21.08.2016

La logorrhée du burkini

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Non, je n’interviendrai pas dans le grand débat estival d’où dépend le sort de la civilisation occidentale : le burkini – pourquoi, comment, combien de centimètres et Dieu dans tout ça. En revanche, autre chose m’intrigue : pourquoi ce non-événement (parce que, tout de même, quand on y pense…) enflamme en ce moment le grand Café du Commerce – où plutôt le grand Café de le Plage – qui s’étale dans tous les médias francophones, au point que le dernier des chroniqueurs se sente obligé de nous soumettre sa propre analyse tellement indispensable et que chaque petit notable de station balnéaire s’imagine que son heure de gloire est arrivée.

Voici mes hypothèses.

1. C’est l’été, on s’emmerde. Alors, on cherche un « marronnier », ces sujets ressassés mais toujours présents pour boucher les trous quand on n’a rien à dire de très original : les francs-maçons, les transsexuels, la chirurgie esthétique, les vacances des stars… Premier absolu au hit parade depuis quelques années : le « foulard islamique » et ses inépuisables variantes textiles. Exit la « burqa » : coco, y a un nouveau truc qui vient de sortir.

2. C’est pas moi c’est l’autre. Quand une société rencontre des difficultés, au lieu de procéder à une saine introspection, de « balayer devant sa porte », quoi de plus confortable que de se défausser sur un tiers de toutes ses difficultés. « Haro sur le baudet », écrivait La Fontaine dans une fable prémonitoire [1]. C’est la vieille technique du bouc émissaire qui répond toujours présent quand on l’appelle. On aura compris que, par définition, ce tiers ne fait pas partie de « nous ». Message envoyé. Et reçu ?

3. Au moins c’est facile à comprendre. Pourquoi le chômage ne diminue pas ? Peut-on se passer du nucléaire et des énergies fossiles ? Comment imposer le capital sans le faire fuir ? Voilà des questions autrement primordiales. Mais, pas de bol, c’est compliqué. Au Café de la Plage, tout le monde n’a pas forcément une opinion assurée sur ces sujets. Mais tout le monde en a bien une sur les textiles des musulmanes. D’ailleurs, tout le monde a lu le coran en langue originale, ou c’est comme si.

4. Ça concerne l’accoutrement des femmes. Et, n’est-ce pas messieurs, qu’elles se cachent ou qu’elles se montrent, ça nous émoustille quelque part, surtout si elles sont jeunes et mignonnes, comme celle-ci. Oui, je sais bien que c’est plus sophistiqué que ça. De grands anthropologues sont à notre disposition pour transposer à la modernité ce qu’ils ont découvert auprès des peuples primitifs (l’échange des femmes et tout ça). Je ne suis pas dupe. Ce qu’on ne supporte pas, c’est que, en se couvrant au-delà du convenable, les femmes musulmanes se soustrairaient à notre envie tellement impérieuse de les épouser, tandis que les hommes musulmans ne se priveraient pas de draguer les nôtres. Hypothèse farfelue ? Alors pourquoi ne se focalise-t-on pas au moins autant sur la barbe, un attribut autrement plus menaçant mais qui ne fait l’objet d’aucune frénésie règlementaire ?

Allez, je craque. Ce que j’en pense du burkini ? J’ai bien réfléchi : rien. Pas plus que du simple foulard dit islamique. Ça n’a pas toujours été le cas. Quand les premières affaires de foulard ont commencé, j’avais une formule « libérale » dont je n’étais pas mécontent : il faut laisser les adolescentes rentrer à l’école avec leur foulard avec l’espoir qu’elles l’enlèvent à la sortie. Aujourd’hui, je suis gêné d’avoir pensé ça. Le paternalisme, c’est presque aussi violent que la contrainte directe. Ça fait moins mal, mais c’est plus gluant. Dorénavant, j’essaie de l’éviter.

Illustration : boutique Mayssa.

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