18.03.2015

Hégémonie(s)

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Incroyable ! Alors que les révélations sur l’évasion fiscale et son ampleur ont secoué l’opinion publique depuis l’entame de cette législature, alors que la consommation traîne la patte et que les prix avancent à reculons, le débat sur une « tax shift » sous la forme d’un glissement de la fiscalité des revenus du travail vers la TVA reste d’actualité. Et après avoir suggéré qu’on limite dans le temps les allocations de chômage (janvier), voilà que la N-VA contraint le gouvernement Michel à revoir l’accord des partenaires sociaux au sein du « Groupe des 10 » sur l’aménagement du régime des « prépensions ».

Un glissement de la fiscalité de ce genre a de quoi surprendre. D’abord parce qu’il est fondamentalement injuste : l’allégement de l’impôt sur le travail ne profitera pas nécessairement au travailleur (rien ne dit qu’il impactera totalement le salaire poche), tandis qu’une hausse de la fiscalité indirecte via la consommation, touchera proportionnellement plus les bas revenus. Ensuite, sur le plan économique, il risque de ralentir un peu plus encore une économie qui tourne déjà au ralenti en raison des politiques d’austérité qui, en Europe, ont anémié la demande.

Tout aussi aveugle est l’entêtement à contraindre les chômeurs âgés prépensionnés à chercher du travail. D’une part, c’est faire fi de la réalité économique qui veut qu’un employeur recherche les avantages de la jeunesse au moment de recruter (faible coût, grande flexibilité) ou, au mieux, l’expérience des quadragénaires. De l’autre, c’est refuser de voir que sur un marché de l’emploi qui ne parvient pas à absorber l’ensemble de la main-d’œuvre disponible, contraindre les plus âgés à travailler plus longtemps, c’est retarder d’autant l’accès à l’emploi des plus jeunes. En gros, ce projet se résume à partager la pauvreté entre les demandeurs d’emploi les plus jeunes et les plus âgés, avec pour conséquence une véritable police sociale à l’égard d’un monde du travail tétanisé par la peur de la précarité.

Les nationalistes flamands seraient-ils devenus fous ? Sûrement pas. Et à bien y réfléchir, leur stratégie est loin d’être sotte. Depuis l’installation de la coalition suédoise, la N-VA occupe l’espace médiatique à coup de prises de position toutes marquées à droite, très à droite. L’objectif est clair : la volonté de Bart De Wever est d’occuper ce territoire politique où converge une majorité de l’électorat flamand. Pour l’heure, il laisse fondre un Open Vld silencieux, telle une pastille posée sur sa langue. Et au CD&V, il adresse ce double message : à l’aile droite, il montre que la N-VA, elle, ose imposer des mesures libérales décomplexées ; à l’aile gauche, il annonce des couleuvres au menu des quatre prochaines années.

Lors du dernier scrutin fédéral, la N-VA a siphonné l’électorat du Vlaams Belang. Cela lui a offert le statut de premier parti de Flandre et une hégémonie sur les thèmes du combat nationaliste flamand. Elle tente désormais d’asseoir sa domination à l’ensemble de la droite. Le succès d’une telle stratégie lui offrirait à coup sûr une majorité de sièges au sein du groupe linguistique flamand. Elle serait alors à même d’imposer un autre de ses objectifs : la scission de la Sécurité sociale et, avec elle, la mort programmée du pays.

Le sourire des fauves dévoile toujours des crocs acérés.

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