7.10.2010

Jérôme Kerviel et le lotto

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C’était un soir au JT. Une séquence sur la visite de l’entrepôt du Lotto. Sans doute s’agissait-il d’une extension de la journée du patrimoine. On assistait à la formation des libraires aux techniques de vente des billets magiques. Intervient alors le responsable des ventes de la Loterie Nationale. Le dit responsable nous explique par a + b que le rôle du tenancier du lotto est - je cite- de savoir comment « convaincre un non joueur de jouer, et quelqu’un qui a arrêté de jouer de recommencer à jouer » Ah bon, le rôle de Loterie Nationale est de faire des joueurs repentis des récidivistes ?

On savait déjà que l’on pouvait devenir scandaleusement riche, on ignorait que le Lotto faisait du racolage. Mais rassurez-vous, le responsable des ventes de la Loterie Nationale ajoutait qu’il s’agit de faire replonger le joueur assagi « tout en restant dans cet esprit du jeu responsable ». Ouf, l’honneur est sauf. Et personne ne mettra en cause le respect par la Loterie Nationale, et donc par l’Etat, de la charte du jeu responsable. Quarante huit heures après cette bonne nouvelle, nous apprenions la condamnation en France du trader Jérôme Kerviel à trois ans de prison ferme et près de 5 milliards d’euros de dommage intérêts au bénéfice de sa banque, la Société générale, dont-il avait été le fidèle et bénéfique trader avant de lui provoquer des pertes à la mesure des risques qui lui avaient été consentis par négligence ou passivité. En quelque sorte un énorme, inespéré et indépassable super lotto pour la Société Générale, un de plus après ceux que lui fournissait son trader au temps de sa splendeur.

Quel rapport, me direz-vous, entre ces deux situations ? Simplement, qu’il s’agisse d’une entreprise de jeu étatique ou d’une banque privée, on demeure dans la logique du casino. Ce qui semble tout de même plus logique dans un cas que dans l’autre. Dans le jugement de l’affaire Kerviel, ou plutôt de l’affaire de la Société Générale, on peut évidemment s’interroger sur le degré de la peine prononcée à l’égard d’un homme et d’une corporation dont la culpabilité est évidente mais ce qui stupéfie davantage, c’est la totale exonération des responsabilités de la banque concernée, connue, par ailleurs, pour son activisme spéculatif. La Loterie Nationale qui incite les joueurs repentis à replonger et la banque qui se défausse sur ses traders perdants partagent simplement les mêmes valeurs et la même irresponsabilité. Rien de plus, rien de moins…

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