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2.05.2014

Le MR jamais avec la N-VA ?

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Spéculer sur ce qui se passera après les scrutins du 25 mai n’a rien d’un exercice inutile. Au même titre que les sondages, et avec les mêmes réserves, cela permet d’anticiper sur une diversité de possibles et, en fonction, d’éventuellement ajuster sa stratégie de campagne… et ses réflexions d’électeur. Ainsi, la progression annoncée du PTB-GO a manifestement gauchi la campagne du PS et modifié l’idée qu’on peut se faire d’un vote utile à gauche. Et la diabolisation, assez confortable du côté francophone, de la N-VA, a abouti à la déclaration fracassante de Didier Reynders au nom du MR que jamais celui-ci ne s’allierait avec le parti de Bart De Wever. C’est ce point que je voudrais discuter ici [1].

Évidemment, cette discussion est conditionnée par une inconnue : la N-VA sera-t-elle oui ou non incontournable au niveau fédéral ? C’est une question politique plutôt que mathématique. Après le 25 mai, il sera peut-être toujours possible, comme aujourd’hui, de trouver une majorité parlementaire sans elle. Mais politiquement ? Le gouvernement Di Rupo est minoritaire du côté flamand, et cette minorisation a dopé la popularité de la N-VA en croisade contre le « modèle PS ». Si la N-VA remporte les élections, un gouvernement sans la N-VA sera encore beaucoup moins légitime que l’actuel devant l’opinion, même s’il est arithmétiquement possible. Seule une bonne tenue des partis traditionnels flamands, et donc un échec relatif de la N-VA contredisant la courbe des sondages, donnerait une chance à la reconduction de la formule actuelle. Bien sûr, cela n’a rien d’impossible. Mais je me place ici dans l’autre hypothèse : celle où la N-VA affirme son leadership électoral en Flandre. Elle aurait alors la main, au fédéral comme dans sa région.

Dans cette hypothèse, les partis flamands de l’actuelle coalition fédérale auront donc été désavoués par les électeurs. Seront-ils disposés à recommencer l’expérience comme si de rien n’était ? La pression de l’opinion publique flamande, qui aura été ignorée, ne leur laissera alors aucun répit. Leur unité n’y résistera pas. D’autant plus qu’un ou deux de ces partis se retrouveront avec la N-VA dans le gouvernement flamand, et qu’entre celui-ci et le gouvernement fédéral, ce sera la guerre ouverte. Mais évidemment, si la N-VA ne veut pas, les autres partis devront bien s’y coller. Du point de vue du bon fonctionnement des institutions, un tel gouvernement de battus serait une catastrophe et ouvrirait la porte à un chaos institutionnel. La démonstration serait alors faite que la Belgique, ça ne peut plus fonctionner. CQFD.

Ultranationaliste ? Non : ultralibérale

Il faudra beaucoup de dénégations pour effacer l’évidence de ces convergences bleues

La N-VA veut-elle ce chaos ? Ne nous trompons pas : la N-VA n’est pas un parti populiste comme il en existe un peu partout en Europe. Ces partis sont généralement anti-européens, tandis que la N-VA est européenne au carré. Logique : même si elle flatte l’égoïsme identitaire du « Flamand de base », ses véritables commanditaires se retrouvent dans les grandes organisations patronales flamandes, le Voka et l’Unizo. Celles-ci sont uniquement intéressées par le programme ultralibéral de la N-VA pour doper leur compétitivité dans une économie ouverte et elles comptent sur ce parti pour démanteler l’État social… fédéral, qu’il faut donc investir. C’est à partir du fédéral qu’on peut diminuer les « charges » sur le travail, alléger la fiscalité des entreprises, privatiser un cran plus loin les grands services publics ou toucher à l’indexation des salaires. Et ça doit pouvoir se faire en agissant en bon ordre, en plaçant ses hommes aux endroits stratégiques, car le chaos, ce n’est pas bon pour les affaires. C’est pourquoi je pense que le plan A de BDW, c’est de former un gouvernement fédéral sans le PS. D’ailleurs, comme disait encore Didier Reynders il n’y a pas si longtemps, un gouvernement fédéral sans le PS, ça vaut une réforme de l’État. Ce scénario fut ouvertement préconisé pendant l’été 2013 par Siegfried Bracke, de la N-VA, et Jean-Luc Crucke, du MR, avant de passer au second plan à cause des nécessités du racolage électoral.

Si la N-VA se montre disposée à remettre à plus tard ses velléités confédéralistes radicales (en reculant pour mieux sauter), le MR pourra crier victoire et son exclusive n’aurait plus de raison d’être, tant les programmes socio-économiques des deux formations sont proches. Évidemment, à son étiage actuel, le MR a lui tout seul n’assure pas une représentation suffisante du côté francophone. C’est l’autre inconnue : le corps électoral wallon et bruxellois penchera-t-il à gauche ou à droite (et, pour ma part, je ferai des additions) ? Mais, au moment de voter, les électeurs ne devront pas être dupes : l’engagement du MR répondra bien à l’adage popularisé naguère par Charles Pasqua : « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ».

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[1] Notamment avec Marcel Sel qui explique régulièrement sur son blog que la N-VA n’ira pas au fédéral et n’est pas intéressée à y aller.

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  • Le MR jamais avec la N-VA ? Posté par Kalisz, le 3 mai 2014
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