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Festivals, face B

Chronique d’été sur une lecture alternative des festivals. Des participants nous parleront de l’ambiance, des à-côtés et nous feront découvrir les festivals, face B. Parce qu’aller à un festival, c’est écouter de la musique, mais c’est aussi parfois la consommer.


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23.08.2012

Esperanzah : un autre festival est possible

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«  Monte dans le train , change à Namur, descends à Floreffe puis suis les Dread-Locks » m’avait dit une amie pour m’indiquer la route d’Esperanzah. Si j’ai moi-même un peu la tête de l’emploi, et que certains ont sans doute eux-aussi pris le risque de me suivre en se disant que je connaissais le chemin, je dois bien avouer que mon amie n’avait pas tout à fait tort.

Perchée au sommet d’une colline, au milieu d’un village qui ne connaît guère d’animation en dehors de ces trois jours du premier week-end d’août, l’Abbaye de Floreffe revêt une fois par an des allures de grand rassemblement hippie. Pantalons bouffants, tresses en macramés, T-Shirt colorés et ponchos, l’uniforme festival s’affiche ici sans vergogne. Les marchands de bracelets brésiliens se frottent les mains. Et dans le « camping famille » auquel on accède après une petite randonnée à travers bois, les van Volkswagen aménagés en camping-car sont plus nombreux que dans les 19 communes bruxelloises réunies.

Depuis maintenant onze ans, des milliers de personnes exultent ici leur foi en un monde meilleur au son des musiques des cinq continents. « Un autre monde est possible », tel est ici le leitmotiv, l’idée fondatrice, le slogan… Mais il ne s’agit pas que de mots. Car tout est différent. Et en plus de promouvoir d’autres valeurs, on s’applique depuis la première édition en 2002, à concevoir un festival « autrement ».

Un festival différent par la musique. Alors que les plaines de Werchter et de Dour déboursent des millions d’euros pour attirer les plus grands noms sur leurs scènes, les fondateurs d’Esperanzah ont fait le pari de ne jamais courir après les têtes d’affiches. Le mot d’ordre ici est la découverte même si personne n’a caché sa satisfaction de voir Manu Chao s’inviter pour une date supplémentaire en 2007, accordant en quelques sortes sa bénédiction à un festival qui doit son nom à l’une de ses chansons.

Découverte donc, comme cette année encore où j’ai subjugué par « El Gusto », un orchestre algérois séparé par la guerre d’Indépendance, dont l’histoire rappelle un peu celle du fameux Buena Vista Social Club, à Cuba. Découverte aussi, même si certains voire beaucoup connaissaient, l’orchestre kinois de Staff Benda Bilili qui a offert une prestation époustouflante sur la scène côté jardin.

Je n’ai pas découvert, mais j’ai apprécié de retrouver sur scène les israélo-américains de Balkan Beat Box, Caravane Palace ou encore Groundation, de grands habitués du festival. J’apprécié également, comme l’année dernière, la tente « Radio bistro », où chacun vient se trémousser sur des airs de bal musette punk-celtique avant de gagner le concert suivant.

Bien plus qu’un festival. Esperanzah c’est une ambiance, un esprit, des découvertes musicales, mais c’est surtout un projet. Ainsi, sur le chemin qui relie la scène côté cour (en bas de l’abbaye) à celle côté jardin (en haut), on tombe sur le traditionnel « Village des possibles », espace dédié aux ONG partenaires du festival qui y déploient leur stand. L’occasion, pour ceux qui ne sont pas familiers avec ces concepts, d’entendre des mots comme « Justice climatique », « Mondialisation », « Souveraineté alimentaire » et de s’initier aux adjectifs « solidaire », « alternatif » et « coopératif », à décliner peut-être dans leur vie de tous les jours jusqu’à la prochaine édition du festival.

Sur la même route, on trouve le cinéma d’Esperanzah. Mais bien que grands cinéphiles, et amateurs de documentaires sociaux et engagés comme ceux qu’on trouve sur l’affiche, je n’ai pas testé. La prochaine fois sans faute…

Manger et boire. En poursuivant sur la fameuse route, on ne manquera pas de s’arrêter dans la grande cour dédiée à la nourriture du monde. C’est ici en effet que l’on notera, mieux encore qu’ailleurs, qu’Esperanzah n’est pas que différent par sa musique et par son concept.

Pas de vieille baraque à frites fumante, pas de hamburger frelaté ni de fricandelle douteuse. A la place, on aura que l’embarras du choix entre un stand de nourriture tibétaine, cambodgienne, éthiopienne, libanaise et italienne, sans oublier les crêpes bio au calva flambé et les burgers « Apache » et « Tabarnak », présents désormais sur tous les festivals de l’été. Au moins aussi bon qu’au Couleur café, l’espace restauration d’Esperanzah est une vraie réussite et un plaisir pour tous les festivaliers gourmands et gourmets. Et après manger rien de tel qu’une bonne Silly pils dans un gobelet en plastique réutilisable ! Car on ne fait pas un festival autrement, sans se soucier d’écologie.

Depuis quelques années, et comme d’autres avant lui, Esperanzah est passé au fameux gobelet réutilisable que l’on met en poche une fois la bière consommée et que l’on échange ensuite à chaque passage au bar. Ce gobelet est différent de tous les autres, puisqu’en plus d’être décoré de dessins humoristiques, il possède une languette bien pratique qui permet d’accrocher les verres entre-eux. Parfait, lorsqu’on est de corvée pour aller chercher une tournée en plein concert !

Comme toujours, j’ai apprécié l’atmosphère, la musique, le cadre et l’esprit qui plane sur l’abbaye durant tout le week-end. J’ai apprécié la tranquillité et l’espace, pouvoir regarder un concert et apprécier la musique sans être serrés comme des sardines ou risquer d’être piétiné dans un pogo de rockers aux vestes cloutées.

Par contre, j’ai moins apprécié que les festivaliers se fassent jeter du site chaque soir, une demi-heure à peine après la fin du dernier concert, et alors que Radio Bistro annonçaient une fin de soirée en fanfare. Moins apprécié aussi les petits déjeuners frugaux et hors de prix servis le matin dans les campings, parmi nos amies les guêpes. (On salue toutefois l’initiative, trop rare en festival !)

Le pari était risqué en 2002, mais les fondateurs l’ont relevé haut la main. Faire un festival autrement, avec des bénévoles ultra-motivé, c’est possible, et c’est désormais un rendez-vous incontournable de l’été en Belgique. Le public ne s’y trompe pas et revient d’année en année. Je n’y ferai pas exception !

Grégoire Comhaire

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