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16.09.2013

(Ir) résistible ascension du FN

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Sur la scène de ce théâtre d’ombres qu’est souvent la politique française ressurgit à rythme cadencé le spectre du Front National. Tous les deux ans environ, en vue d’échéances électorales, le monde politico-médiatique de l’hexagone feint de s’étonner de la montée en puissance du parti d’extrême-droite. Et pourtant, la progression du parti de Marine Le Pen est depuis longtemps une constante dans les sondages comme dans les urnes. Faut-il rappeler que désormais, même lors de scrutins majoritaires à deux tours a priori défavorables, le FN parvient à se hisser au second tour et qu’il est donc bien considéré comme une véritable alternative politique par un nombre croissant d’électeurs. A de rares exceptions [1], toutes les enquêtes le confirment : qu’il s’agisse de la pénétration des idées du Front National, de la cote de popularité de Marine Le Pen ou des intentions de vote aux élections municipales de 2014, le parti d’extrême droite (« dédiabolisé », « policé », « normalisé » mais toujours fondé sur la même idéologie de base) a le vent en poupe et est devenu l’un des centres de gravité de la vie politique française. Le FN ne néglige plus aucun scrutin, il vise une implantation progressive et en profondeur des tissus territoriaux, il occupe désormais un terrain souvent déserté par les partis traditionnels de droite comme de gauche. Et sa prétention à devenir le premier parti de France lors des élections européennes n’est plus seulement une rodomontade.

Une affiche FN des années 90...

Les explications et les responsabilités de ce développement qui semble aujourd’hui quasi irrésistible sont de trois ordres. La crise tout d’abord, évidemment. Le sentiment d’une impuissance de la politique (de gauche comme de droite) à faire face aux désastres socio-économiques de la crise mais aussi le sentiment d’abandon ressenti par de larges couches de la population (dans les zones rurales mais aussi désormais dans des zones périphériques urbaines), la peur et l’angoisse légitimes face au lendemain sont autant de facteurs qui favorisent l’expression de la démagogie et du populisme exprimée dans le cadre d’un « refus du système » qui, dans le cas du FN, s’accommode pourtant parfaitement des règles du capitalisme en place.

...et une affiche de 2013 : la même idélogie

Mais il y aussi des responsabilités directement politiques et idéologiques des partis traditionnels. La droite en porte une part écrasante. La campagne présidentielle de Sarkozy en 2012, inspirée par son conseiller maurassien Patrick Buisson, a été le facteur le plus déterminant de la légitimation du FN. Et depuis lors, l’UMP assure peu ou prou la continuité de cette ligne. Copé et son « ni-ni » qui refuse de trancher entre le PS et le FN a mis définitivement fin au Front Républicain qui a longtemps fait barrage à l‘extrême-droite (sans pour autant s’attaquer aux causes de son développement). Ces derniers jours, François Fillon, reniant les propos et les valeurs qu’il défendait jusqu’alors, a estimé qu’entre PS et FN on devait se prononcer pour « le moins sectaire ». Pour des raisons purement politiciennes et de positionnement au sein de son parti, l’ancien premier ministre a donc effacé la différence de nature qu’il maintenait jusque-là entre la gauche et l’extrême-droite. Mais les controverses qui en ont suivi au sein d’l’UMP sont d’une rare hypocrisie. Car « le ni/ni » et le « moins sectaire » ont en commun (même si c’est à des degrés divers) d’apporter une légitimation supplémentaire au FN. Les dirigeants de la droite traditionnelle ne savent plus comment réagir face à la porosité politique et idéologique entre une large part des militants et des électeurs de l’UMP et le FN, porosité dont ils portent pourtant la totale responsabilité. En choisissant de suivre le FN sur son terrain et en rejoignant certaines de ses positions (notamment sécuritaires et anti-immigrées), l’UMP se place sous l’hégémonie idéologique de l’extrême-droite et risque bien de creuser sa propre tombe.

Le PS ne peut s’exonérer de ses propres responsabilités dans la montée du FN. Face à la confusion et au désarroi de la gauche, le désespoir et la colère sont tels que l’on assiste, ici aussi, à des comportements électoraux contre-nature. Les enquêtes les plus sérieuses ont indiqué que des électeurs socialistes avaient aussi apporté leur voix au FN notamment lors du second tour de l’élection partielle de Villeneuve sur Lot [2] qui opposait celui-ci à un candidat UMP. Le Front Républicain est donc aussi mis en cause à gauche où certains ne veulent plus sauver des candidats de droite alignés sur les positions les plus extrêmes. Mais la « tentation FN » a des causes plus graves : bien des électeurs ne distinguent plus assez de différences entre gauche et droite. La course au centre, le glissement non avoué d’une sociale démocratie a peine assumée vers un social libéralisme honteux font, eux aussi, à termes, le lit du FN qui a beau jeu de se présenter comme la dernière et seule alternative au « système ». Et, par ailleurs, on ne saurait expliquer le succès de la ligne « Vals » sans tenir compte de la pression idéologique du FN qui déporte l’ensemble de l’échiquier de la politique vers la droite. L’enseignement ne vaut pas que pour l’hexagone : pour combattre l’extrême droite, on a besoin d’une « gauche de gauche »…

[1] Comme le sondage BVA de ce 16 septembre qui contredit les précédents et selon lequel 65 % des personnes interrogées ont une « mauvaise opinion » de Marine Le Pen

[2] Voir les Blog-Notes des 21 et 27 juin 2013

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