Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


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13.06.2011

"Et pourtant elle tourne"

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Drôle de période que la nôtre. Le mot « révolution » est sur toutes les lèvres : révolution dans les pays arabes, révolution portée par les « indignés » espagnols, et les grévistes grecs, et même révolution espérée par quelques jeunes belges à Bruxelles ou à Liège qui ont planté leurs tentes quechua, récemment achetées chez Décathlon.

Planter sa tente. Synonyme : camper. Mise en situation : « Les banques doivent payer la crise : plantons nos tentes » !

La tente serait-elle en passe de devenir l’arme des pauvres. Les puissants n’ont qu’à bien se tenir… Replacez-vous en 1789, imaginez les gardes de la bastille aux prises avec des centaines de révolutionnaires… plantant leurs tentes. Ou rappelons-nous ces travailleurs de l’usine LIP (« on produit, on vend, on se paye »), qui face aux menaces de fermeture, entamaient une grève, ce 12 juin 1973, pour la finir en janvier 1974 ! Croyez-vous que le camping durera jusqu’à l’hiver ?

Ainsi donc, nous viverions dans une époque pleine de bouleversements économiques et géopolitiques. Et si nous prenions un peu de recul pour constater que, si les choses évoluent quelque peu, fondamentalement rien ne bouge ? Et si nous devions admettre que le discours omniprésent sur le changement n’était que le masque de notre impuissance, voire son principal instrument ?

Parce qu’à moins que je ne me trompe, les victoires sont plutôt dans le camp des contre-révolutionnaires. L’Europe s’apprête à imposer la compétitivité entre les peuples au nom d’une nécessaire gouvernance économique de la zone Euro. Les banques et agences de notation continuent à imposer leurs lois aux nations dites démocratiques. L’Europe et son « parrain » américain s’apprête à mettre en œuvre un grand marché transatlantique si bien que le pouvoir du politique sera plus encore réduit à l’organisation des fêtes de quartier. L’Otan impose plus que jamais son emprise sur le monde. Et hormis la Chine – ou quelques pays d’Amérique du Sud – qui ose déclarer que les États-Unis sont en défaut de payement, le capitalisme anglo-saxon et tout ce qu’il implique poursuit son bonhomme de chemin.

La Terre bouge aussi, ses plaques tectoniques font bouger sa surface, avec une telle force que même nos constructions les plus modernes ne peuvent résister. La technologie nucléaire, symbole de la modernité contemporaine, semble même vaciller sur ses dogmes. Et pourtant, si l’on prend un peu de hauteur, la Terre semble immobile, calme, paisible, d’un équilibre absolu. « Et pourtant, elle tourne »…

Comment est-il possible que malgré ce besoin de « révolution », les contre-révolutionnaires gardent le contrôle du tempo ? Sans-doute faut-il chercher en plusieurs sources pour trouver les coupables. D’abord ces jeunes indignés qui ont oublié que le lieu et la manière de combattre sont plus importants qu’une belle motivation. Ensuite les organisations syndicales qui, réunies à Athènes en plein cœur de la tourmente, n’ont pas compris que l’heure était historique, et que seule l’action syndicale européenne pouvait déboucher sur un changement du sens de rotation de la Terre. Ensuite les partis de gauche qui, malgré le contexte de régression, croient encore que, pour exister, il faut être responsable, et tenter de limiter les dégâts. Ces positionnements mènent, on là vu avec le vote sur le regroupement familial, aux pires collaborations.

Pour que la Terre tourne à nouveau dans le bon sens, il faudrait que les « mouvements sociaux » se rappellent le sens du mouvement social. Wikipédia le définit ainsi : « Il s’agit de l’ensemble des événements au cours desquels certains groupes (comme des classes sociales) cherchent à modifier l’organisation de la société en fonction de leurs idéaux : répartition des richesses et du pouvoir politique, progrès social. » Et on comprend mieux combien le terme est galvaudé. Car en notre époque, il n’y a que peu d’évènements, peu de « groupes » définis ayant conscience d’eux-mêmes, et quand ils existent (organisations syndicales et partis de gauche), on cherche encore ceux qui s’inscrivent dans une dynamique de modification de la société en fonction de leurs idéaux. Et quels-sont-ils ?

En notre époque, la révolution a son centre à Athènes, c’est là que se mène la lutte concrète contre les contre-révolutionnaires. Ils ont besoin du soutien de toutes les forces progressistes. Mais pendant qu’ils luttent pour faire payer les puissants et répudier leurs dettes, nous espérons la rembourser sans trop de douleurs, et réfléchissons docilement à la bonne manière d’économiser 22 milliards en trois ans, tandis que les jeunes indignés campent sur les places de marché à défaut d’attaquer de front le marché…. Les contre-révolutionnaires ont encore de beaux jours devant eux.

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