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4.02.2017

Hamon-Mélenchon : l’équation

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Depuis l’ouverture de la campagne électorale française, les principaux candidats de gauche – Mélenchon et les divers socialistes en course – se sont exprimés comme si la victoire était à leur portée : « Je peux gagner, et moi président je ferai ceci et cela » . C’est de bonne guerre. À mon avis, il n’y croient pas une seconde mais ne peuvent évidemment pas le dire. Ce qu’ils visent, c’est « le coup d’après » : au terme d’une bonne campagne, se retrouver en tête des candidatures de gauche pour devenir le pivot d’une recomposition indispensable. Depuis son lancement, la candidature de Jean-Luc Mélenchon laboure ce chemin, imperturbable devant les péripéties à rebondissements qui agitent le reste du spectre politique.

Mais le résultat de la primaire socialiste vient brouiller cette trajectoire. Une victoire de Valls à cette primaire aurait dégagé l’espace à gauche. Dans cette hypothèse, les « frondeurs » vaincus du PS auraient dû, en position de faiblesse, négocier quelque chose avec la « France insoumise », ou se rallier honteusement au vainqueur qu’ils avaient combattu. Mais le succès imprévu de Benoit Hamon change complètement la donne. Une large part du « peuple de gauche » [1] a estimé que cela avait du sens de ne pas abandonner le PS, si discrédité soit-il par un quinquennat calamiteux, à Valls et à l’appareil solférinien (pour s’exprimer comme JLM). Du coup, beaucoup se mettent à rêver : et si le coup était à nouveau jouable ? et si, en additionnant les scores promis à Mélenchon et à Hamon, on pouvait envisager la présence d’un candidat de gauche au second tour de la présidentielle, avec une victoire possible en bout de course ? Plusieurs appels sont publiés dans ce sens [2]. Pour leurs initiateurs, les deux principaux candidats (car, à côté d’eux, Jadot, le candidat vert, ne fait pas le poids) devraient convenir que ce qui les rapproche est infiniment plus important que ce qui les sépare et se mettre d’accord pour ne pas diviser les voix de gauche en proposant une candidature unitaire.

Et c’est évidemment là que ça cale ! Lequel doit céder devant l’autre ? « J’irai jusqu’au bout », déclarent-ils en chœur. C’est logique. Leur succès, réel, peut s’appuyer sur des mouvements de fond dont la dynamique risquerait d’être cassée si on l’empêchait d’aller à son terme. Si, sur le plan du programme, une convergence est de l’ordre du possible, les trajectoires stratégiques sont pour le moment incompatibles. Celle de Mélenchon, dont l’inspiration vient d’Espagne et de Grèce, table sur l’explosion du PS qui doit « dégager ». Celle de Hamon est juste l’inverse : tenter, à la Corbyn, de réaliser une OPA sur le capital électoral du PS, en manœuvrant, comme le leader travailliste, pour neutraliser un appareil qui lui est massivement hostile [3]. Ceux qui imaginent que Hamon pourrait, dans le timing de la campagne électorale, tourner complètement le dos à un héritage solférinien dans lequel il est lui-même, par toute sa carrière, complètement encastré, pour trouver un chemin commun avec Mélenchon en seront pour leurs frais. Il ne « fera pas le ménage », en tous cas pas tout de suite, comme JLM le lui demande. Il en a la légitimité, il n’en pas le pouvoir. Seul le suffrage universel pourra lui donner la force nécessaire.

Si cette unité rêvée ne se réalise pas, ce ne sera pas une question de « sectarisme » ou d’« ego ». La décantation à gauche n’est tout simplement pas assez avancée aujourd’hui. La « France insoumise » reste une machine calibrée pour la campagne hyper-centralisée de Mélenchon et tourne entièrement autour de sa personne. Elle aura besoin des législatives pour s’enraciner, et ce n’est pas acquis. D’autre part, et quoi qu’il advienne du PS, il me semble impossible que, dans un pays comme la France, une sensibilité de type « néo-social-démocrate » puisse totalement disparaître. Si une majorité alternative « de gauche » peut émerger demain, elle devra composer avec plusieurs sensibilités.

Ni pour la présidentielle ni pour les législatives qui suivront, il n’y aura de « candidatures uniques de gauche » bricolées à la va-vite. Mais d’ici-là, qu’on ne se trompe surtout pas d’adversaire en s’adonnant à des guéguerres mesquines de préséance, afin de ne pas insulter l’avenir.

•••

[1] Il semble établi qu’un bon paquet des électeurs de la primaire socialiste n’étaient pas encartés au PS.

[2] Voir http://www.1maispas3.org et https://www.change.org/p/pour-une-coalition-entre-benoît-hamon-jean-luc-mélenchon-et-yannick-jadot.

[3] Il y a deux grosses différences qui rendent beaucoup plus aléatoire en France une stratégie « à la Corbyn » : l’existence d’une possible alternative à gauche que le système électoral britannique rend impossible, et la faiblesse du mouvement social organisé qui pourrait la soutenir de l’extérieur.

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