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9.02.2012

L’hégémonie et la politique

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J’évoquais la semaine dernière le concept d’hégémonie culturelle et idéologique à propos de la représentation de la grève générale du 30 janvier dernier dans les médias. Ce concept d’hégémonie mérite que l’on s’y arrête un instant car il est sans doute essentiel dans les affrontements politiques en cours et à venir. On le constate à la veille du contrôle budgétaire qui doit trancher entre de nouveaux efforts en matière de dépenses ou de rentrée. Choix fondamental qui entrainera la politique gouvernementale vers encore plus d’austérité ou vers une correction en faveur d’un peu plus d’égalité dans les sacrifices exigés. Choix déterminant qui marquera le réel rapport de force au sein de la coalition.

On vit une époque charnière : depuis 2008 la succession des crises provoquées par le capitalisme financier entraine un recul social sans précédent et les citoyens qui en sont victimes peuvent identifier les responsabilités. Et pourtant, jusqu’ici, le plus souvent, la précarité et la peur de l’avenir empêchent l’adhésion à une modification profonde d’une société pourtant vécue par la majorité comme injuste pour ne pas dire invivable. Ce paradoxe s’explique précisément par l’hégémonie culturelle et idéologique que la droite libérale continue d’exercer depuis plusieurs décennies en dépit de ses échecs économiques et sociaux. L’hégémonie, disait le théoricien marxiste Antonio Gramsci qui en fut le concepteur, l’hégémonie se définit comme l’ensemble des fonctions de domination, d’éducation et de direction qu’exerce une classe sociale dominante pendant une période historique donnée, sur une autre classe sociale – et même sur l’ensemble de la société- par l’intermédiaire de la société civile.

Antonio Gramsci (1891-1937)

Ce concept élaboré au début du XXe siècle garde toute sa pertinence. Aujourd’hui il se manifeste par une série d’affirmations qui sont autant de choix idéologiques et politiques travestis en lieux communs présentés comme indépassables. Des exemples ? La thèse selon laquelle il n’y a pas d’alternative aux politiques d’austérité, la régression sociale déguisée en « réforme » et conjointement la défense des droits sociaux durement arrachés qualifiée de « conformisme » ou encore la mise sur le même pied de la fraude sociale et de la fraude fiscale alors que le prix de cette dernière est sans comparaison pour la société. Voilà comment se traduit aujourd’hui cette hégémonie culturelle et idéologique de la droite libérale qui, sûre de sa domination, pousse la provocation jusqu’à proposer une nouvelle amnistie fiscale pour les fraudeurs au moment où précisément on risque d’imposer des sacrifices supplémentaires aux plus démunis.

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