Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


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16.07.2013

L’abandon des chômeurs bruxellois

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Fin juin 2013, le gouvernement régional bruxellois adoptait en première lecture un accord de coopération le liant au pouvoir fédéral. Il permet la mise en œuvre des mesures de régression sociale décidées par le gouvernement Di Rupo : réforme du stage d’attente et renforcement de la chasse aux chômeurs.

Rétroacte

L’été 2004, l’activation des chômeurs s’installait dans le paysage belge. La conditionnalisation et la contractualisation du chômage confirmait la victoire des tenants de l’Etat social actif. Le chômage n’était plus un droit soumis à la seule obligation de l’acceptation d’un emploi convenable. Pour permettre sa mise en œuvre, l’Onem devait compter sur la collaboration des régions et, à Bruxelles, d’Actiris. S’en est suivi un accord de coopération qui prévoyait l’échange de données sur les chômeurs accompagnés à Bruxelles et qui est une des causes majeures des sanctions et exclusions des chômeurs. Par effet de contagion, par le biais de la mise en œuvre du Contrat de Projet Professionnel et d’un réseau informatique (RPE) reliant tous les partenaires d’Actiris, c’est tout le secteur de l’insertion socioprofessionnelle qui fut happé par l’activation et l’accompagnement broyé par le contrôle. A l’époque, les socialistes disaient vouloir défendre le système fédéral de sécurité sociale, et les écologistes dénonçaient l’attaque contre les chômeurs...

L’austérité comme alibi

Avec la crise financière, puis budgétaire, les chômeurs furent une cible facile. Dégressivité des allocations de chômage, renforcement de la chasse aux chômeurs par le biais d’une extension des heureux bénéficiaires du contrôle, d’une accélération des contrôles. S’ajoute à cela le contexte de la régionalisation et vous aboutissez à la suppression des contrats Onem (sans supprimer leurs contrôles et sanctions) au profit des contrats régionaux (plan d’action d’Actiris) qui seront également sous peu chargés des entretiens de contrôles. Le kafka de l’activation s’intensifie… Et personne n’a donc sauvé la sécurité sociale !

La pire des régressions concerne probablement la réforme du stage d’attente qui donnait le droit au chômage sur base des études. Devenu stage d’insertion, il permettra l’exclusion du chômage pour tous ceux qui ne pourront justifier d’un droit au chômage sur base du travail, soit 12 mois sur 18. Hécatombe en vue ! Pour Bruxelles, près de 10.000 personnes sont sous la pression de devoir accepter n’importe quel boulot sous peine d’exclusion d’ici 2015. Vous lisez bien, il ne s’agit plus de faire la preuve de la recherche active de travail, mais bien d‘en trouver !

Qui pour défendre les chômeurs ?

Plus personne pour défendre les chômeurs. Ces mesures sont toutes passées à l’unanimité dans les comités de gestion paritaires (Onem, etc.), avec l’assentiment des organisations syndicales ! Côté politique, si les écologistes ont contesté ces mesures depuis l’opposition au fédéral, ils ont validé en région bruxelloise leurs mises en œuvre en acceptant l’accord de coopération (alors même que c’est contraire à leur programme et non inscrit dans l’accord de gouvernement). Non, il n’y a décidément plus personne pour défendre les chômeurs, sinon eux-mêmes. Heureusement, ils s’organisent !

En région bruxelloise, un réseau de collectif de chômeurs se constitue. Fort de l’appui des TSE de la CSC, de collectifs de chômeurs de la FGTB, d’opérateurs d’insertion et de la Febisp, ou encore du Collectif CHOC de la Mission Locale de Saint-Gilles. Le CHOC passe d’ailleurs à l’action dès ce mercredi 17 juillet avec une mise en solde de chômeurs à bas prix, Rue neuve, à partir de 14h15.

Qu’on se le dise, l’avenir des chômeurs ne dépendra plus que d’eux-mêmes. Espérons qu’ils sauront se rappeler qu’ils sont aussi électeurs et affiliés ! Car sans pression, nous constaterons encore de nombreuses trahisons tant du côté des organisations syndicales, que des partis dits « de gauche »…

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