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20.12.2012

Le PTB et le salaire des chefs

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Cet OPMI intrigue. Le Parti du Travail de Belgique est bien un Objet Politique Mal Identifié que le grand public découvre depuis que ce petit parti, dont la généalogie directe remonte pourtant à plus de 40 ans, a réalisé sa percée électorale le 14 octobre. Il n’est pas anormal qu’un tel parti intrigue, surtout quand la presse révèle à ce même grand public ses prises de position passées et ses références toujours actuelles [1].

Un point semble choquer particulièrement. Les cadres du PTB doivent se contenter pour vivre d’un salaire mensuel d’environ 1500 euros. S’ils gagnent plus, tout va à la caisse du parti. S’il font un héritage, idem. Cette aliénation financière n’est-elle pas une des caractéristiques classiques des sectes qui se financent en siphonnant sans scrupules les revenus de leurs adeptes ?

Je ne discuterai pas ici des formes et des niveaux de ces rétrocessions qu’Ecolo pratique aussi, quoique de manière nettement moins radicale. En revanche, je voudrais m’attacher au lien qui relie les revenus des personnalités politiques avec les idées qu’elles défendent, en suivant cette sentence de Marx et Engels (L’idéologie allemande) : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence mais leur existence sociale qui détermine leur conscience ». Autrement dit : ce que vous croyez juste est le plus souvent, comme par hasard, ce qui est le plus conforme à vos propres intérêts.

Cette approche permet notamment de comprendre pourquoi tellement d’hommes ou de femmes politiques ont commencé leur carrière très à gauche et l’ont achevée beaucoup plus à droite. Illustration [2].

•••

Il y a quatre degrés dans l’échelle de Richter de la dégradation des mœurs des personnes qui ont décidé de faire de la politique leur profession [3]. Au degré 1, elles n’en retirent aucun avantage matériel. Leur privilège incroyable, c’est d’être rémunéré pour faire ce que, jusqu’à un certain point, elles auraient fait bénévolement : militer pour leurs idées. Leur profession leur permettra d’aller un cran plus loin : elles seront en position d’influencer la marche de la société en fonction de leur conception de la justice et du bien public. N’est-ce pas là un véritable bonheur, en comparaison avec ceux-celles qui vendent leur force de travail contre un salaire afin de produire des biens ou des services dont ils-elles n’ont que faire, ce qui est tout de même le lot de la majorité de la population ? Ce privilège devrait constituer une motivation suffisante au désir de devenir un professionnel de la politique et, suite logique, de briguer un mandat public.

Au degré 2, on commence à prendre goût à certains privilèges annexes. Les rémunérations sont généralement assez attractives, surtout pour ceux-celles qui n’avaient pas une activité professionnelle très rémunératrice. S’y ajoutent des à-côtés intéressants : une pension de retraite cumulable, des indemnités de fonctionnement confortables, des voyages d’études toujours bons à prendre, des invitations aux premières des spectacles, des congés parlementaires qui valent ceux des enseignants. Et, par-dessus tout, cette sensation grisante d’avoir du pouvoir sur les êtres et les choses, d’être important, de dominer, de séduire… Au point que le maintien de ces positions enviables vient brouiller le mobile de l’engagement de départ. Quand il s’agira de faire un choix, l’homme ou la femme politique du degré 2 aura tendance – c’est humain, n’est-ce pas ? – à privilégier l’option qui mettra le moins en péril ses propres positions. En particulier, il-elle s’accrochera à ses mandats.

Au degré 3, au diable l’idéologie et les convictions. Elles se sont usées au contact de la réalité du pouvoir avec son lot d’impuissances et de découragements. Le maintien de ses privilèges est devenu, en pleine conscience, le principal mobile de l’action. Ça n’empêchera personne de tenir des discours enflammés devant les électeurs ou les militants. Ceux-là doivent tout de même maintenir leur confiance et être persuadés qu’on y croit toujours. Mais soi-même, on a cessé d’être dupe de sa propre logomachie. On n’a qu’une vie, après tout…

Au degré 4, on a franchi les bornes de la légalité. La tentation était trop forte, et l’impunité semblait assurée. Quelques-un-e-s, à Charleroi ou ailleurs, s’y sont brûlé les doigts.

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Le PTB a-t-il mis les bonnes balises aux bons endroits ? Je ne sais pas. Mais ce dont je suis sûr, c’est que des balises de cet ordre sont nécessaires si on prend au sérieux l’idéal d’égalité sociale dont la gauche est historiquement porteuse. On aimerait tellement, pour ne pas se désespérer, que ceux et celles qui aspirent à nous représenter en ce nom-là puissent se satisfaire des gratifications du degré 1. Est-ce une illusion ?

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[1] Voir l’interview de Raoul Hedebouw, le porte-parole du PTB, par François Brabant sur Le Vif.be (13.12.2012). Pour ma part, j’ai consacré au PTB deux billets sur ce blog. Le premier (3.3.2008) est ici, le second (15.1.2012) est .

[2] Je l’emprunte à un de mes anciens billets du 20.4.2009, Le voyage en Californie ou les petites corruptions de la démocratie.

[3] En fait, ceci concerne uniquement celles qui se prévalent de défendre les classes populaires. Pour celles qui s’attachent à la défense prioritaire des possédants, l’enrichissement personnel n’introduit aucune distorsion entre l’intérêt et l’idéal. Bien au contraire…

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