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29.10.2014

"Idéologie" n’est pas un gros mot !

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Dans sa chronique du Soir, « Le grand retour de l’argument de l’idéologie », [1] Vincent de Coorbyter critique – justement- l’usage détourné ou vulgarisé du mot et du concept. Il fait remarquer que généralement cet « argument » sert à disqualifier l’adversaire, qu’il désigne toujours les idées des autres, qu’il suppose une idée sans auteur, de plus fixée dans le passé. De tout cela on peut convenir. Il ajoute qu’ « il est difficile de réfléchir aux phénomènes idéologiques sans revenir à Marx, qui attribuait le succès des idéologies aux rapports sociaux et aux intérêts catégoriels dont elles se font l’interprète ». Retour ou détour bienvenu.

Mais il faudrait encore davantage, me semble-t-il, revenir à Gramsci et à son concept « d’hégémonie ». Pour le dirigeant historique du Parti Communiste italien, la « phase hégémonique » désigne un moment historique ou une classe sociale occupe la fonction dirigeante de la société non seulement par sa domination économique et politique mais aussi culturelle. Pour Gramsci, l’hégémonie culturelle ou idéologique est même la condition de la direction politique : elle suppose le consentement actif de ceux qu’elle domine. En ce sens, qui est bien le sens originaire du concept, la domination idéologique n’a rien d’un « argument » adressé à un adversaire politique mais un état de fait ou un moment de conquête. L’idéologie est partie intégrante du politique. Et même ceux qui s’en défendent font de « l’idéologie » comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Il est vrai que depuis les années, le triomphe de la pensée néolibérale s’est construit sur la fiction de la « fin des idéologies ». Ce qui a permis à cette idéologie de s’imposer comme l’ordre naturel des choses. Ce que Gramsci appelait le « sens commun » dans la période de l’hégémonie du capitalisme. L’ « idéologie » est donc tout sauf un « gros mot » devant servir de repoussoir aux idées des autres. Le combat idéologique est légitime et se revendique : il est partie constituante de la démocratie. Et quand j’évoque donc la « guerre idéologique » que mène le gouvernement Michel [2] , il s’agit d’abord de prendre acte et conscience de la nature du combat en cours et donc de la manière de s’y opposer.

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