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12.10.2013

Grillo sans fard, Berlusconi en suspens

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Aide aux toxicomanes, lutte contre la pauvreté, réinsertion en tous genres : les associations se l’arrachent déjà. Jusqu’à Don Mazzi fondateur, d’Exodus, en charge de jeunes en difficultés, qui a proposé à Silvio Berlusconi de venir cueillir des tomates dans ses champs. Car cette fois, le Cavaliere a décidé. Il a demandé officiellement à être confié aux services sociaux pour exécuter une peine alternative à sa condamnation pour fraude fiscale. Le tribunal d’application des peines n’a pas encore tranché. Berlusconi semble résigné. Il sait que le Sénat votera en séance plénière sa déchéance politique déjà adoptée en commission. Le temps lui semble suspendu et il tente de trouver la solution qui fera le moins obstacle à la poursuite de son activité politique à laquelle il n’a évidemment pas renoncé.

Une émancipation difficile

La droite berlusconienne vit, elle aussi, une étrange parenthèse qui n’a rien d’enchantée. Depuis que, sous la conduite d’Angelino Alfano, les ministres et une partie consistante du PDL se sont opposés frontalement – et victorieusement – au père fondateur, la droite berlusconienne retient son souffle. La garde rapprochée des « faucons » s’est fait plus discrète. Berlusconi lui-même a rappelé à l’ordre un des siens qui a pris la tête des « loyalistes » (entendez les anti-Alfano) et qui exigeait un congrès du PDL. Autant dire l’explosion du parti. Les « colombes », elles, se sont bien abstenues de créer le groupe parlementaire annoncé. Chacun veut éviter d’apparaître comme le fauteur d’une division irréversible. Mais le compromis est-il encore possible ? Sur quelles bases politiques une droite libérale « normalisée » pourrait-elle naître ? Et la solidarité politique et judiciaire toujours proclamée par l’ensemble du PDL à l’égard de son vieux leader bloque, pour l’instant, le processus d’émancipation de la droite du berlusconisme. Un berlusconisme, qui au-delà du sort de son créateur, continue bien d’habiter l’Italie. Il ne faut pas l’oublier. [1]

Staino dans L’Unita du 10 octobre 2013

Pendant ce temps, Beppe Grillo rappelle, lui, un pan insuffisamment connu ou volontairement négligé de son identité politique. Mercredi, en commission de Justice, deux sénateurs des 5 Stelle ont présenté et fait adopter un texte de loi qui abolit le délit d’immigration clandestine (instauré par la fameuse loi répressive Bossi-Fini sur l’immigration). Approuvé par le gouvernement et soutenu par le PD, SEL (la gauche de Nicki Vendola) et 5 Stelle, cette proposition a donc été approuvée et a déchainé la colère de Beppe Grillo et de Gianroberto Casaleggio. Grillo qui s’était déjà distingué dans le passé par des sorties anti immigrées estime que l’initiative de ses deux sénateurs est « une invitation faite aux migrants d’Afrique et du Moyen Orient à s’embarquer pour l’Italie » et se fait le défenseur inconditionnel du délit d’immigration clandestine. Le débat fait rage au sein du mouvement. Quant à Grillo il a reçu un soutien enthousiaste d’Umberto Bossi, le fondateur de la Ligue du Nord dont on connait la xénophobie. Le dirigeant de la Ligue se félicite de ce « front » contre l’immigration et se dit qu’un jour il pourrait même constituer une majorité avec les 5 Stelle dont il apprécie aussi les positions anti-fiscales. La recomposition politique est décidément aussi insaisissable que tourmentée.

[1] Je le répète inlassablement dans ce Blog-Notes car la majorité des observateurs a, me semble-t-il, trop souvent enterré Berlusconi sans prendre en considération l’imprégnation de ses « valeurs » dans la société italienne.

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