13.12.2014

La grand-messe des funérailles

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Comme personne ne peut encore l’ignorer, la messe de funérailles de la Reine Fabiola a été célébrée ce vendredi 12 décembre en la cathédrale des Saints Michel et Gudule de Bruxelles. La cérémonie était retransmise par plusieurs chaînes de télévision, en direct. Je n’y ai jeté qu’un bref coup d’œil, afin de m’assurer, au moment de sortir pour gagner le centre-ville, que la cérémonie battait encore son plein, et que les trams roulaient donc normalement -mal m’en a pris, puisque j’ai découvert à mes dépens que les lignes étaient coupées toute la matinée, de façon incompréhensible surtout au regard de l’absence de mobilisation populaire…

Mais ce bref coup d’œil a naturellement suffi pour prendre la mesure du caractère exclusivement catholique de cette cérémonie, en dépit de l’invitation qui avait été faite aux chefs des autres cultes, présents dans le chœur derrière les évêques catholiques, et qui seront, je le suppose, demeurés parfaitement passifs durant cette cérémonie – d’autant plus que certains parmi eux ne sont absolument pas ministres du culte. J’ai trouvé leur présence incongrue, et inutile : convier des représentants d’autres cultes, réduits à un rôle décoratif, ne suffit absolument pas à assurer le pluralisme de cette cérémonie. À ce stade, j’ignore si le président du CAL n’avait pas été convié ou s’il avait décliné l’invitation : la présence de l’ex-grand maître du Grand Orient de Belgique à cette position n’aurait pas manqué de saveur…

Une telle cérémonie interpelle notre principe de séparation de l’Église et de l’État, au moment où on souhaite précisément réaffirmer la neutralité de cet État, notamment en interdisant le port de signes convictionnels à ses fonctionnaires. Il n’est tout simplement pas possible d’imposer à des citoyens de renoncer à toute forme de signe religieux lorsqu’ils sont fonctionnaires ou lorsqu’ils fréquentent l’école publique, par exemple, et d’organiser une cérémonie religieuse officielle pour les funérailles de la veuve du chef de l’État.

Bien évidemment, il n’est pas question de priver quiconque, en ce compris le chef de l’État ou sa veuve, de la cérémonie de funérailles correspondant à son choix ou à ses convictions : simplement, celle-ci doit revêtir un caractère entièrement privé. Y participeront les personnalités qui le souhaitent, toujours à titre privé. Si des personnalités importantes, chefs d’État ou têtes couronnées sont conviées, l’État fournira naturellement le service d’ordre nécessaire au bon déroulement de la cérémonie. Mais là doit s’arrêter son rôle, qui ne comprend pas non plus la diffusion de la messe de funérailles à la télévision publique. En revanche, il lui appartient d’organiser une cérémonie officielle d’hommage, sans références religieuses, et ouverte à la diversité du pays : à cet égard, un bref discours du vice-premier ministre à la Chambre, suivi d’une minute de silence, est très insuffisant.

"Fabiola est maintenant à la maison, auprès de Dieu et de son conjoint", a déclaré, paraît-il, le Cardinal Danneels lors de son discours. Pour nous tous, la veuve du Roi Baudouin est maintenant dans l’histoire ; elle y occupera une place marquée notamment par la vive foi religieuse partagée avec son époux. Plusieurs observateurs l’ont relevé, dont l’historienne Anne Morelli, s’interrogeant sur l’influence de ces convictions privées sur leurs vies publiques. De toute évidence, cette influence était manifeste lors du dernier acte de la vie publique, les funérailles…

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  • La grand-messe des funérailles Posté par Homo Spyensis, le 14 décembre 2014
    Mais non, mais non ! diront en chœur les enfants, non moins de chœur, Delperrée, Dujardin et même Didisheim. "Fabiola ne parlait jamais au roi une fois les lumières (...)
    Lire la suite

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