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7.08.2011

Le "Makhzen" et la double nationalité

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Sur le site du quotidien marocain L’économiste, on annonce la naissance d’un nouveau parti, la Coalition pour la patrie. Sa caractéristique : il sera réservé au « MRE », c’est-à-dire aux Marocains résidant à l’étranger. Ceux-ci sont au nombre de 4 ou 5 millions. La nouvelle constitution marocaine qui vient d’être approuvée avec un score stalinien de 98% leur garantit le droit d’être électeurs et éligibles au nouveau parlement qui devrait sortir des urnes en automne. Programme de ce parti : il ne sera dévoilé que dans quatre mois. Mais on sait déjà qu’il se situe au centre et qu’il n’exclura personne, ni les islamistes modérés ni les juifs marocains. Voilà qui est original…

Depuis des décennies, le régime marocain (le « Makhzen ») a recours à une technique redoutable pour verrouiller le jeu politique. Il y a des partis qui correspondent à chaque nuance de la panoplie politique, mais ils sont tous « du Makhzen ». Il y a depuis longtemps un parti nationaliste du Makhzen (l’Istiqlal), un parti socialiste du Makhzen (l’USFP, qui n’est plus que l’ombre du parti de Mehdi Ben Barka et d’Abderrahim Bouabid), un parti communiste du Makhzen (le PPS, curiosité locale qui vénérait simultanément Lénine et Hassan II). Il y a aujourd’hui un parti écologiste du Makhzen (le PEDD) et un parti islamiste du Makhzen (le PJD). Tous ont en commun d’applaudir comme Pavlov la moindre initiative royale et d’avoir ignoré le « Mouvement du 20 février » qui était l’écho marocain du Printemps arabe. Ça ne fera pas un pli : le nouveau venu sera le parti des MRE « du Makhzen ».

Face à ces MRE, le « makhzen » a toujours eu une attitude ambivalente. D’un côté, il les choie. L’économie marocaine, minée par la corruption qui freine son développement, a impérativement besoin des transferts de fond de ces résidents pour équilibrer sa balance commerciale. Ceux-ci rapportent, en gros, autant que le tourisme. D’un autre côté, il s’en méfie. Les MRE se sont acclimatés à la démocratie européenne et risquent de se comporter en trublions si on leur permet de mettre leur nez dans les affaires du pays.

Mais le plus grand danger pour le système, c’est que ces MRE se désintéressent du Maroc. Or c’est exactement ce qui se passe avec la troisième génération. Elle est née ici de parents nés ici qui ont massivement acquis la nationalité belge. Si elle est toujours en majorité musulmane, elle ne pratique plus la langue arabe (et d’autant moins s’il s’agit de Berbères). Pour elle, le Maroc est chaque jour un peu plus un pays étranger. On comprend toutes les manœuvres orchestrées à partir des consulats pour que les « MRE » restent concernés par un pays qui reste sur le papier leur seconde patrie. Et on comprend aussi pourquoi la nationalité marocaine est inaliénable. Un Marocain, qu’il le veuille ou non, restera marocain et ses enfants comme lui. Ce qui permet à l’État marocain de continuer à se mêler de ses affaires et d’en faire un sujet de Sa Majesté dès qu’il mettra le pied au Maroc.

Voilà qui repose la question de la double nationalité, dans ce cas-ci et en général. À l’occasion d’un débat français autour du football, celle-ci a été mise en cause par le droite et, du coup, défendue par la gauche au nom du droit aux identités multiples. Mauvaise idée, à mon avis. Dans les démocraties multiculturelles contemporaines, le communautarisme majoritaire qui se cache derrière l’équation « ein Reich-ein Volk » est définitivement dépassé par les faits. Alors que la mobilité transnationale est désormais promue comme un idéal de vie, faut-il encore forcément disposer d’autant de cartes d’identité que de pays auquel on se sent affectivement lié et les multiplier au fil de ses déménagements ?

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