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Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


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27.01.2012

Grève générale cherche revendication

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Le temps est à l’épreuve de force. Le froid a eu raison des tentes des indignés. Les marches funèbres « nord –midi » pesant autant sur les « marchés » que les protestations syndicales et associatives ne pèsent sur le gouvernement, une bonne grève s’imposait ! Nous voici revenu au temps de l’action directe.

Malheureusement, il me semble que la situation souffre de trois gros problèmes.

1/La journée de grève est perçue par le plus grand nombre comme l’aboutissement d’une lutte. Et nous sommes de plus en plus nombreux, à tort et à raison, à nous persuader de sa relative inefficacité. C’est le chant du cygne, la bataille pour l’honneur, de celles qui montrent davantage les faiblesses que les forces de celui qui l’enclenche…

2/Une journée de grève est supposée viser un objectif clair. Si je comprends bien les mots d’ordre syndicaux, la grève vise à contester l’austérité. C’est très clair, mais comme objectif, on a fait mieux. S’en suivent quelques slogans, certes d’une grande justesse, mais peu lisibles, et peu concrets. Pour les courageux, il existe bien une liste concrète de revendications, excessivement concrète. Et là, on se demande si le syndrome du catalogue « La Redoute » n’a pas encore frappé ? Voyez ce lien de la plus grande organisation syndicale, pour illustrer ma perfidie. Et voyez ici les revendications du front commun pour juger.

3/ Les principaux enjeux des organisations sont ceux qui touchent directement, et nécessairement, leurs bases militantes. Hormis quelques rares secteurs, ce sont trop souvent des intérêts corporatistes, mais néanmoins légitimes, qui motivent les troupes. Les services publics militeront pour leurs pensions, les secteurs privés qui utilisent le crédit-temps ou la prépension comme outils de gestion de fin de carrière et de restructuration militeront pour le maintien de leurs possibilités, les « petits secteurs » porteront hauts et fort les slogans les plus généreux, mais à mille lieues de ce qui serait potentiellement discuté à l’issue de l’action. Certains feront les deux. Et l’ensemble sera inaudible.

Je crains que cette grève ne s’inscrive pas dans le cadre d’une planification d’actions croissantes ou répétées. Sauf erreur de ma part, point de communiqués pour assurer que cette journée en annonçait d’autres si les travailleurs n’étaient pas entendus (à l’exception des métallos de la FGTB, du sud du pays). Si bien qu’on peut craindre que ce soit la technique du soufflé qui soit ici à l’œuvre. Une fois bien gonflé, on laisse reposer…

Bref, les marchés ne tremblent pas, les gouvernements ne tremblent pas, la base militante est découragée, mais prête à se battre corps et âme pour défendre leurs droits, et pour certains, pour défendre ceux des moins bien lotis. C’est déjà çà.

Mais le plus grave est sans doute ailleurs. Car quelles sont ces revendications si importantes, claires, audibles, centrales ? Sur quoi des négociations, rêvons un peu, pourraient raisonnablement être entamées, au vu d’une pression qui serait exercée ? Jusqu’à il y a quelques jours, syndicats et gouvernements discutaient encore pour éviter la grève. On évoque des discussions qui porteraient essentiellement sur le calendrier de mise en œuvre des mesures d’austérité, la non-rétroactivité des coupes dans le crédit-temps, etc. Quel aurait été le prix de l’abandon du préavis ? Les « préparatifs » d’une action en disent souvent davantage que l’action elle-même. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils furent courts, et peu enthousiasmants quant à la nature du processus ici enclenché.

Finalement, cette grève générale ne manque-t-elle pas d’une revendication claire, et réellement solidaire, assortie d’une vraie menace de grève continue, sous des formes à imaginer ? Vous rappelez-vous des grèves du samedi ? Il fut un temps ou une grande organisation syndicale organisa une journée de grève hebdomadaire, chaque samedi, pour obtenir la semaine des 5 jours. Si l’emploi, la lutte contre les inégalités et la justice sociale et fiscale est l’objet de cette lutte, peut-être devrions-nous davantage porter une revendication plus que jamais centrale, celle de la réduction collective du temps de travail. N’est-ce pas par ce type de revendication que la peur change de camp, que l’espoir d’une lutte sociale qui ne soit pas vaine renait, que la lutte entraine la lutte ? D’ici là, que la grève soit belle…

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  • Grève générale cherche revendication Posté par tcherry, le 9 février 2012
    Bonjour Je rejoins entièrement votre réflexion, y compris votre proposition de revendication-phare fédérative : la réduction du temps de travail. En tant que chômeur, qui sera (...)
    Lire la suite

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