10.12.2010

L’urgence de l’islam

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Le Monde des religions publie dans son édition de novembre-décembre un article intéressant consacré aux mosquées en France. On peut y lire que « Par rapport à ses voisins européens, la France compte relativement peu de mosquées » bien que le nombre de pratiquants soit en croissance. En cause ? La difficulté pour la société française d’accepter la visibilité de l’islam et son implantation définitive dans le paysage français. Mais aussi l’impossibilité pour les pouvoirs publics d’apporter un soutien financier à la construction et à l’entretien des mosquées, loi de séparation de 1905 oblige (alors que la majorité des églises sont des constructions antérieures à 1905, qui appartiennent aux pouvoirs publics et sont entretenues à leurs frais). Les frais des lieux du culte musulman sont donc entièrement à charge des fidèles ou des bailleurs de fonds étrangers, Algérie, Maroc ou Arabie Saoudite.

Emblématique de cette situation est le dossier de la construction de la grande mosquée de Marseille, dont le projet remonterait à… 1846. Si la première pierre de cet édifice colossal qui devrait pouvoir accueillir 7000 fidèles et s’orner d’un minaret de 25 mètres a été posée en grande pompe le 20 mai dernier, la deuxième pierre se fait attendre : le chantier n’a pas démarré, par manque de fonds. Selon le Monde..., après un premier versement de 170 000 euros, l’Algérie, principal bailleur de fonds, a gelé sa contribution. La collecte auprès des fidèles ne parviendra pas à réunir les 22 millions d’euros que nécessiterait le projet. Ce n’est donc pas demain que les Marseillais musulmans, qui formeraient un quart de la population de la cité phocéenne, auront un édifice du culte comparable à la cathédrale Sainte-Marie-Majeure... Cette situation réjouit le Front national, qui réalise un de ses meilleurs scores dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et qui avait déposé plusieurs recours devant les tribunaux pour bloquer la construction de la mosquée.

La question de l’islam en France montre bien combien le principe de laïcité tel qu’il est traduit dans la loi de 1905 (« L’Etat ne reconnaît ni ne subsidie aucun culte ») a des effets pervers qui conduise à la discrimination envers les fidèles de la deuxième religion de la République, l’islam.

En ce sens, le système belge de reconnaissance des cultes (et organisations philosophiques non confessionnelles), qui a a admis l’islam au bénéfice du financement public dès 1974, est bien plus égalitaire, du moins en théorie. Car en effet, l’organisation du financement du culte musulman s’étant révélée lente et difficile, nous avons aujourd’hui une situation où l’islam ne reçoit que de 2 à 3 % du financement globalement affecté aux organisations convictionnelles... Les raisons de cette situation sont multiples, et trop complexes pour être exposées ici, mais pas toutes convaincantes. Or, il est absolument impératif de mettre fin à cette discrimination envers les citoyens musulmans de notre pays et de mobiliser toutes les énergies des acteurs de ces dossiers dans ce but. Il en va également de la crédibilité de notre système de financement public des organisations convictionnelles, dont la légitimité ne peut s’enraciner que dans l’égalité de tous les citoyens/fidèles.

A propos du système belge de financement des cultes, et de sa compatibilité avec la laïcité, je me permets de signaler aux lecteurs la parution de mon petit livre « Le prix de nos valeurs. Financer les cultes et la laïcité » aux Editions Espace de Libertés.

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  • L’urgence de l’islam Posté par daniel, le 14 janvier 2012
    Bonjour ! Existe-t-il des coordinations qui réunissent des chrétiens, des musulmans, des juifs, des bouddhistes, etc ... progressistes !?
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  • La fin programmée du financement public des cultes Posté par Bernard De Backer, le 15 décembre 2010
    Pour ma part, je suis partisan d’une diminution progressive du financement public des cultes, avec une visée de disparition définitive. En ce qui concerne les bâtiments (...)
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    • La fin programmée du financement public des cultes Posté par Caroline Sägesser, le 3 janvier 2011

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