacun, dans l’intérêt, avant tout, des victimes, qui se comptent par centaines, et rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Matthieu, XXII, 21) .

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  • Enseignement de l’été : proximité douteuse entre l’Église et la Justice Posté par droug, le 7 septembre 2010
    Etrange commission en effet... Un peu comme si une commission socialiste se penchait sur les "affaires" de Charleroi... Amicalement
    Lire la suite
    • Evangile selon Mathieu Posté par Angela Lestizza, le 10 septembre 2010

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