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12.10.2012

La réforme des cours de religion et de morale

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La commission de l’Éducation du Parlement de la Communauté française s’apprête à entamer une série d’auditions sur le projet d’introduction d’un tronc commun aux cours de religion et de morale dès l’école primaire, présenté par la ministre Marie-Dominique Simonet (CdH).

Pour rappel, ce tronc commun, qui correspondrait à une partie seulement du programme, serait articulé autour de trois thématiques : le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à une citoyenneté active. Le contenu en serait déterminé par un groupe de travail composé des différents représentants des communautés convictionnelles (à l’instar du Conseil supérieur des cours philosophiques, qui fonctionne depuis 2005), et il s’appliquerait tant en primaire qu’en secondaire, et dans tous les réseaux. La réforme du contenu des cours devrait s’accompagner d’une réforme de la formation des enseignants, qui seraient à l’avenir obligatoirement porteurs d’un titre pédagogique, et d’une réforme de l’inspection. En effet, aujourd’hui, la nomination tant des enseignants que des inspecteurs, leur formation et le contenu des programmes sont largement sous le contrôle des seules autorités religieuses.

Cette proposition a le mérite d’exister ; elle pourrait débloquer une situation figée depuis le Pacte scolaire et pour laquelle, en dépit de maintes propositions depuis 20 ans, aucune évolution n’a pu être mise en œuvre jusqu’ici. Elle a en outre l’avantage de ne pas réclamer de modification de la législation, et de pouvoir s’effectuer à coûts budgétaires constants et sans pertes d’emplois.

Cependant, elle présente des limites évidentes, qui sont celles de la bonne volonté des acteurs concernés à la mettre en place. Au niveau de l’initiation aux différentes confessions religieuses et aux divers courants de la philosophie, il est légitime de s’interroger sur la capacité des divers enseignants à faire preuve d’objectivité : comment un professeur de religion catholique présentera-t-il le développement de la libre pensée ou du protestantisme ? Comment un professeur de religion islamique parlera-t-il du judaïsme, et vice-versa ? Comment le professeur de morale évoquera-t-il les différentes religions ?

Par ailleurs, elle n’apporte aucune solution aux problèmes bien connus que pose l’organisation actuelle des cours de religion et de morale, qu’ils soient de principe (séparation des élèves selon les convictions religieuses ou philosophiques [1], ou pratique (casse-tête de la confection des horaires, coût financier [2]…

Le Cedep [3] ne s’y est pas trompé, en se prononçant dans un communiqué du 26 avril contre le projet Simonet et en faveur de « la suppression du caractère obligatoire des cours dits "philosophiques", et d’un renforcement de la formation citoyenne, destinée à tous les élèves, qui se fonde sur une approche philosophique et sur une connaissance historique des religions et des mouvements de pensée non confessionnels permettant aux élèves d’exercer librement leur esprit critique ».

Il se rapproche ainsi de la proposition défendue en Flandre par l’asbl LEF (Levensbeschouwingen, ethiek, filosofie) depuis 2011, et qui a reçu le soutien d’un nombre importants d’intellectuels issus tant du monde catholique que du monde laïque, et d’acteurs du secteur de l’enseignement [4].

Il faut espérer que les députés wallons et bruxellois seront conscients de l’enjeu que représente l’inclusion du dialogue interconvictionnel et de l’éducation à une citoyenneté active dans les thèmes abordés par l’enseignement aujourd’hui, mais aussi de la nécessité d’organiser cet apprentissage pour tous les enfants, de la même façon et au même moment, afin de leur permettre de réfléchir ensemble à leurs valeurs, et au projet de société qu’ils devront construire ensemble.

[1] L’école est en effet aujourd’hui le seul endroit où l’on s’identifie en fonction de ses convictions religieuses ou philosophiques, dans les autres circonstances, la loi interdit ce qu’elle rend ici obligatoire !

[2] La Belgique est le seul pays où un cours est organisé dès le moment où un seul élève le réclame. Dans les autres systèmes pluriconfessionnels, un nombre minimum d’élèves (souvent 5) est logiquement imposé.

[3] Centre d’étude et de défense de l’école publique

[4] De Morgen, 30 novembre 2011.

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