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18.05.2012

Journal de campagne (22) : Installations et ruptures

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Si l’on veut bien considérer qu’en art contemporain une « installation » désigne une œuvre mêlant plusieurs médias en en vue de modifier l’expérience que peut faire le spectateur d’un espace singulier ou de circonstances déterminées, on peut aussi juger que l’installation de François Hollande à la présidence de la république et celle du gouvernement Ayrault 1 à Matignon répondent, d’une certaine manière, à la même définition transposée à la politique ( qui est aussi un art, comme chacun le sait). Quelle semaine ! L’attente du président élu dans le silence et la discrétion jusqu’au 15 mai et puis la passation de pouvoir émaillée de gestes et de discours qui n’ont pu que « modifier l’expérience »que peut faire le citoyen d’un espace singulier, celui du pouvoir. François Hollande a affronté les éléments comme il avait mené campagne, dans la « simplicité, la sobriété et la dignité » pour reprendre les mots de sa première intervention comme chef de l’état.

Certes, les ors de la salle des fêtes de l’Elysée et, plus généralement, le « protocole républicain » ne prédisposent pas vraiment à la simplicité mais la vertu de cette monarchie particulière est aussi qu’elle peut s’adapter à celui qui l’incarne. Et sans revenir longuement sur cette journée, on peut en retenir ce qu’elle produit parfois de meilleur : le rappel solennel des principes au nom desquels on va présider durant cinq ans. Cela paraitra banal à certains, ce ne l’est pas à mes yeux. Placer sa présidence, avec une insistance répétée, sous le signe de la justice (sociale d’abord mais pas uniquement) et de l’école n’est ni innocent ni trivial dans les temps qui courent et les valeurs qui dominent. Les sempiternels commentateurs français n’y voient qu’une manière supplémentaire pour François Hollande de revêtir les habits de l’anti-Sarkozy et le pressent d’ailleurs de définir sa propre parure. C’est un peu court car les symboles qui caractérisent cette courte période de l’installation au pouvoir sont essentiels pour marquer des ruptures et, de ce point de vue, les premières heures du pouvoir hollandais ont été à la mesure des promesses du candidat. Les principes réaffirmés et les ruptures déclarées résisteront-ils à l’épreuve du pouvoir, c’est une autre histoire…

La formation du premier gouvernent Ayrault – gouvernement de combat pour affronter les législatives- répond aux mêmes exigences présidentielles. A l’exception de l’absence de Martine Aubry, dont on espère qu’elle ne préfigure pas le retour des vieux démons des affrontements fratricides, ce gouvernement correspond aux prévisions. Le « changement » est assurée par l’arrivée d’une nouvelle génération politique ( seuls 5 ministres sur 34 ont une expérience gouvernementale), la parité promise est assurée, ce qui n’a pas dû être simple quand on connait la composition quasi exclusivement masculine de l’entourage présidentiel et qui explique aussi quelques rares erreurs de casting, la « diversité » du recrutement ministériel, elle est plus discutable. [1] Pour le reste les équilibres politiques et régionaux sont ceux de toute équipe gouvernementale. La composition en est toujours un casse-tête pour ceux qui la forme. Mais on a souri encore quand on a entendu les mêmes hérauts médiatiques [2] longuement supputer sur les origines des deux heures ( !) de retard prise par l’annonce de la formation du gouvernement.

« Au travail », disent-ils tous et, il est vrai, les urgences ne manquent pas tant sur le plan social, économique qu’européen. Il sera difficile d’avoir un premier jugement sur la véritable possibilité et la réelle volonté de changement de la nouvelle majorité présidentielle avant les élections législatives qu’il lui faut encore gagner. Mais déjà, sur le plan intérieur, on attend les premières mesures annoncées. Et, surtout, au niveau international, la capacité de François Hollande à influer sur une réorientation de la politique européenne, et, à tous le moins, sa détermination à maintenir le cap qu’il a fixé en la matière compteront parmi les principaux signes de la réalité du changement promis.

[1] Car comme le fait remarquer le Monde « …gare aux apparences : Christine Taubira (justice) est noire, native de Guyane, un département français. En quoi, représente-t-elle plus de diversité que Manuel Vals (intérieur), qui est blanc mais natif de Barcelone (Espagne) et naturalisé à l’âge de 20 ans ?

[2] Sur l’attitude et le rôle de certains journalistes dans la campagne présidentielle, ne pas manquer l’enquête du Monde du 18 mai : "Billets d’humeur"

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