5.05.2015

Inquiétude(s)

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Le temps est à l’inquiétude. Le bruissement des journaux laisse entendre, parmi le brouhaha familier, des résonnances qui alarment. Et pourtant, là n’est sans doute pas le pire.

Non, le pire n’est sans doute pas que la vie privée des chômeurs ait désormais moins de valeur que celle d’un autre citoyen. Que présumé fraudeur, il doive admettre que son domicile et ses factures d’énergie puissent être visitées dans le but d’y déceler traces de fraude. Qu’en définitive, on dépense plus de moyens à traquer le « tricheur » tentant de survivre plutôt que d’individualiser les droits aux allocations.

Ce n’est pas plus le fait que le chômage continue d’être implicitement présenté comme un choix de vie, alors qu’il résulte du fonctionnement du modèle économique depuis la fin des Trente glorieuses. Et cela malgré une équation bancale mais significative : plus de 600.000 demandeurs d’emploi inoccupés en Belgique pour quelque 48.000 postes ne trouvant pas preneur.

La surdité affichée du gouvernement aux récriminations syndicales, pour mieux instaurer des politiques qui vont à l’encontre de tout raisonnement économique, semble presque secondaire. Et cela même si l’allongement de la carrière sur un marché du travail plus que saturé et l’austérité, garrot appliqué à une demande exsangue, menace grandement l’économie du pays comme celle de l’Europe.

Le tocsin ne doit pas non plus sonner pour ce libéralisme triomphant qui, fort de ses crises de plus en plus rapprochées, continue à être asséné et appliqué comme religion infaillible, montrant en cela ce qu’il est : une idéologie désormais aveugle aux signaux qu’émettent la société et l’économie dans leur fonctionnement quotidien.

Il faut presque rire de cet accord transatlantique que l’Europe négocie dans l’ombre, au mépris des mises en garde citoyennes et de la mobilisation de la société civile. Elle s’invente pour cela un consensus pour mieux ensuite imposer la dictature de celui-ci.

On ne doit pas plus s’inquiéter de ces sorties « à la hussarde » contre telle ou telle communauté, de cette islamophobie latente, de cette pseudo-laïcité revancharde qui guette une religiosité ostentatoire dans chaque geste ou choix du quotidien, pour mieux réaffirmer que tout doit être « neutre », sans même s’apercevoir que ce prescrit se veut alors autodafé pour celui qui le subit.

Bien sûr, tout cela a de quoi effrayer. Simplement, ce n’est pas le plus inquiétant. La peur est pleinement justifiée quand, à la lecture des sondages, on découvre que cette politique qui fait du chômeur ou de l’étranger un bouc émissaire et des travailleurs, de la chair à canon pour les entreprises, est soutenue dans les sondages par plus d’un citoyen sur quatre. Les partis de la suédoise, cette association de malfaiteurs sociaux, n’enregistre nullement une cote de popularité en chute.

Bien au contraire ! Ce qui laisse penser que la société belge, soumise à la brutalité de la politique libérale, apparaît plus déchirée qu’elle ne l’a jamais été. De ces déchirures qui font le lit des divorces et des sacrifices ultérieurs. Et cela, ça fait vraiment peur.

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  • Espoir Posté par Christine Renard, le 7 mai 2015
    Je partage pleinement votre inquiétude. Adolescente dans les années 68-70’, je me souviens que nous rêvions d’un monde plus juste et plus solidaire ... De décennie en décennie, (...)
    Lire la suite

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