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17.03.2014

La cour de Babel et les repas chauds

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Vous avez vu, lu, entendu ? C’est formidable ! Presque tous les partis s’engagent à « refonder » l’enseignement. Ils se disent décidés à suivre les recommandations des associations de la société civile [1].

Mieux. Certains, comme Paul Magnette, vont bien plus loin : il promet des repas chauds gratuits pour tous les enfants du fondamental. Et toute la presse en fait de gros titres ! Il a trouvé le remède aux échecs et aux inégalités. Nous n’y avions pas pensé. Merci, professeur. Et ce n’est pas tout. Par exemple, le tronc commun jusqu’à 14-15-16 ans, ils sont aussi (presque) tous d’accord.

On oserait à peine leur demander pourquoi, pendant les 5 années de la législature qui se termine, ils n’ont pipé mot de ces dossiers. Prenez le tronc commun, réclamé à corps et à cris par tous ceux qui s’alarment des résultats des enquêtes Pisa et autres études qui pointent les profondes inégalités de notre système. Ce tronc commun serait de surcroit LA solution à tous les dysfonctionnements engendrés par les fameux décrets « inscriptions »… Puisqu’il n’y aurait plus lieu d’inscrire dans une école secondaire à 12 ans. La continuité tant vantée dans d’autres décrets serait enfin effective et il y aurait une longue école du fondement où cohabiteraient instituteurs et régents. On peut rêver … en période pré-électorale.

Moins racoleur que les repas chauds et moins compliqué que le tronc commun, le dossier des classes maternelles. Tout à fait fondamental puisque c’est là que les enfants et les familles pauvres devraient accrocher au système scolaire. Même si on en parlera toujours trop peu, on doit se réjouir du large écho réservé par les médias (une fois n’est pas coutume) aux conclusions du solide travail réalisé par la Fondation Roi Baudouin et Changements pour l’égalité : « Ecoles maternelles et familles en situation de précarité » [2]. D’autres associations (Unicef, Moc, par ex.) insistent aussi, depuis des années, sur ce moment décisif. Quand les politiques comprendront-ils que c’est là qu’il faut mettre le paquet ? En octroyant aux enfants et aux équipes pédagogiques des conditions de travail et d’apprentissage décentes et épanouissantes.

Plus porteur d’espoir et de perspectives : le beau documentaire de Julie Bertucelli qui vient de sortir sur nos écrans, « La cour de Babel » [3]. On suit pendant une année entière une classe d’accueil d’adolescent-e-s venu-e-s d’ailleurs. Un film en rupture avec les images stéréotypées qui font croire que, avec des ados basanés, on ne peut avoir que des ennuis, de la violence, du grabuge, des profs désespérés, … Il se passe des choses formidables dans ces classes « passerelle » ! Quand on donne la priorité à leur encadrement. Quand on crée des conditions de travail motivantes ET privilégiées pour les jeunes ET pour les enseignants. Quand on veut promouvoir des écoles « d’excellence » en milieux populaires.

La parole pour conclure à des gens de cinéma. La réalisatrice : « Les adolescents ont chacun des talents et celui de l’enseignante, c’est d’arriver à les mettre tous en valeur, de porter le regard sur ce qui est bien chez chacun ». Quant au critique de cinéma, Fernand Denis, il écrit : « Qui parviendra à convaincre Maggie De Blok et Elio Di Rupo d’aller voir cette ‘Cour de Babel’ qui dynamite tous les discours, légaliste, égoïste ou bien pensant ? » [4].

[1] Appel au débat en vue d’une refondation de l’école

[2] Suivi à CGé de « Apprendre en maternelles : dépasser la bienveillance »

[3] Vous pouvez retrouver une critique de ce film ici

[4] La Libre Culture, 12 mars 2014, critique et interview

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