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25.04.2013

Italie : la coalition contre nature ou le triomphe berlusconien

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Le gouvernement de grande coalition que va tenter de mettre sur pied Enrico Letta, le premier ministre pressenti par le président Napolitano est une alliance contre nature placé sous le double signe de la déliquescence du centre gauche et du triomphe berlusconien. Lors de son intronisation, dans sa sévère admonestation aux partis, par ailleurs amplement justifiée, Napolitano s’en était pris à la « régression » que constitue, à ses yeux, l’horreur des alliances entre partis d’orientations différentes. Le président réélu opposait cette attitude à celle qui régit de nombreuses démocraties européennes où les gouvernements de coalition sont sinon la règle, du moins la normalité.

Enrico Letta négocie...une coalition contre nature

Exerçant depuis les élections une pression insistante en faveur d’un gouvernement PD/PDL, le chef de l’état a fait un choix politique lourd de conséquences car, en quelque sorte, il annihile l’anomalie berlusconienne dont il avait pourtant lui-même tant de fois souligné les dangers, dans les termes que lui autorisait sa fonction. De plus, c’est Giorgio Napolitano qui, en 2011, avait poussé Berlusconi hors des allées du pouvoir. A l’époque le Cavaliere était moins enthousiaste quant à la personnalité du vieux président issu des rangs communistes, comme il ne cessait de le rappeler.

"Vous avez donné une confiance totale et aveugle à Napolitano, hein ? "Si tu ajoutes, "comme les grillini à Grillo", tu vas au lit sans manger ! Staino dans l’Unita du 24/04/2013

En imposant cette coalition, Giorgio Napolitano achève un centre gauche déjà défait par les derniers épisodes post électoraux. Le Parti Démocratique sera le maillon faible du gouvernement même s’il le préside. Il devra composer avec un adversaire de 20 ans qui représente la négation de ses propres valeurs. Sans oublier que l’anti-berlusconisme a été le seul ciment et souvent le seul projet d’un centre gauche dont la crise a évidemment encore d’autres origines.

Une telle coalition constituerait finalement le terrible effacement de ce que tous les progressistes d’Italie et d’Europe ont appelé « l’anomalie berlusconienne ». Oubliés les conflits d’intérêts, la privatisation de la politique, l’exaltation de la fraude, la destruction de l’état. Les dirigeants du PD auront beau dire qu’il s’agit d’un gouvernement essentiellement en charge de l’urgence institutionnelle : sa formation sera d’abord l’adoubement de Berlusconi par l’ensemble des forces politiques traditionnelles. Au plus grand profit de Beppe Grillo qui sera la seule opposition consistante. Au plus grand désespoir d’une gauche en perdition.

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